Depuis notre premier entretien, fin 2020, le Dr Philippe Saegesser a été remplacé à la tête du groupement des médecins hospitaliers vaudois (GMH). S'il est toujours investi auprès de différentes structures médicales officielles, comme la Société vaudoise de médecine (SVM), il n'en reste pas moins déterminé à soulever les questions qui dérangent, même si cela doit lui valoir des déconvenues avec ses pairs. Ce médecin, fort de 35 ans de «métier», a souhaité nous livrer l'évolution de ses réflexions, après plusieurs mois de ce qui est devenu une lutte pour parvenir à comprendre la crise structurelle inédite que nous vivons.
© SVM
(Entretien réalisé le 8 mars 2021)
Amèle Debey, pour L'Impertinent: Votre état d’esprit a-t-il changé depuis notre premier entretien?
Dr Philippe Saegesser: A l’époque, j’étais dans le questionnement. Je n’avais pas vraiment de réponse. Je m’interrogeais sur les mesures. De fil en aiguille, avec les semaines qui passent et les informations qui entrent, on se rend compte progressivement qu’il y a des tas de choses qui ne jouent pas, des analyses qui ne sont pas rationnelles, ni logiques et qui, parfois, conduisent à des dispositions qui sont clairement du domaine de la tyrannie arbitraire. On voit des sommités mondiales, des spécialistes s’exprimer de manière critique sur les décisions prises, apporter des avis contraires aux officiels. Ces gens-là sont stigmatisés, censurés. Dès lors que l’on prend conscience de cette situation, on a de quoi s'inquiéter de la capacité du système à relayer des infos critiques et objectives et surtout à modifier sa stratégie.
Au premier abord, j’avais naïvement imaginé que, malgré certaines dispositions contestables, l’objectif principal restait la résolution de la crise sanitaire et le retour à un état de droit. La propagande de peur entretenue, en décalage avec la réalité, et la disproportion des mesures prises ainsi que leurs impacts catastrophiques sur la société civile m’avaient alors incité à sortir du champ des informations officielles. A m’intéresser à un aussi grand nombre de paramètres et d’opinions que possible. A nourrir mon analyse de sources différentes provenant aussi bien, à l’interne, du monde médical auquel j’appartiens, que du monde politique, des réseaux sociaux et médias alternatifs, ainsi que de la société civile. En élargissant mon champ d’investigation j’ai pu construire une opinion plus étayée. A mesure de mes recherches et interactions avec d’autres opinions et experts, mon jugement est devenu beaucoup plus critique.