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Article rédigé par :

Maxime Chaix, Rhône-Alpes

Le terrorisme comme opportunité stratégique: zoom sur un tabou occidental

Après Bondi Beach, les faucons israéliens ont ressorti leur kit narratif: «intifada mondialisée», Hezbollah, Hamas, Iran – le tout avant même que les faits ne parlent. Problème: ce récit, politiquement utile, colle mal aux logiques documentées du djihadisme salafiste et ressemble surtout à une manœuvre d’amalgame: transformer un massacre antisémite en argument d’autorité pour museler toute critique d’Israël. Cet article remonte le fil d’un double discours ancien: dénoncer le salafisme en vitrine tout en le tolérant, l’accommoder ou l’exploiter en coulisses lorsque la géopolitique l’exige – de Gaza à la Syrie.

hamas netanyahu
© DR

À la suite de la tuerie de Bondi Beach, la notion d’«intifada mondialisée» a été de nouveau martelée par Benjamin Netanyahou et ses soutiens pour expliquer cet attentat, mais elle constitue un récit conceptuellement douteux et fortement politisé. Loin de refléter les réalités empiriques du terrorisme contemporain, elle amalgame des phénomènes distincts et occulte les schémas bien documentés de la violence djihadiste salafiste. En inscrivant cette tuerie dans un cadre idéologiquement commode mais analytiquement flou, ce discours semble moins viser à clarifier les responsabilités qu’à servir un agenda politique plus large: utiliser cet horrible attentat antisémite comme prétexte pour interdire toute critique des politiques israéliennes, au détriment de la rigueur factuelle et d’une analyse sécuritaire crédible.

 


Par ailleurs, en ayant prématurément suggéré la responsabilité du Hezbollah, du Hamas et de l’Iran sans apporter de preuves solides, les services de renseignement israéliens semblaient surtout chercher à détourner l’attention de ce que les éléments disponibles laissaient largement penser: une attaque inspirée par l’État islamique, conforme aux modes opératoires du djihadisme salafiste.


Ce basculement narratif paraît moins fondé sur les faits que sur la volonté de réactiver une grille de lecture géopolitique familière, au risque d’affaiblir à la fois l’enquête et la crédibilité du discours antiterroriste. Car si Benyamin Netanyahou et ses alliés se posent volontiers en adversaires irréductibles du djihadisme salafiste, cette posture masque une réalité plus ambiguë: lorsque leurs intérêts politiques ou stratégiques l’exigent, leur attitude envers ces acteurs a parfois relevé de la tolérance, de l’accommodement indirect ou de l’instrumentalisation plutôt que d’une opposition constante. Ce décalage entre le discours et les pratiques interroge sur l’usage sélectif de la «lutte contre le terrorisme» comme levier de légitimation plus que comme principe cohérent.

 

L’instrumentalisation de longue date du djihadisme salafiste par les faucons israéliens

 

En novembre 2017, la secrétaire d’État britannique au Développement international Priti Patel visita secrètement un hôpital de campagne sur le plateau du Golan, en violation du protocole diplomatique. Comme l’a souligné The Independent, cette base de Tsahal «soign[ait alors] des djihadistes», rappelant à cette occasion que l’ancien ministre de la Défense israélien Moshe Ya’alon avait publiquement confirmé le fait que «l’État hébreu offr[ait] des soins à ces miliciens [du Front al-Nosra, la branche syrienne d’al-Qaïda,] en vertu d’un accord de protection [d’une] frontière» syro-israélienne contestée. Face au scandale engendré par cette visite de Priti Patel, qui avait aussi rencontré en secret le Premier ministre Benjamin Netanyahou et d’autres dirigeants de l’État hébreu, cette dernière avait dû démissionner du cabinet de Theresa May, dans un climat d’intrigues autour de la stratégie moyen-orientale de Londres. En effet, comme l’a souligné Haaretz, «Priti Patel [était] la victime d’une lutte d’influence acharnée entre ministres, hauts fonctionnaires et lobbyistes pour savoir qui [réussirait à] déterminer la politique étrangère britannique, en particulier sur des dossiers sensibles tels que celui du Proche-Orient.»


Les attaques terroristes du 11 septembre ont été pour Israël une sorte de “miracle de Hanoukkah”

 

Sur cette épineuse question des hôpitaux de campagne de Tsahal soignant des combattants djihadistes d’al-Nosra sur le plateau du Golan, le journaliste Mehdi Hasan a demandé en mai 2016 à l’ancien directeur du Mossad, Ephraïm Halevy, «pourquoi Israël apport[ait]-il une aide médicale à des membres blessés d’al-Qaïda – pour ensuite les renvoyer faire le djihad en Syrie –, mais pas aux blessés du Hezbollah, ce mouvement chiite libanais allié à l’Iran, qui s’est souvent heurté à Israël et a été lié (…) à des attentats terroristes. «Nous avons un historique différent avec le Hezbollah. Totalement différent. Al-Qaïda, pour autant que je m’en souvienne, n’a pas attaqué Israël», a répondu Halevy. Interloqué, Hasan a rétorqué: «[Cette organisation] a attaqué votre allié, protecteur et principal soutien, les États-Unis d’Amérique!” “Mais Israël n’a pas été spécifiquement ciblé par al-Qaïda, et c’est pour cette raison que nos antécédents ne sont pas de même nature qu’avec le Hezbollah”, a alors conclu Halevy.»

Cette position choquante n’a rien de surprenant pour tout observateur averti. En effet, comme le rapportait le quotidien Libération en décembre 2001, «pour l’élite politico-militaire israélienne, les attaques terroristes du 11 septembre ont été pour Israël une sorte de “miracle de Hanoukkah” (…) au moment où le pays subissait une forte pression internationale du fait de l’Intifada. C'est le quotidien israélien Ha’aretz qui révélait l'information, en citant les interventions de deux hauts responsables: le chef du Mossad, Ephraïm Halevy, et le chef du Conseil national de sécurité, Uzi Dayan, au cours d’une conférence sur la sécurité à Hertzliya, près de Tel-Aviv. Les événements du 11 septembre ont donné à Israël et aux États-Unis “l’occasion de vaincre un ennemi commun”, a ainsi déclaré Dayan. Tandis que, pour Halevy, le 11 septembre a déclenché une “guerre mondiale différente des précédentes” qui a mis tout le monde d'accord pour “mettre tous les éléments de la terreur islamique [sunnite et chiite] dans un seul format clairement identifiable”, poussant “chaque dirigeant de notre région à décider dans quel camp il se trouve”.» Malgré cette déclaration manichéenne, qui positionnait Israël parmi les États combattant le terrorisme, des éclaircissements de la part de Tel-Aviv sur les questions du 11 septembre et, plus largement, du djihadisme salafiste, demeurent indispensables.


Ephraïm Halevy
Ephraïm Halevy © DR

 Il faut en effet rappeler que «Benyamin Netanyahou, [alors] ancien Premier Ministre, a réagi [à propos du 11 septembre] en déclarant: “C’est très bien.” Il s’est ensuite repris: “Enfin, pas très bien, mais cela va susciter une sympathie immédiate [pour Israël].”» Des années plus tard, Netanyahou a persisté dans cette posture ouvertement cynique en affirmant que «nous [, en Israël,] tirons bénéfice d’une chose, à savoir l’attaque contre les tours jumelles et le Pentagone, et la guerre états-unienne en Irak (…) [, car ces événements] ont fait basculer l’opinion publique états-unienne en notre faveur». Des éclaircissements apparaissent d’autant plus nécessaires au regard de l’affaire des cinq «Israéliens dansants» interpellés par la police de New York le 11 septembre 2001. Dans des déclarations ultérieures sur une chaîne de télévision israélienne, l’un d’eux a expliqué qu’ils voulaient «documenter l’événement».


Cette affirmation a nourri des soupçons de préconnaissance israélienne des attentats, le FBI ayant suspecté deux d’entre eux d’être des agents du Mossad menant une opération de renseignement sur le sol états-unien via une société écran. Ces allégations non prouvées, conjuguées à un témoignage crédible faisant état de manifestations publiques de satisfaction de la part de ces «Israéliens dansants» durant les attaques, continuent de soulever des questions non résolues qui méritent un examen attentif plutôt qu’un simple rejet.

 

«L’Autorité palestinienne est un fardeau, le Hamas [était] un atout» pour les faucons israéliens

 

L’opportunisme stratégique d’Israël dans la création puis l’essor du Hamas, depuis les années 1980 jusqu’à l’automne 2023, constitue l’une des controverses majeures les plus insuffisamment traitées par les médias occidentaux, en dépit de multiples fuites et d’aveux officiels. En janvier 2024, le vice-président de la Commission européenne, Josep Borrell, a ainsi déclaré que «le Hamas a été financé par le gouvernement israélien dans le but d’affaiblir l’Autorité palestinienne dirigée par le Fatah de Yasser Arafat». Plus précisément, la création et l’essor de ce mouvement terroriste ont été encouragés de manière clandestine par Israël dès le début des années 1980, selon «plusieurs anciens responsables israéliens, dont le général de brigade Yitzhak Segev, alors gouverneur militaire de Gaza. (…) Celui-ci confiera plus tard au New York Times avoir contribué au financement du mouvement islamiste palestinien afin d’en faire un “contrepoids” aux mouvements laïcs et de gauche de l’Organisation de libération de la Palestine et du Fatah de Yasser Arafat – lequel qualifiait lui-même le Hamas de “créature d’Israël”. “Le gouvernement israélien m’avait alloué un budget, et l’administration militaire le distribuait aux mosquées”, admettait le général à la retraite.»


“Le Hamas, à mon grand regret, est une création d’Israël”

 

Dans une enquête publiée en 2009, le Wall Street Journal rapportait de son côté le témoignage de «M. Cohen, un Juif tunisien ayant travaillé plus de vingt ans à Gaza et chargé des affaires religieuses jusqu’en 1994: “Le Hamas, à mon grand regret, est une création d’Israël.” Il raconte avoir vu le mouvement islamiste se structurer, marginaliser ses rivaux palestiniens laïcs, puis se muer en cette organisation militante aujourd’hui vouée à la destruction d’Israël. Au lieu de chercher à endiguer cette dynamique, affirme-t-il, l’État hébreu l’a longtemps tolérée, voire encouragée, pour affaiblir les nationalistes séculiers de l’OLP et du Fatah. Israël a ainsi coopéré avec un prédicateur infirme et à demi aveugle, le cheikh Ahmed Yassine, alors même que celui-ci jetait les bases de ce qui allait devenir le Hamas.»

 

Il est désormais établi que cette stratégie israélienne favorable au Hamas s’est inscrite dans la durée, jusqu’à la tragique opération «Déluge d’Al-Aqsa». Comme le rapportait le New York Times en décembre 2013, «quelques semaines à peine avant que le Hamas ne lance les attaques meurtrières du 7 octobre contre Israël, le directeur du Mossad s’est rendu à Doha, au Qatar, pour y rencontrer des responsables locaux. Depuis des années, le gouvernement qatari acheminait chaque mois des millions de dollars vers la bande de Gaza – des fonds qui contribuaient à soutenir le gouvernement du Hamas sur place. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou ne se contentait pas de tolérer ces versements: il les avait encouragés. Lors de ses réunions de septembre [2023] avec les responsables qataris, (…) le chef du Mossad, David Barnea, s’est vu poser une question qui ne figurait pas à l’ordre du jour: Israël souhaitait-il que ces paiements se poursuivent? Le gouvernement de Netanyahou venait de décider de maintenir cette politique; Barnea a donc répondu par l’affirmative. Les autorités israéliennes continuaient d’accueillir favorablement ces fonds en provenance de Doha. Autoriser ces transferts – des milliards de dollars sur près d’une décennie – relevait d’un pari de Netanyahou: celui qu’un flux financier régulier permettrait de préserver le calme à Gaza, futur point de départ des attaques du 7 octobre, et de maintenir le Hamas concentré sur la gestion plutôt que sur la lutte armée.»


David Barnea
David Barnea © DR

 Cependant, cet objectif n’était pas le seul poursuivi par Benyamin Netanyahou et ses fidèles, toujours animés par une logique de «diviser pour mieux régner» qui avait conduit Israël à soutenir l’essor du Hamas dès le début des années 1980. Comme le rappelle ce même article du New York Times, «un Hamas renforcé a aidé M. Netanyahou à éviter toute négociation sur la création d’un État palestinien. “L’un des moyens les plus efficaces d’empêcher une solution à deux États consiste à diviser la bande de Gaza et la Cisjordanie”, a déclaré lors d’un entretien [un général israélien à la retraite, Shlomo Brom]. Cette division offre à M. Netanyahou un prétexte pour se désengager des pourparlers de paix, a ajouté M. Brom, en lui permettant de dire: “Je n’ai pas de partenaire.” M. Netanyahou n’a jamais formulé cette stratégie publiquement, mais certains membres de la droite israélienne n’avaient pas ces réticences. Bezalel Smotrich, figure d’extrême droite aujourd’hui ministre des Finances, l’exprimait sans détour en 2015, l’année de son élection à la Knesset: “L’Autorité palestinienne est un fardeau. Le Hamas est un atout”.»


Ces réseaux djihadistes servent objectivement les intérêts stratégiques d’Israël

 

En tenant compte du soutien des faucons israéliens au Hamas, de leur lecture du 11 septembre comme d’un «miracle de Hanoukkah», et de leur assistance semi-clandestine en faveur de la nébuleuse djihadiste salafiste en Syrie, Tel-Aviv entretient une perception dualiste de l’islamisme sunnite. Cette approche consiste à suivre simultanément deux logiques: l’une officielle, morale et déclarative («cet acteur est notre ennemi»), l’autre pragmatique et stratégique, qui est plus implicite («ses actions peuvent néanmoins servir nos intérêts»). Autrement dit, les dirigeants israéliens présentent des groupes radicaux tels que le Hamas ou al-Qaïda comme des ennemis, tout en reconnaissant que ces réseaux djihadistes servent objectivement les intérêts stratégiques d’Israël lorsqu’ils commettent des attentats à l’étranger comme le 11 septembre, sapent l’Autorité palestinienne légitime ou s’en prennent aux rivaux d’Israël tels que le Fatah, le Hezbollah ou Bachar el-Assad.

 

Les exactions du Front al-Nosra en Syrie n’échappaient pas à cette règle officieuse. Selon un courriel transmis en juillet 2012 par la secrétaire d’État Hillary Clinton à son proche adjoint Jake Sullivan, «les services de renseignement britanniques et français estiment que leurs homologues israéliens sont convaincus qu’il existe un aspect positif à la guerre civile syrienne: si le régime d’Assad s’effondre, l’Iran perdra son unique allié au Moyen-Orient et se retrouvera isolé. Dans le même temps, la chute de la maison Assad pourrait bien déclencher une guerre confessionnelle entre les chiites et la majorité sunnite de la région, entraînant l’Iran dans le conflit – ce qui, selon les commandants israéliens, ne serait pas une mauvaise chose pour Israël et ses alliés occidentaux. De l’avis de [la source de Mme Clinton], un tel scénario pourrait entraver l’Iran dans ses activités nucléaires et l’en détourner pendant une période significative. En outre, certains analystes importants du renseignement israélien estiment que cette évolution pourrait même contribuer, à terme, à la chute du gouvernement iranien actuel.»

 

Pourquoi Tel-Aviv a soutenu al-Nosra et déploré l’effondrement territorial de l’État islamique en Syrie

 

Malgré le soutien israélien documenté en faveur de l’insurrection islamiste anti-Assad afin d’alimenter cette guerre par procuration et de sécuriser sa frontière nord au moyen de zones tampons tenues par les rebelles, l’ancien chef du renseignement militaire de Tsahal, Amos Yadlin, déclarait fin 2017 qu’«Israël a commis une erreur en adoptant une position de neutralité durant la guerre en Syrie. Il aurait dû faire tout ce qui était en son pouvoir pour renverser (…) le régime de Bachar el-Assad dès 2012». Cependant, la prétendue « neutralité» d’Israël dans le conflit syrien est contredite par de nombreux éléments factuels. Le plus flagrant réside dans les centaines de frappes aériennes menées par Tsahal contre l’armée syrienne et ses alliés entre 2012 et 2017, selon le commandant de l'armée de l’air israélienne de l’époque. En septembre 2018, on apprenait qu’une centaine de frappes supplémentaires avaient détruit des cibles iraniennes et du Hezbollah sur le sol syrien.

Par la suite, Foreign Policy révélait qu’Israël avait apporté un soutien militaire et financier à «des milliers de rebelles» dans le sud de la Syrie entre 2013 et 2018, une seule faction se chargeant de redistribuer armes et munitions à d’autres groupes anti-Assad. Dans cet article, ces milices étaient implicitement qualifiées de modérées au motif de leur rattachement à l’Armée Syrienne Libre (ASL) soutenue par le programme Timber Sycamore, et de leur opposition à l’État islamique. Or cette prétendue «modération» des factions de l’ASL dans le sud syrien apparaît pour le moins douteuse, comme l’a montré une enquête de terrain convaincante de la journaliste libanaise Sharmine Narwani. Concernant l’implication décisive et régulière du Front al-Nosra dans les offensives de l’ASL dans le Sud de la Syrie et au-delà entre 2012 et 2017, l’expert William Van Wagenen a publié un article solidement étayé. Citant un grand média israélien, il soulignait ce point essentiel: «Malgré ses déclarations publiques d’hostilité à l’égard de Daech, le gouvernement israélien a adopté une politique de “vivre et laisser vivre” avec les factions affiliées à l’État islamique et avec al-Nosra, tous deux ayant maintenu une présence à proximité de la frontière israélienne pendant plusieurs années, selon le Times of Israel

 

Entre mars et mai 2014, la Force des Nations unies chargée d’observer le désengagement (FNUOD) détecta des contacts fréquents entre al-Nosra et Tsahal, qui semblait coordonner avec cette organisation djihadiste plusieurs attaques contre les forces régulières syriennes et leurs alliés. En septembre 2014, le contingent de la FNUOD finira par évacuer la zone frontalière du Golan, qui tombait sous le contrôle d’une coalition de milices d’al-Nosra et de l’ASL. En 2017, Moshe Ya’alon révéla des interactions clandestines entre Daech et l’armée israélienne, qui n’ont jamais été démenties. L’année précédente, il avait clarifié la position de Tel-Aviv dans ce conflit lorsqu’il était encore ministre de la Défense: «En Syrie, si je devais choisir entre l’Iran et l’État islamique, je choisirais [ces derniers]. Ils n’ont pas les capacités de l’Iran.» Selon lui, Téhéran tentait alors d’ouvrir un «front terroriste» dans le Golan par le biais du Hezbollah, une affirmation pour le moins ironique au vu des éléments précités.


La convergence de ces éléments fait apparaître un opportunisme stratégique

 

En juin 2016, le fait que Tel-Aviv était favorable à la présence de Daech sur le territoire syrien – alors perçue comme un moyen de contrer l’influence de l’Iran et du Hezbollah –, a été confirmé par le général Herzl Halevi, à l’époque chef du renseignement militaire israélien. En août 2017, moins d’un an avant que Tsahal ne mène une vaste offensive aérienne contre des cibles iraniennes en Syrie, le directeur du Mossad Yossi Cohen affirma au cabinet Netanyahou que l’Iran et ses alliés remplissaient le «vide» successif à la débâcle territoriale de l’État islamique. Si cette politique ouvertement favorable aux djihadistes peut être jugée contestable – dans la mesure où Daech et al-Nosra étaient perçus à Tel-Aviv comme des alliés objectifs contre l’«axe chiite» –, les officiers de l’armée israélienne et les responsables du renseignement ont au moins le mérite de la transparence quant à leurs objectifs stratégiques.

 

En revanche, l’instrumentalisation du djihadisme salafiste par Benyamin Netanyahou et les faucons israéliens demeure très largement sous-médiatisée et insuffisamment interrogée en Occident. Ce silence permet à leurs soutiens – qui continuent de justifier ou de minimiser ce que de nombreux observateurs internationaux et israéliens qualifient de génocide à Gaza – d’éluder un nécessaire examen historique: Netanyahou et ses prédécesseurs ont durablement poursuivi une stratégie consistant à tolérer et à renforcer indirectement le Hamas afin de «diviser pour mieux régner» au sein de la société palestinienne. Le même cynisme transparaît dans les réactions publiques de Netanyahou aux attentats du 11 septembre, de même que dans l’alignement documenté d’Israël avec des groupes liés à al-Qaïda en Syrie pour y contrer l’influence iranienne. La convergence de ces éléments fait apparaître un opportunisme stratégique qui contredit frontalement l’absolutisme moral revendiqué par les faucons israéliens dans leur communication officielle et requiert une analyse beaucoup plus exigeante.

1 commentaire


xeniagamulin
il y a 17 heures

Merci pour cette excellent article. Ayant vécu et en Syrie et en Israël, j'ai aussi entendu dans ces deux pays que des djihadistes se faisait soigner en Israël durant la guerre civile syrienne. La première fois, je n'en ai pas cru mes oreilles, mais ai du me rendre à l'évidence. Par ailleurs, les autres pays occidentaux soutenaient aussi les djihadistes syriens qui combattaient héroïquement le vilain Bachar et son régime laïc et de gauche. Leur chef Ahmed Al Charaa est d'ailleurs maintenant reçu à bras ouverts malgré le sang des Alaouites et des Druzes qui dégouline de ses mains. L'Occident et Israël ont fait un pacte avec le diable et cela va leur retomber sur le coin de la figure…

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