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La RTS a-t-elle influencé les votations sur la loi Covid?

Le service public s’est-il rendu coupable d’un traitement inéquitable d’un objet de votation? C’est du moins ce que le Mouvement fédératif romand déclare, dans une lettre ouverte au vitriol adressée à la direction de la RTS le 22 juin. Alors que le coût de la redevance va être soumis au peuple dans les années à venir, le travail de la chaîne nationale est à nouveau la cible de remontrances, en particulier lorsqu’il s’agit du Covid.

© MFR/RTS


La neutralité journalistique est une chimère. C’est désormais une évidence reconnue au sein même de la profession. L’opinion d’un journaliste va forcément influencer son travail. En conséquence, lorsqu’ils pensent tous la même chose, cela se voit. Ce qui pose un problème non-négligeable en période de votations, en particulier de la part du service public.

 
 

Le 18 juin dernier, le peuple suisse s’est prononcé en faveur du renouvellement de la loi Covid et de son pass sanitaire. Le «oui» l’a emporté à 61,9%. Si elle ne s’attendait pas à une victoire, Michelle Cailler, présidente du Mouvement fédératif romand (MFR), fustige le traitement médiatique de la campagne dans une lettre ouverte à la direction de la RTS.


«Si on a vu Monsieur Berset s’exprimer à maintes reprises sur le bien-fondé de prolonger la loi Covid (…) on a en revanche, peu laissé la parole aux mouvements citoyens initiateurs du référendum dont le MFR (Mouvement Fédératif Romand) pour la Suisse romande, peut-on notamment y lire. La RTS n’a jamais relayé aucune action de ceux-ci: ni vidéo, ni conférence de presse.»


Pire, la juriste de formation relate un «festival de petitesse, de bassesse, d’insuffisance, de méchanceté et d’incompétence crasse» de la part des journalistes pendant la campagne. Jointe par téléphone, Michelle Cailler explique qu’il s’agit sans arrêt de «questions biaisées, mal foutues, on coupe les déclarations. Ce sont des petites choses, mais c’est toujours de manière à vous discréditer et à ne pas vous laisser développer votre argumentaire».


«On nous fait passer pour des gens affreux»

«Lorsque, dans un article sur le Covid long qui relate la souffrance de certaines victimes, on arrive à la fin comme un cheveux sur la soupe en prônant le «non» à la loi Covid, on passe pour quelqu’un d’horrible, regrette-t-elle. Pareil lorsqu’on vous demande ce que tu vous allez dire aux milliers de personnes qui attendent un traitement. Le problème est là: on vous fait passer pour quelqu’un d’affreux».


Par le biais de sa porte-parole, Sophie Balbo, la RTS assure que «la couverture des deux camps a bien été respectée, comme c’est le cas avant toute votation. Nous veillons à l’équilibre des opinions afin que les citoyennes et citoyens puissent se forger leur propre opinion.»


Elle précise par ailleurs que si «l’étendue de la couverture est plus modeste par rapport aux autres objets de votations, cela ne s’explique que par le fait qu’il s’agissait du 3e vote sur le même sujet. Par ailleurs, la pandémie étant terminée, nous sommes aujourd’hui en décalage avec les préoccupations immédiates et les débats qui agitaient la Suisse à l’époque.»


Pour autant, Michelle Cailler n’en démord pas: «C’est inéquitable dans le sens où on ne vous laisse pas développer vos arguments. Les questions vont dans le sens de la partie adverse et on la laisse développer. La population n’a pas pu être informée de manière correcte. Ils font de la propagande d’Etat.»

 

Relire notre interview d'Alexis Favre, le présentateur d'Infrarouge: «Les médias se sont sentis investis d’une forme de mission presque soldatesque»

 

Comme le relève le MFR dans sa lettre ouverte, le clivage de la société suisse est un fait avéré. Car «le camp du NON est loin d’être insignifiant puisqu’à l’issue de la votation ce sont presque 900'000 voix pour le NON, contre seulement un peu plus de 1'400'000 pour le OUI. On est bien loin d’une réconciliation entre les camps!»


Lors de la dernière campagne, des journalistes se sont montrés désobligeants et inutilement provocants vis-à-vis des opposants au pass sanitaire. Et ce n’est pas la première fois. «Cela a été le cas, de manière générale, lors des précédentes votations sur la loi Covid. On ne s’en rendait pas compte au début, car on ne savait pas comment cela fonctionnait», selon Michelle Cailler.


Une société irréconciliable?


Lassés d’être systématiquement dépréciés par les médias dominants – la RTS en tête – les représentants des opposants aux mesures sanitaires et/ou d’urgence ont de moins en moins envie de s’y exprimer. Ce qui rend leur discours de moins en moins audible par le plus grand nombre. Un cercle vicieux particulièrement dangereux pour l’hygiène démocratique.


Pourtant, ces mouvements représentent un socle solide de la population en colère depuis trois ans. «Une minorité importante», comme le relève Michelle Cailler.


Tant que le service public continuera à ne représenter qu’une partie du public, tant que les médias n’entameront pas une remise en question profonde de leur fonctionnement et tant que l’équilibre ne sera pas rétabli entre objectivité et opinion personnelle, il n’y a que peu d’espoir de réconciliation. Non seulement entre les pours et les contres loi Covid. Mais surtout – et plus grave – entre les lecteurs et la presse.

 

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