Après les politiciens et les scientifiques porteurs de la parole d’Etat, les journalistes ont certainement été les plus malmenés depuis le début de la crise Covid. D’ailleurs, au sein même du métier, ils sont nombreux à penser qu’il y a de quoi. Cela a été dit et répété: la grande majorité des médias suivent bien docilement le narratif officiel sans remettre en question ses nombreuses incohérences, pour ensuite se demander «pourquoi tant de haine?» lorsqu’ils récoltent une levée de boucliers, tout aussi regrettable puisse-t-elle être sur la forme. Il y a de quoi s’interroger: pourquoi les médias ont-ils renoncé à leur rôle de chiens de garde de la démocratie, au moment même où le peuple en avait le plus besoin? Chers confrères, la question devrait plutôt être: «pourquoi si peu d’esprit critique?»
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«Tu ne dois jamais faire d’article sur la profession, jamais. C’est un code d’honneur à respecter». Cet estimé confrère m’en voudra peut-être, comme d’autres, de ne pas avoir suivi son conseil. Or, je pense au contraire que le seul moyen de réconcilier le journaliste avec ses lecteurs, c’est d’accepter de faire son autocritique. L’idée même que la profession doive être délestée de toute remise en question publique, ou bénéficier d’une omerta me paraît ni constructif dans un esprit d’apaisement, ni réaliste. L’ambiance de cours d’école qui règne dans le milieu journalistique romand en ce moment en est la preuve. Le cas Julian Assange, dans un autre registre, nous rappelle qu’il n’est plus question ni de code d’honneur, ni de solidarité. Et la crise actuelle ne va rien arranger.
Les raisons de la colère
Il y a un an, lorsque la crise autrefois sanitaire a éclaté, tout le monde a été pris de court. Les journalistes étant des êtres humains comme les autres, ils sont passés de la stupéfaction à la peur, puis, un peu hagards, se sont rappelés l’importance de leur mission. En chemin, certains semblent avoir décidé de cesser de réfléchir. Ils semblent avoir oublié que le doute est le fondement de notre profession et qu’il est de notre devoir de tout remettre en question, sans cesse, jusqu’à aboutir à une certaine forme de vérité. Entre alimentation d’une ambiance anxiogène, basée qui plus est sur des données peu fiables, et mise au placard des voix discordantes pour hurler avec la meute de délateurs des fêtards devenus d’odieux criminels, bien des médias ont oublié qu’ils étaient au service du peuple et non pas du gouvernement. Quel qu’il soit.