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Invité de la rédaction

Agriculture suisse: six solutions concrètes pour en finir avec un système à bout de souffle

Souveraineté alimentaire, revenus indécents, jungle des labels, biodiversité mal gérée, organisations agricoles déconnectées du terrain: les problèmes de l'agriculture suisse sont connus. Les solutions, beaucoup moins. Dans ce deuxième volet de sa réflexion, l'agriculteur Marc Loewensberg dresse un programme concret et ambitieux – à contre-courant de la logique mondialiste – pour redonner à l'agriculture helvétique sa place dans l'économie circulaire et la souveraineté nationale.

mondialisation
© DR

Billet rédigé par Marc Loewensberg, 50 ans, agriculteur à Aigle.

Actif dans l'agriculture depuis l'âge de 20 ans.

Dans l’article précédent «Pourquoi personne ne s’intéresse aux problèmes des agriculteurs?», j’expliquais que des agriculteurs proposaient des solutions pour répondre aux difficultés actuelles, tout en gardant le savoir-faire acquis du respect des sols, de la biodiversité et du bien-être animal. On m’a depuis demandé d’écrire un article complémentaire pour décrire ces solutions en détail.


Avant cela, il me semble essentiel de lister des objectifs. Car sans objectifs, aucune solution ne peut être pertinente.

 

Objectifs:

  1. 100% d’auto-approvisionnement net

  2. Garantir un revenu agricole décent et assurer la relève

  3. Proposer une agriculture à prix concurrentiel

  4. Professionnaliser la biodiversité

  5. Réformer les organisations agricoles

  6. Sensibiliser les consommateurs à la production suisse

 

 

1. 100% d’auto-approvisionnement net

 

Alors que la Suisse se penche enfin sur la question de la souveraineté numérique, on attend impatiemment la même logique pour la souveraineté alimentaire. On m’a toujours appris qu’il ne faut pas jouer avec la nourriture. Pourtant, aujourd’hui, nos responsables politiques prennent encore des risques considérables. Un pays qui dépend à plus de 50% de l’étranger pour son alimentation se fragilise fortement: à la moindre tension diplomatique, il peut se retrouver en grave difficulté. D’un point de vue stratégique, c’est une erreur majeure.

 

On entend souvent dire qu’une souveraineté alimentaire totale est impossible.


Prenons l’exemple des Pays-Bas: une surface de territoire comparable à la Suisse, avec deux fois plus d’habitants. C’est le deuxième exportateur mondial de denrées alimentaires. Ils soutiennent une agriculture robuste avec des serres de haute technologie, des processus agricoles automatisés, une optimisation de l’espace et des recherches d’innovation dédiées au secteur agricole. Je ne dis pas qu’il faut reproduire ce modèle, qui peut avoir des effets négatifs. Mais cet exemple montre que la Suisse pourrait faire bien davantage.

 

Solutions:

 

  1. Définir une véritable volonté politique pour l’agriculture et une souveraineté alimentaire

  2. Orienter un aménagement du territoire qui stoppe l’urbanisation des terrains favorables à l’agriculture et qui revalorise des zones industrielles et urbaines sous-exploitées.

 

2. Garantir un revenu agricole décent et assurer la relève

 

Qui accepterait un métier où l’on est constamment contrôlé, où l’on ne compte pas ses heures, où chaque geste doit être documenté, où l’on se bat pour être payé correctement, tout en se pliant à des directives qui changent chaque année et en faisant face quotidiennement au manque de main-d'œuvre?

 

C’est pourtant la réalité proposée aux agriculteurs, notamment s’ils souhaitent bénéficier des aides publiques (paiements directs).

 

Mais à quoi servent les paiements directs si, au final, les agriculteurs ne peuvent pas vivre de leur travail? Ce système est un échec total et doit être profondément repensé.

 

Solutions:

 

  1. Réduire concrètement les charges administratives et les contrôles, promis par l’Office fédéral de l'agriculture depuis plus de 20 ans

  2. Concerter des rencontres et coordonner des projets entre les praticiens agricoles et les différentes branches scientifiques et administratives dédiées à l’agriculture

  3. Remplacer des paiements directs par des aides ciblées: pour innover, moderniser et automatiser, pour des reconversions de productions, pour former des associations entre exploitations

 

3. Proposer une agriculture à prix concurrentiel

 

Le modèle agricole suisse actuel est davantage conçu comme une vitrine que comme un système de production performant. Dans ces conditions, il est impossible d’être compétitif.

 

Malgré les PER (prestations écologiques requises), garantissant les pratiques agricoles les plus strictes au monde, les agriculteurs sont incités à multiplier les labels, ce qui augmente encore les coûts.

 

Solutions:

 

  1. Sortir de la logique excessive des labels

  2. Encourager la spécialisation des exploitations

  3. Impliquer davantage les écoles d’ingénieurs pour innover, moderniser et automatiser

  4. Réguler l’offre et la demande

  5. Adapter la fiscalité des importations en fonction de la distance et du niveau de transformation des produits

  6. Renforcer le contrôle des prix pratiqués par les transformateurs. En 2025, des groupes de travail ont été chargés par l'État de faire ce travail. Il faudra les suivre rigoureusement, en espérant que les lobbies n'interfèrent pas dans l’interprétation des chiffres

 

4. Professionnaliser la biodiversité

 

Sur le papier, la biodiversité semble simple à mettre en œuvre. En réalité, elle demande énormément de temps et d’adaptation.


Les exigences évoluent régulièrement, obligeant les agriculteurs à modifier leurs pratiques en permanence. Cela mobilise aussi des surfaces non productives et augmente indirectement les coûts.


Solutions:

 

  1. Développer une filière professionnelle qui réalise les travaux pour la biodiversité

  2. Créer des synergies adaptées aux régions: élevage et arboriculture, grande culture et exploitation forestière,…

  3. Promouvoir auprès du grand public le travail des réseaux écologiques

 

5. Réformer les organisations agricoles

 

Les organisations agricoles devraient représenter les agriculteurs. Pourtant, force est de constater que ce n’est plus le cas. Certains responsables cumulent les fonctions, entretiennent des liens avec les transformateurs ou restent en poste trop longtemps, au point de perdre le contact avec la réalité du terrain.


Solutions:

 

  1. Élire les dirigeants par l’ensemble des agriculteurs cotisants

  2. Limiter les mandats dans le temps (4 ans)

 

6. Sensibiliser les consommateurs à la production Suisse

 

Le comportement des consommateurs est fortement influencé par le marketing et la publicité. Il est donc difficile de leur reprocher leurs choix.


Par ailleurs, les industries savent promouvoir efficacement leurs produits, parfois présentés comme innovants et sans danger. Mais lorsque des problèmes apparaissent, la responsabilité est souvent reportée sur des cibles faciles comme les agriculteurs.


Cela soulève la question de l’influence économique sur l’information.


Solutions:

 

  1. Légiférer pour une forte représentation des produits suisses et locaux dans les commerces

  2. Encadrer les revenus publicitaires des médias subventionnés

  3. Utiliser ces médias pour informer de manière objective et valoriser la production et la consommation des produits suisses

 

Ces solutions vont à l’opposé d’une vision mondialiste et européenne

 

Car notre vision de l’agriculture est destinée à une économie locale, donc circulaire, qui vise à:

  • Favoriser l’autosuffisance

  • Créer des emplois locaux

  • Garder un savoir-faire

  • Générer moins de gaspillage

  • Réduire l’impact environnemental par un circuit court

  • Renforcer le PIB du secteur primaire

 

Par une production à grande échelle et des échanges internationaux, la mondialisation entraîne une uniformisation des prix et des salaires, malgré les différences de traditions, de règlements, de philosophie, de climat, de sol et d’économie.


La mondialisation rend une poignée de gens riches, encore plus riches, au détriment des économies intérieures des pays.


À méditer quand vous devrez faire un choix aux prochaines votations.

3 commentaires


mivonlanthen
il y a 2 jours

De mon point de vue, l'agriculture suisse a deux problèmes:


Le premier c'est que l'agriculture est toujours sacrifiée au profit de l'industrie des machines lors de la conclusion de contrats de libre-échange. C'est l'importation de nos machines chez lui, contre l'importation de ses produits agricoles chez nous.


Il s'ensuit une féroce concurrence des prix étrangers avec ceux de nos paysans. Avec le haut niveau des salaires suisses, et donc des coûts de production, cette concurrence n'est pas loyale car nos paysans sont dans l'impossibilité de produire moins cher. Ce n'est pas qu'ils ne le veulent pas, ils ne le peuvent pas.


Par contre, si l'on mettait dans la balance le fait qu'un petit pays comme le nôtre a tout intérêt…


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info
il y a 4 jours

On a aussi un problème de coût de la main d'oeuvre avec la volonté de certains, plutôt à gauche, d'offrir le meilleur à ces mains venues souvent d'ailleurs, très bien, mais en permettant d’importer des produits, dit similaires, mais à prix réduit. Ce qui se fait donc au détriment de la marge de l’exploitation et donc souvent, du petit patron. Dans les années 70-80, il y avait des forfaits par jours de travail qui couvraient toutes sortes d’assurances, aujourd’hui, ce sont des usines à gaz qui bouffe du temps et de l’argent au détriment des deux parties, patron-employés. Autre soucis, vouloir donner un revenu décent à la compagne (souvent féminin) du patron, sur le papier, c’est excellent, mais de nouveau,…

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Daemarys
il y a 4 jours

Totalement d’accord avec vous !


On pourrait aussi valoriser le Service civil chez les paysans.

Dommage que la population n’est pas accepter le service civil pour tous.

Beaucoup de jeunes femmes etaient prête à faire un service civil.


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