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Hantavirus: quand la peur devient un mode de gouvernance

Dernière mise à jour : il y a 1 jour

Six ans après le Covid, le cirque a recommencé. Un paquebot, quelques cas de hantavirus, et aussitôt: les médias qui hurlent à la mort, les fact-checkeurs qui traquent les complotistes, Moderna qui annonce un vaccin à ARNm, et le directeur de l'OMS qui se précipite sur les lieux «pour éviter une panique mondiale». Et si, derrière le hantavirus, c'était une autre épidémie qui se propageait? Celle de la servitude volontaire et de la nostalgie du confinement.

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© DR

Par Robert Habel et Amèle Debey


Le cirque a recommencé d’une seconde à l’autre sur l’ensemble des médias – télés, radios, journaux traditionnels – avec une espèce d’immédiateté foudroyante. Comme si tous les acteurs étaient restés soigneusement tapis et cachés en coulisses, depuis la grande répétition générale du Covid, il y a six ans, et qu’ils n’avaient attendu que le top du reset pour ressortir en pleine lumière et occuper de nouveau tout l’espace. Le message de tous les acteurs en question? Le virus est de retour, l’apocalypse revient, il faut tout verrouiller, il faut tout interdire! 


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«L'hantavirus pourrait survivre dans le sperme humain jusqu'à six ans et causer un risque de transmission.»

La bonne nouvelle est venue d’un paquebot dont personne n’avait jamais entendu parler. Le MV Hondius, qui effectuait une croisière à l’autre bout du monde, avec 149 passagers à bord, quelque part dans ces espaces filandreux au large de l’Amérique latine. Une divine surprise! Un fait de société tombé du ciel ou surgi des profondeurs de l’océan! Une épidémie mystérieuse – «forcément mystérieuse» aurait pu dire Marguerite Duras pour lui donner plus de poids – qui avait déjà touché quelques personnes, dont un couple décédé, et qui avait peut-être contaminé une partie des passagers de ce «bateau de la mort» qui allait tôt ou tard sortir de ses ténèbres brumeuses et accoster quelque part. Débarquant ses passagers comme autant de grenades dégoupillées en plein cœur de nos villes et de nos campagnes. De quoi frémir, en effet, et réclamer la restriction des libertés au nom du sacro-saint principe de précaution!



C’était comme un film catastrophe qui apparaissait peu à peu sous nos yeux, en temps réel. Comme un nouveau «Titanic» ou une «Tour infernale». Un huis clos terrifiant qui voguait et se rapprochait, le mal prêt à s’abattre, l’angoisse et la peur qui montaient inexorablement… Mais c’était aussi, en même temps, une petite musique douce qu’on croyait oubliée et qui remontait à la surface: le souvenir des jours heureux du Covid où tout était interdit; la nostalgie du confinement et de la soumission. Le virus était revenu et même si ce n’était plus le même, la fête pouvait recommencer!



Cela n'a pas échappé à l'OMS, dont le directeur zélé s'est précipité à l'arrivée du bateau pour – selon la communication de l'Organisation-qui-vous-veut-du-bien – éviter une panique mondiale. Quoi de plus rassurant, en effet, que le déplacement en personne du désormais célèbre Tedros sur les lieux du drame? L'OMS n'est pas étouffée par les contradictions et trop occupée à diriger la saison 2 du show à l'audience internationale On va tous mourir pour répondre à nos questions à ce sujet.

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«Une cas contact»...

Dans les starting-blocks, on a retrouvé Moderna, qui a annoncé travailler avec l'armée américaine dans la conception d'un vaccin à ARNm, pour le plus grand plaisir de ses actionnaires. Il faut dire que le laboratoire œuvrait sur le sujet depuis deux ans déjà, aux côtés du centre d'innovation en matière de vaccins de la faculté de médecine de l'université de Corée. Quel flair!


«L’histoire ne repasse pas les plats», disait Céline, mais elle était prête en l’occurrence à faire une exception pour le virus. Car c’était un pur remake, en fait, comme si tous les acteurs avaient intériorisé leur rôle et qu’ils étaient tout heureux de le rejouer en y mettant la même vigueur et la même intolérance soupçonneuse. On a retrouvé les marqueurs estampillés Covid: le discours convenu et obligé des responsables politiques, les médias qui hurlent à la mort et exigent la fin des libertés, l’interdiction de poser des questions, la dénonciation des malpensants, la chasse aux réfractaires et aux contradicteurs.


«Pour eux, le sujet n'est pas la manipulation des masses, mais les masses qui refusent de se laisser manipuler»

Les fact-checkeurs et autres chasseurs de complotistes, légitimés par nos journaleux de grands chemins, ont fait leur grand retour dans nos pages. Hantavirus: le virus complotiste se propage, nous dit France 24; «Ces communautés n’ont pas disparu après le Covid»: avec l’hantavirus, le retour en force des sphères complotistes, écrit Le Parisien; Hantavirus: «Les mêmes complots qu'au Covid ressurgissent», croit bon de dénoncer notre Pascal Wagner-Egger national dans Frapp. Parce qu'évidemment, lorsque les mêmes causes produisent les mêmes effets, le réflexe intelligent et courageux est d'être forts avec les faibles et faibles avec les forts, pour ces parangons de lâcheté. Pour eux, le sujet n'est pas la manipulation des masses, mais les masses qui refusent de se laisser manipuler. C'est encore le journaliste Laurent Dauré, auteur de L'Anticomplotisme officiel: Une idéologie au service de l'ordre établi (Editions Critiques, 3 avril 2026), qui décrit le mieux la dérive de ceux qu'il appelle les «complotologues».

Cet hantavirus dont personne n’avait jamais entendu parler et dont il a fallu commencer par mémoriser le nom, cet hantavirus donc, est-il dangereux, contagieux, résistant, volatile, tenace? Est-ce un virus ressemblant à la peste dont les épidémies hantent toujours les Européens? Ce désormais fameux hantavirus est-il un problème médical connu et très limité, complètement marginal, comme tout semble l’indiquer, ou pourrait-il être la source d’une nouvelle et terrifiante pandémie? Il est en tout cas le révélateur d’une société à bout de souffle et qui a peur de tout, au point qu’elle ne fonctionne plus que par grandes vagues de réflexes pavloviens. Il n’est plus interdit d’interdire, comme en mai 68, mais il est interdit de ne pas interdire!


«Le véritable spectre qui hante le monde, c’est l’envie de la servitude volontaire»

Le quotidien français Le Figaro s’indignait, cette semaine, de la prétendue lenteur des autorités américaines à s’intéresser à ce nouveau virus. La faute à Robert Kennedy Jr., cet antivax, ce sceptique, tempêtait le journal qui se rappelait sans doute les jours bénis du Covid avec un candidat à l’élection présidentielle américaine, Joe Biden, fièrement planqué pendant des semaines au fond de sa cave. Et le Dr Fauci, responsable de la lutte contre la pandémie, qui recommandait de porter deux masques à la fois en permanence. Le Figaro posait aussi cette question à ses lecteurs, mardi 12 mai: «Les mesures de quarantaine prises en France vous paraissent-elles suffisantes?» Eh bien, près de la moitié des lecteurs, 47% exactement, ont répondu non!



Réunions non-stop à Matignon, suivi scrupuleux des cas contacts (ce terme qui fleure si bon le Covid), annonces de confinements individuels de longue durée, promesse absolue que le stock de masques (cette grande trouvaille, aussitôt adorée, des années Covid) est au moins de trois mois… Mais rien n’y fait et pour cause, le véritable spectre qui hante le monde, c’est l’envie de la servitude volontaire. C’est la nostalgie du confinement, la passion sans cesse recommencée de la docilité et de l’obéissance.


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Le média Quotidien fait dans l'ironie.

Le décor est posé et il se développe jour après jour sur tous les fronts, comme un cancer qui progresse. Notre époque a ses valeurs, qu’elle veut mettre en pratique. L’Union européenne reste attachée à la démocratie, mais dans sa version orwellienne: elle a déjà interdit les médias russes (Sputnik, RT) et elle a déclaré la guérilla contre les réseaux sociaux (Pavel Durov, Elon Musk), même si elle avance précautionneusement car elle sait que Donald Trump est encore là pour trois ans.


L’Union européenne a aussi frappé en toute impunité, sans la moindre base légale et sans la moindre procédure judiciaire, notre ami et chroniqueur Jacques Baud et Xavier Moreau, dont les analyses politiques sur le conflit en Ukraine, libres et rigoureuses, lui déplaisaient. Elle a aussi fait annuler une élection présidentielle en Roumanie, rêve toujours de faire interdire l’Alternative fur Deutschland (AfD) en Allemagne, fait régulièrement ses petites listes de sanctions contre la Russie, prend soin de ne pas condamner la guerre d’agression américano-israélienne contre l’Iran… La Suisse ne fait pas partie de l’Union européenne, heureusement, mais elle en subit l’ascendant.

L’hantavirus c’est beaucoup plus que l’hantavirus et c’est même tout à fait autre chose: c’est la question de la liberté et de l’intelligence. Les Européens sont-ils toujours attachés au pouvoir de la raison et de la réflexion? Ont-ils toujours envie d’affronter les défis et d’inventer leur destin? Le monde multipolaire avance, inéluctablement, et il ne les attend plus.


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