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Article rédigé par :

Paul Watson

La compassion méconnue de Brigitte Bardot

paul watson
© Fondation Brigitte Bardot

Qui était Brigitte Bardot?


Pour apprécier qui elle était, nous devons d’abord affronter le monde autoritaire et anthropocentrique que nous habitons.


Pour les animaux du monde, nous, les humains, sommes des nazis.


Nous ne participons pas tous sciemment à la cruauté, mais nous en sommes tous les collaborateurs à moins de choisir de devenir des résistants.


Brigitte Bardot l’avait compris. Son mépris pour l’indifférence de notre espèce n’était pas quelque chose qu’elle gardait pour elle. Elle ne murmurait pas discrètement son dégoût devant un monde aveugle à l’abjection de la cruauté; elle élevait la voix contre une culture hypocrite qui choisit ses causes à la carte, un monde qui exploite souvent des figures comme elle pour rationaliser sa propre bigoterie, ses discriminations et sa violence.


À l’instar du capitaine Nemo, elle a décidé, à 39 ans, d’en finir avec la société pour des raisons qui lui semblaient justes. Elle a tourné le dos à l’adoration et à la célébrité, et s’est retirée pour commencer une vie de résistance plus signifiante — en pratiquant la compassion envers les innocents.


En même temps, elle comprenait la puissance de sa notoriété et a choisi de l’orienter vers une action concrète au profit des multitudes de non-humains asservis par notre espèce pour l’alimentation, le sport et le travail. Pour sa part dans la fin du massacre brutal des bébés phoques au pelage blanc, je lui en serai éternellement reconnaissant.


Lorsque des pêcheurs de l’île de La Réunion ont percé brutalement le nez de chiots vivants pour s’en servir d’appâts à requins, elle les a traités de sauvages. Pour cela, elle a été condamnée à une amende pour propos «racistes». Était-ce raciste de qualifier un acte sauvage de sauvage?


Jeune, elle a été exploitée pour sa beauté, et elle a reconnu avoir participé à cette exploitation — jusqu’au jour où elle a choisi de ne plus le faire.


Brigitte était mon amie. En toutes ces années, je ne l’ai jamais entendue prononcer une remarque raciste, ni dénoncer l’islam davantage que ne le ferait un juif, un musulman ou un catholique lambda à l’égard d’un credo rival. Sa voix, toutefois, portait plus loin que celle des autres.


Pourquoi soutenait-elle Marine Le Pen? La réponse est simple: elle s’est adressée à des responsables politiques de tout l’éventail, et Le Pen fut celle qui lui a affirmé comprendre la nécessité de droits pour les animaux. La gauche aurait pu gagner son soutien si elle avait manifesté une compassion dépassant sa fixation sur la primauté exclusive des revendications humaines.


La vérité, c’est que Brigitte se souciait peu de la gauche comme de la droite. Sa préoccupation était unique: ce qui était bon pour les animaux. Elle avait tout autant peu de patience pour les opinions et critiques d’êtres humains hypocrites.


Certains critiques affirment qu’on ne peut pas aimer les animaux sans aimer l’humanité. Bien sûr que si — et c’est précisément à cause de l’inhumanité des hommes qu’elle aimait les animaux avec tant de ferveur.


Chaque jour, des millions de poussins mâles viennent au monde pour tomber sur un tapis roulant qui les entraîne vers un broyeur, à peine quelques minutes après l’éclosion. Chaque jour, des milliers de veaux mâles sont arrachés à leurs mères, isolés dans des cages sombres pour produire du veau. Chaque jour, des milliers d’oies sont gavées jusqu’à rendre leur foie malade pour fabriquer du foie gras. Des chevaux de course se brisent les jambes; des dauphins croupissent en captivité — le tout pour divertir les humains. Qualifier l’abattage rituel de barbare et de cruel n’a rien de raciste; c’est descriptif.


Elle croyait, comme moi, qu’il ne peut jamais y avoir de justification culturelle à l’infliction de la douleur et de la mort à un être sensible.


Quand Brigitte Bardot a condamné les tueurs de dauphins au Japon, les chasseurs de globicéphales aux îles Féroé, les toreros d’Espagne et les massacreurs de bébés phoques au Canada, en les traitant de barbares, elle n’était pas raciste — elle nommait un comportement immoral et gravement répréhensible. Elle disait la vérité dans un monde qui ferme les yeux sur la cruauté et traite les animaux comme des objets à posséder, exploiter, brutaliser et terroriser — un monde contradictoire qui cajole les chiots et les chatons tout en tranchant la gorge des porcs et des agneaux.


Brigitte a fait davantage pour défendre, protéger et soigner les animaux que bien des saints, et je n’hésite pas à parler d’elle en des termes quasi hagiographiques. Elle laisse un héritage avec la Fondation Brigitte Bardot et les centaines de milliers de vies animales sauvées.


Au fil de nos conversations, il était clair que sa vision du monde était biocentrique. Elle voyait les liens entre toutes les espèces, et pas seulement les liens sociaux entre humains. Être sain d’esprit dans un monde de cruauté de masse et d’abattage insensé, c’est paraître fou aux yeux de ceux à qui manquent compassion et bonté.


La vérité, c’est qu’il faut beaucoup de courage pour affronter et regarder en face les traumatismes que nous voyons chaque jour dans un monde privé d’empathie.


Nous vivons au cœur d’une psychose collective — l’anthropocentrisme — qui nous confère une capacité apparemment infinie à rationaliser et à justifier la cruauté et la mise à mort.


Brigitte a inspiré et sensibilisé des dizaines de milliers de personnes. Elle était franche, directe, passionnée, courageuse et n’avait pas peur d’assumer des convictions tranchées. Elle laisse un monde plus clément pour les animaux que celui dans lequel elle est née, et elle a poussé beaucoup d’entre nous à affronter les contradictions et les hypocrisies qui façonnent notre regard au-delà de notre étroit intérêt humain.


À 39 ans, Brigitte Bardot a radicalement changé le cours de sa vie — une décision qui lui a apporté le bonheur personnel tout en offrant bonheur et compassion à d’innombrables êtres vivants et sensibles.


À 91 ans, elle nous a quittés, et nous sommes nombreux à pleurer la perte d’une femme admirable, d’une légende et d’un ange de miséricorde.


«Je ne suis pas ce qu’on appelle un homme civilisé, Professeur. J’en ai fini avec la société pour des raisons qui me semblent bonnes. Par conséquent, je n’obéis pas à ses lois.»

— Capitaine Nemo (Jules Verne)

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