Combien de faux articles de presse avons-nous lus sans le savoir?

Dernière mise à jour : 29 juin

Le témoignage d’un journaliste qui a mis sa plume au service d’une agence de relations publiques durant six ans a jeté un pavé dans la mare en France. Plus possible désormais de renvoyer la question de la responsabilité de la presse aux calendes grecques. En Suisse aussi, il est temps de mettre les différents titres de presse face à leurs violations de la Charte de Munich, qui regroupe les droits et les devoirs des journalistes.

© Flickr

Ça y est, La septième vague de Covid frappe l'Europe et de nombreux médias ont recommencé à afficher le décompte anxiogène des cas. Après quelques mois de répit, on semble parti pour le sequel de ce qu’on nous a vendu comme la pire crise sanitaire depuis la grippe espagnole. «On», ce ne sont pas seulement nos responsables politiques, mais également l’immense majorité de nos titres de presse.


Récemment, le journal phare de l’extrême gauche française, Fakir, fondé et dirigé par François Ruffin, a publié le témoignage (ou plutôt la confession) d’un journaliste/lobbyiste repenti. Longuement et dans le détail, il explique comment il a été mandaté pendant six ans par une boîte de relations publiques pour rédiger des articles fallacieux, destinés à influencer l’opinion publique et surtout commandés et rétribués par des industriels. Des articles ensuite publiés sur des médias d’actualité, sous l’apparence de véritable articles de presse. Tous signés par des avatars différents à la biographie inventée. Tous gratuits.


Voici quelques extraits de ce papier, qui permet de mieux comprendre la campagne de désinformation subie depuis deux ans par les lecteurs. Pour l'anecdote, il relève également que l’ancienne co-directrice de l’agence de RP en question n’est autre que la nouvelle porte-parole du gouvernement, Olivia Grégoire:


«Tous mes articles, tous, échouent sur des sites d’information spécialisés, alternatifs, ou sur les blogs de médias reconnus (Mediapart, Huffington Post, Les Échos…), ces espaces dont les rédactions délèguent le contenu à qui le veut. J’écris aussi, tant qu’on y est, des tribunes signées par des responsables politiques et dirigeants d’entreprise. Je m’évertue à appliquer la méthode distillée dans les briefs: présenter le sujet de manière neutre en se raccrochant à l’actualité, défendre les intérêts du client, et brouiller les pistes avec d’autres exemples, sans lien apparent. Tout cela avec la complicité des médias qui publient cette propagande déguisée. Personne ne semble remarquer le subterfuge. La recette doit être bonne… »


«Voilà qu’à la même période, on me commande de plus en plus d’articles sur le glyphosate, l’agent actif du Roundup de Monsanto. Le but: décrédibiliser le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Pourquoi? Ses rapports classent le glyphosate comme produit «potentiellement cancérigène» – au même titre que la viande rouge, la charcuterie et les boissons chaudes, c’est dire la violence de la charge... Mais c’est encore trop. Alors, dans mes titres, j’annonce la couleur. «Recherche sur le cancer : le périlleux numéro d’équilibriste du CIRC», lit-on dans mon article publié sur Lejournaleconomique.com. Sur 24heuresactu.com, je titre, finement : «Le CIRC de la recherche internationale sur le cancer.» Sur Jolpress.com, je suis un peu moins inspiré : «Le CIRC ou le règne de tout et son contraire».»


«Pourquoi ces articles sont-ils aussi bien payés, d’ailleurs? J’ai la réponse chaque jour, quand je les retrouve en tête des résultats sur Google Actualités. C’est précisément l’objectif recherché par leurs commanditaires : abreuver internet de contenus flatteurs ou complaisants pour leurs clients afin d’influencer l’opinion publique, de faciliter leurs affaires ou de taper sur un concurrent. Un incendie à la centrale nucléaire de Flamanville, en Normandie, fait les gros titres dans les médias? On me commande en urgence une série d’articles pour souligner la sûreté des installations nucléaires en France, la rigueur des contrôles et la fiabilité de la sous-traitance. Comme un pompier qu’on appelle pour éteindre l’incendie.»


En Suisse aussi


Combien de ces articles avons-nous lus sans nous douter qu’ils étaient en fait pilotés de toutes pièces pour influencer notre opinion? En Suisse romande aussi, des médias font la même chose en promouvant les intérêts de certaines entreprises ou organisations. Notamment en lançant et en alimentant soigneusement des campagnes de dénigrement envers certains groupes d’individus, comme cela a été le cas avec ceux qu’on appelle les «complotistes» ou encore les «antivax». Raccourcis intellectuellement malhonnêtes dont l’absurde n’a d’égal que la frivolité.


Combien de nos médias badinent avec la vérité pour répondre à des intérêts autres que ceux de leurs lecteurs? Combien sont à la solde de mandataires qui leur commandent des papiers rémunérés et destinés à servir leur agenda, au nez et à la barbe du public?


Certains, comme watson et Blick, exploitent ce nouveau modèle d’affaires en proposant à des annonceurs de payer pour des articles qui sont en fait de la publicité pour un produit. Mais la couleur est affichée sur leur site. D’autres médias, en revanche, usent des mêmes pratiques sans le divulguer au public. Alors, dans ce cas, comment le quidam peut-il séparer le bon grain de l’ivraie?


L’une des techniques consiste à se fier aux dispositions de la Charte de Munich, qui regroupe les droits et les devoirs des journalistes. L’Impertinent invite ses lecteurs à décrypter soigneusement les points ci-dessous et à définir par eux-mêmes les articles qui ne respectent pas ces devoirs.

  1. Respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître la vérité.

  2. Défendre la liberté de l’information, du commentaire et de la critique.

  3. Publier seulement les informations dont l’origine est connue ou les accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent; ne pas supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et les documents.

  4. Ne pas user de méthodes déloyales pour obtenir des informations, des photographies et des documents.

  5. S’obliger à respecter la vie privée des personnes.

  6. Rectifier toute information publiée qui se révèle inexacte.

  7. Garder le secret professionnel et ne pas divulguer la source des informations obtenues confidentiellement.

  8. S’interdire le plagiat, la calomnie, la diffamation, les accusations sans fondement ainsi que de recevoir un quelconque avantage en raison de la publication ou de la suppression d’une information.

  9. Ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste; n’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs.

  10. Refuser toute pression et n’accepter de directive rédactionnelle que des responsables de la rédaction.

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