Redevance: et si la SSR saisissait enfin l'occasion de se réinventer?
- Invité de la rédaction

- il y a 7 heures
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Ce texte est signé Jean-Pierre Amann*, animateur de la SSR pendant 43 ans, désormais à la retraite.
À l’heure où j’écris ces lignes, nul ne sait – si ce n’est les sondages qui ne se trompent jamais! – quel sera le résultat de la votation sur la baisse de la redevance radio-télévision. Il est plus que probable qu’à la fin de la journée un profond soupir de soulagement résonnera dans les chaumières suisses: la cohésion nationale sera sauvée.
Durant près d’un demi-siècle passé au service de la SSR (1977-2020), j’ai vécu à plusieurs reprises cette «petite angoisse», entretenue par nos supérieurs qui nous appelaient à sensibiliser proches et amis à l’immense danger qu’un refus d’augmenter la redevance ferait courir à notre belle entente confédérale.
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La campagne de ces dernières semaines n’a rien amené de vraiment neuf dans ce débat. Seule différence: l’enjeu n’est plus l’augmentation, mais la diminution de la taxe. Si les arguments en faveur du statu quo sont plus ou moins les mêmes, ceux des initiants prennent en compte une transformation radicale de nos habitudes en matière de consommation de l’audiovisuel.
Alors que la SSR jouissait d’une situation de quasi-monopole, les augmentations régulières de la redevance n’ont pendant longtemps suscité que de modestes oppositions. Pourtant, deux événements majeurs allaient modifier le paysage audiovisuel suisse.
D’une part, dès la fin des années 1980, l’autorisation de créer des radios privées ou associatives dans un cadre régional. Le deuxième événement, plus discret mais non moins effectif, fut la démocratisation des moyens permettant de faire du son de qualité et de le diffuser; le Nagra de Stefan Kudelski, qui coûtait plusieurs milliers de francs, peut aujourd’hui être remplacé par un téléphone portable et le montage se faire avec un ordinateur et des logiciels gratuits. Le télétravail imposé par les directives COVID en a fait la démonstration.
Cette évolution est inéluctable. Chaque votation aurait pu être l’occasion de faire le point et d’envisager des solutions pour accompagner une transformation aussi universelle qu’irréversible.
Désormais à la retraite depuis 2020, je ne me désintéresse pas de cette problématique et me réjouissais d’entendre les arguments que la SSR opposerait à l’initiative «200 francs, ça suffit!».
Suis-je un traître à l’institution en regrettant de ne pas avoir entendu un plaidoyer plus saillant pour défendre la vocation du service public?
C’était un peu court, ne trouvez-vous pas?
J’attendais de cette Grande Dame plus que centenaire une sorte de force tranquille, consciente de ses qualités et n’ayant pas besoin de jeter l’opprobre sur tout concurrent qui ne pourrait faire autre chose que de la désinformation. Lutter contre les fake news et la défense de la cohésion nationale sont les arguments le plus souvent avancés par les responsables de la SSR.
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Si la cohésion nationale sort indemne de la votation, devrons-nous attendre, le dos rond, la prochaine initiative et ressortir les épouvantails de la désinformation, de l’affaiblissement des régions périphériques, de la mise au chômage de milliers de collaborateurs et j’en passe?
Ne serait-ce pas l’occasion rêvée de redistribuer les rôles entre des acteurs de plus en plus nombreux qui font de la radio – et même de la télévision – dans leur appartement, retrouvant ainsi l’esprit des pionniers? Cet esprit qui a régné pendant les premières décennies à Radio Lausanne ou Radio Genève.
Plutôt que de craindre la menace d’une jungle médiatique, je souhaite que l’on investisse tout autant dans l’information: celle qui écoute, qui approfondit, plutôt que de reprendre les dépêches des agences, sous prétexte que nous n’avons plus les moyens d’envoyer des correspondants sur place.
Désormais, une nouvelle ère s’ouvre avec l’inauguration des studios de la RTS implantés au cœur du campus universitaire lausannois, aux côtés de l’École polytechnique fédérale. Le symbole est fort.
Mais un média de service public se doit aussi d’être mobile, réactif et débrouillard. Aujourd’hui un studio peut naître partout, même entre une cuisinière et une machine à café!
*Durant les 43 années de son activité aux programmes de la SSR, Jean-Pierre Amann a produit plusieurs émissions en rapport avec la scène musicale suisse. Il a notamment créé l’émission Pavillon suisse avec ses collègues des autres régions linguistiques et il a produit pendant 18 ans, le rendez-vous hebdomadaire du chant choral, Chant libre.
Hors de ses activités radiophoniques, il a signé trois ouvrages: Z. Kodály, 1983 et 2ᵉ édition révisée en 2020, Musique pour une fin de siècle, 20 entretiens avec des compositeurs suisses, RMSR 1994 et Leipzig en polyphonie, Ed. Papillon 2006.




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