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Article rédigé par :

Amèle Debey

L’affaire Baud est un révélateur de nos dérives systémiques

De la fragilité de nos droits fondamentaux à notre dépendance au système bancaire, en passant par le massacre de la liberté d’opinion… le traitement réservé à Jacques Baud met en lumière tout ce qui déraille dans la machine moderne de nos sociétés occidentales.

jacques baud
© DR

«Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.

Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester.»

M. Niemöller


Dans un monde normal, ce qui ruinerait la réputation d’une banque suisse, ce serait sa servilité à des puissances étrangères, sa capacité à lâcher un compatriote au premier coup de tampon arbitraire, sa docilité à des sanctions qui ne s’appliquent même pas chez elle. Hier, une banque gagnait sa réputation en étant un coffre-fort: fiable, prévisible, loyale envers ses clients.


Aujourd’hui, l’échelle des valeurs est inversée. La banque ne se contente plus de garder l’argent: elle le conditionne. Elle ne se contente plus de vérifier une identité: elle évalue une respectabilité. Elle ne se contente plus d’appliquer le droit: elle anticipe l’air du temps. Et ce glissement est vertigineux. Le nouveau prestige, ce n’est plus la solidité, c’est la conformité. Le nouveau courage, ce n’est plus la neutralité, c’est l’alignement. Le nouveau «risque», ce n’est plus de trahir son client, c’est de ne pas se ranger assez vite.

Dans ce nouveau monde, l’opinion est un risque. Le désaccord est un signal. La dissidence est un avertissement. Et les discours en dehors du cadre sont non seulement répudiés mais sévèrement punis.

 

Le mécanisme est toujours le même. D’abord, on fabrique une catégorie commode: «controversé», «toxique», «désinformateur», «sous sanctions», «proche de» – ou encore «fantasque», plus récemment – avec la collaboration servile de quelques plumitifs aux neurones atrophiés, dont nos médias pullulent. Peu importe les antiennes surannées telles que «la liberté de penser», l’important est l’étiquette. Une fois celle-ci collée, on n’a plus besoin d’arguments. On n’a plus besoin de contradictoire. On n’a plus besoin de preuves. On n’a plus besoin de procès. On cible les infréquentables qu'il convient de condamner à une mort sociale.


C’est précisément ce que l’affaire Baud met en lumière. Pas seulement le sort d’un homme, mais le fonctionnement d’un système. Elle parle de nous. Elle parle d’un monde où l’infrastructure est devenue politique. Où l’accès à la parole dépend de plateformes. Où l’accès au déplacement dépend d’autorisations. Où l’accès aux services dépend d’algorithmes. Et où, désormais, l’accès à l’argent dépend de la réputation.


Réputation. Ce mot pratique, parce qu’il ne veut rien dire, donc qu’il peut tout justifier. Il sert à se soumettre sans l’avouer. À punir sans assumer. À suivre une ligne sans jamais la nommer. Il a aussi une particularité étrange: il s’abat sur ceux qui dérangent, jamais sur les conformes. Dans le théâtre officiel, l’échec n’humilie pas, il promeut. La faute ne disqualifie pas, elle recycle.

L'Union européenne et ses administrateurs sont coupables d'avoir sacrifié les libertés individuelles sur l'autel du conformisme idéologique. La censure est l'arme des faibles qui ne croient plus en leur propre discours.


La Confédération suisse est coupable d'avoir abandonné un serviteur de la nation, un contribuable de son pays à la folie obscurantiste et totalitaire des dictateurs de Bruxelles.


Les journalistes qui restent silencieux sont coupables d'avoir abandonné la défense de la liberté d'expression pour revêtir les atours des gardiens du Temple.


UBS est coupable d’avoir inversé l’échelle des priorités: elle juge désormais moins dangereux pour sa réputation d’être vassale des grandes puissances financières que de servir loyalement des clients n’ayant commis ni crime ni délit.


Quand une banque suisse peut décider d’«aligner ses pratiques» sur des sanctions étrangères ou supranationales qui ne sont pas reprises chez elle, on parle d’extraterritorialité. On parle de souveraineté qui fond comme neige au soleil. On parle d’un pays qui se découvre dépendant de normes qu’il n’a pas votées, d’injonctions qu’il n’a pas décidées, de pressions qu’il n’a pas choisies. On parle d’un système financier où le vrai centre de gravité n’est pas à Berne, mais dans les couloirs de la conformité globale. Mais surtout, on parle d'un peuple forcé à devenir le maillon d'un système qui se retourne peu à peu contre lui.


Le plus ironique? Ce système se présente comme moral. Il prétend protéger la démocratie. Mais une démocratie qui punit l’opinion par des sanctions politiques n’est déjà plus une démocratie. Une société qui confond débat et danger, qui réprime la liberté d'opinion, délègue la peine à des acteurs privés, au nom du risque et de la réputation, abdique sa justice et abandonne ses enfants.


On peut ne pas aimer Jacques Baud. On peut contester ses positions. On peut débattre de ses analyses. Parfait. Qu’on le contredise! Qu’on l’affronte sur le terrain des idées! Il y a de quoi faire! Mais si l’on commence à accepter qu’un homme puisse être mis au ban de la société, étranglé financièrement parce qu’il est «problématique», alors on accepte de basculer dans un monde qui n'a plus rien de démocratique. Parce que, demain, le «problématique», ce sera vous. Ce sera moi. Ce sera n’importe qui, en fonction des obsessions du moment. Les ennemis du peuple livrés à la vindicte populaire changent au gré des décisions qui – c'est une évidence – ne répondent plus à une réalité, au bon sens et à l'intérêt public, mais à un narratif.



L’affaire Baud est un avertissement. Un avertissement sur la fragilité de nos droits quand ils sont conditionnés à l'obéissance. Un avertissement sur la facilité avec laquelle un système peut glisser de la loi à la règle adaptable à l'envi, du droit à la gestion, du citoyen au prisonnier.


Et dans ce monde-là, le combat n’est pas seulement politique. Il est existentiel: voulons-nous encore être des citoyens, ou acceptons-nous de devenir des profils? Des numéros de risque, dans une Europe qui moralise, et un capitalisme financier qui obéit, non pas à la loi, mais à la panique?


Si, aujourd’hui, on ne fait rien pour protester contre ce qui arrive à Jacques Baud, alors demain il n’y aura personne pour réagir lorsque cela nous arrivera à nous.


C'est pourquoi, comme depuis le début de cette cabale inadmissible contre les valeurs humaines que nous défendrons bec et ongles jusqu'au bout du monde, L'Impertinent continuera à couvrir cette affaire dans les moindres détails, jusqu'à ce que justice soit faite.

1 commentaire


pierre.flouck
il y a une heure

On ne peut que vous appuyer dans ces démarches de soutien à Jacques Baud.

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