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Article rédigé par :

Abdoulaye Penda Ndiaye

Valais: la bourde de l’Interprofession du vin qui a failli faire basculer le dossier Giroud

Des vins étrangers vendus en AOC Valais, une décennie de bras de fer, et une bataille judiciaire qui n’en finit plus: l’affaire Giroud est devenue un dossier toxique. Mais des documents obtenus par L’Impertinent révèlent un retournement aussi rare que préoccupant: en voulant «charger» Dominique Giroud, l’Interprofession du vin valaisan a transmis à la justice des échanges qui interrogent sa propre conduite, jusqu’à faire envisager à la procureure un possible faux dans les titres.

Giroud
© DR

Entre l’encaveur Dominique Giroud et l’Interprofession de la vigne et du vin du Valais (IVV), l’inimitié est profonde et remonte à de nombreuses années. Elle est marquée par une saga judiciaire autour d’allégations de fraude viticole et de concurrence déloyale, dès 2015. Ce bras de fer qui dure depuis une décennie trouve ses racines dans des soupçons de coupage de vins étrangers avec des crus valaisans, pour être vendus ensuite sous label AOC Valais.


L’affaire a connu un rebondissement spectaculaire révélé par des documents en possession de L’Impertinent. La faîtière valaisanne, représentée par son président Yvan Aymon, avait tenté de se constituer partie civile pour accabler le prévenu Dominique Giroud. Selon ces documents, l’IVV avait saisi l’ancienne procureure en charge du dossier, Rahel Brühwiler pour lui transmettre des éléments destinés à prouver des pratiques illicites.


Vaine tentative de retrancher du dossier les «preuves» envoyées par erreur


Yvan Aymon avait notamment affirmé détenir des échanges WhatsApp et e-mails avec un Valaisan expatrié en Amérique du Sud, qui aurait livré du vin argentin à Giroud. Ce dernier l’aurait ensuite commercialisé sur le marché suisse sous appellation AOC Valais, causant ainsi une concurrence préjudiciable aux vignerons locaux. Toutefois, lors de son audition par la police, le patron de la société au centre de cette transaction a disculpé Dominique Giroud.


Mais une inadvertance de l’ancien avocat de l’Interprofession a failli faire basculer le dossier. Par une méprise incroyable, «certains éléments de preuve» envoyés à la procureure n’incriminaient pas Dominique Giroud, mais l’IVV elle-même!


Une fois que ces pièces ont été transmises à la procureure Rahel Brühwiler, l’IVV a tenté de les récupérer et a proposé d’envoyer «le bon dossier» en remplacement. En vain. La magistrate n’a pas donné suite à cette demande. Au contraire, elle a refusé catégoriquement que la faîtière puisse être partie civile dans l’affaire. Rahel Brühwiler a notamment relevé que le président Yvan Aymon avait «lourdement insisté» auprès d’un Valaisan basé en Argentine pour obtenir des documents confidentiels en lien avec le dossier Giroud.


Mais plusieurs éléments dans les échanges WhatsApp ont fait tiquer la procureure. On pouvait notamment lire: «Je dois tracer notre nom et envoyer à nouveau le contrat avec les corrections». Pour la magistrate, cela laissait supposer qu’Yvan Aymon envisageait de déposer un contrat modifié comme preuve. Ce qui a poussé Rahel Brühwiler à envisager des poursuites contre le patron du vin valaisan pour «instigation de faux dans les titres».


«Nous ne faisons pas partie de cette procédure»

L’avocat de l’IVV


Contacté par L’Impertinent, le président de l’IVV, Yvan Aymon, affirme n’avoir jamais été informé de ces soupçons. Me Aba Neeman, son avocat, confirme: «Nous ne faisons pas partie de la procédure, puisque la procureure nous a dénié le droit de nous constituer partie civile. Dans le dernier courrier reçu de sa part, il y avait des éléments du dossier qu’elle a souhaité tronquer.»


De son côté, Me Yannis Sakkas, avocat de Dominique Giroud, ne mâche pas ses mots: «Depuis de nombreuses années, l’Interprofession de la vigne et du vin n’a eu de cesse de mener une véritable croisade contre Dominique Giroud. Cet acharnement n’a plus grand-chose à voir avec la défense du vin et des vignerons valaisans. Lors de ses multiples recours, l’IVV a systématiquement perdu devant toutes les instances judiciaires.»


Pour mettre fin à l’enlisement de ce dossier qui se rapprochait de la prescription, le ministère public du Valais avait annoncé, en juin 2024, la nomination d’un procureur extraordinaire, l’avocat fribourgeois Charles Navarro. Le communiqué publié indique que le magistrat aura pour mission de «traiter un dossier particulier». Soit celui de Dominique Giroud.


Une fin dramatique


Un mois après ce changement de pilote en plein vol, la procureure Rahel Brühwiler a quitté définitivement le ministère public du Valais. Ce qui a mis un terme à six ans d’une collaboration conflictuelle, d’abord avec l’ancien procureur général Nicolas Dubuis et ensuite avec sa successeure Béatrice Pilloud, actuelle patronne du Parquet valaisan. La procureure Rahel Brühwiler avait accusé le premier de violer le secret de l'instruction et la seconde de partialité et d’ingérence.


À bout de forces en menant de front l’instruction de deux gros dossiers et se sentant isolée, la Fribourgeoise s’était confiée au journal Le Temps. «Aucun de mes collègues ne voulait du dossier Giroud. Je n’ai jamais reçu de soutien», avait-elle déploré. L’ancienne procureure a mis fin à ses jours cet automne. Dans un avis mortuaire publié dans Le Nouvelliste, cinq collaborateurs du ministère public disent garder d’elle «le souvenir d’une chère amie et d’une brillante ancienne collègue».

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