Tortures, meurtres et compromission par Israël: les dernières publications du dossier Epstein font froid dans le dos
- Amèle Debey

- il y a 9 heures
- 4 min de lecture
C’est un véritable cataclysme qu’a déclenché le ministère de la Justice américain, vendredi, en publiant trois millions de pages supplémentaires du dossier Epstein. Des documents inédits, environ 180'000 images, 2000 vidéos et 3000 références à Donald Trump. Petit récap’ de ce que l’on sait et de ce qu’il convient de prendre avec des pincettes.

Le U.S. Department of Justice (DOJ) dit avoir publié, vendredi 30 janvier, le dernier volet des «Epstein Files», un mois après la date limite fixée par le Congrès: environ trois millions de documents, après deux vagues plus modestes ces dernières semaines. Devant la presse, le ministre adjoint Todd Blanche (ancien avocat de Donald Trump) a expliqué que, malgré l’ampleur du dépouillement, il n’y aurait pas d’éléments suffisants pour impliquer pénalement d’autres personnes que Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell. Et ce, malgré le fait que des images contenant «des morts, des agressions physiques et des blessures» existent et ont été expurgées des documents publiés, selon les mots du numéro deux de la justice américaine.
Le nom de Donald Trump apparaît de très nombreuses fois dans ces documents, diffusés en masse, indépendamment de leur fiabilité. En effet, il suffit que le nom «Epstein» apparaisse quelque part pour figurer dans le dossier, y compris lors d’une commande de repas ou de travaux ménagers, par exemple. Il va donc falloir du temps aux journalistes et aux avocats de victimes, mais également aux politiciens américains, pour pouvoir séparer le bon grain de l’ivraie.
Comme toujours, le temps de l’enquête n’est pas celui des réseaux sociaux. Depuis la publication de ces documents, des extraits chocs circulent, notamment sur Twitter, abondamment relayés par les opposants du président américain, dont bon nombre de membres du Congrès. Une apocalypse réputationnelle virtuelle qui contraste avec la couverture de l’affaire par les télévisions américaines qui, au lendemain de ces publications, semblaient prendre plus de précautions face à la gravité des éléments dénoncés.
Par exemple, dans un document attribué au FBI, il est question d’une «source confidentielle» qui aurait déclaré qu’«Epstein était proche de l'ancien Premier ministre israélien Ehud Barak et avait été formé comme espion sous ses ordres.»

Dans cet extrait, la source décrit un faisceau d’allégations sur des réseaux d’influence supposés autour de Jeffrey Epstein, de l'avocat Alan Dershowitz et de cercles politico-économiques liés à Donald Trump: elle affirme que Dershowitz aurait exercé une influence sur des héritiers de familles riches (dont les frères Jared et Josh Kushner) et suggère des liens avec le Mossad. Elle avance aussi que «Trump a été compromis par Israël» et que «Kushner est le véritable cerveau derrière son organisation et sa présidence.»
Dans un autre document qui fait l’objet d’une attention particulière sur internet, on peut lire: «Une source a rapporté qu'une amie non identifiée avait été contrainte de pratiquer une fellation sur le président Trump il y a environ 35 ans dans le New Jersey. L'amie a déclaré à Alexis qu'elle avait environ 13-14 ans lorsque cela s'est produit, et elle aurait mordu le président Trump pendant qu'elle lui pratiquait une fellation. L'amie aurait été frappée au visage après avoir ri d'avoir mordu le président Trump. L'amie a déclaré qu'elle avait également été abusée par Epstein.»

Autre extrait: «La plaignante a déclaré avoir participé à des orgies et que certaines filles avaient disparu, qui auraient été assassinées et enterrées dans l'établissement. La plaignante a déclaré avoir été menacée par le chef de la sécurité de Trump de l'époque, qui lui avait dit que si elle parlait de ce qui s'était passé là-bas ou des personnes qu'elle avait vues, elle «finirait comme engrais pour les neuf derniers trous, comme les autres salopes».
À noter que ce document, qui contient des accusations de viol sur une mineure contre Donald Trump, a été dépublié du site officiel:

Mais ce n'est pas tout. Des extraits d’e-mail particulièrement ignobles sont également fournis dans le dossier:



Le New York Times souligne toutefois que de nombreux témoignages et «tuyaux» transmis au FBI ne sont pas corroborés, et annonce donc ne pas relayer des accusations non vérifiées. À l’inverse, TMZ met en avant des allégations très explicites. Le ministère note aussi que certains éléments, déposés juste avant l’élection de 2020, seraient «infondés et faux»; The Telegraph relève que «les propos sinistres ont reçu une attention substantielle sur les réseaux sociaux avant qu’ils ne disparaissent du site du ministère de la Justice».
La publication ravive aussi les spéculations autour de figures connues de l’entourage d’Epstein. Bill Gates est cité dans un récit relayé par La Stampa, que sa fondation conteste. Il est question d’avoir demandé des médicaments pour sa femme, contre une maladie sexuellement transmissible venue de jeunes femmes russes. De son côté, The Guardian se concentre sur Elon Musk: des e-mails suggèrent des échanges plus amicaux et suivis que ce qui était connu, avec des tentatives d’organiser des vacances en 2012-2013, malgré les dénégations publiques passées du patron de Tesla.
Il est important de noter que des victimes dénoncent, via le The Wall Street Journal, des caviardages jugés excessifs et, à l’inverse, des erreurs ayant exposé des identités. Et le député Ro Khanna reproche au gouvernement de n’avoir rendu publiques qu’environ 3,5 millions de pages sur six millions. Même Todd Blanche concède que cette masse de documents ne suffira probablement pas à étancher la «faim» et la «soif» d’informations.
À quoi joue le DOJ en publiant cette masse de documents, dont certains contiennent des accusations gravissimes? Selon certains observateurs, il s'agirait de la technique bien connue de «l'inondation informationnelle», qui consiste à saturer l’espace public avec du bruit pour rendre les éléments vrais illisibles.
Cependant, d'autres questions subsistent: pourquoi l'identité des individus manifestement adeptes de torture est protégée par le DOJ? Et surtout, pourquoi ces informations perturbantes sont déjà assurées de ne pas déboucher sur d'autres poursuites, étant donné qu'il est officiellement question de morts, d'agressions physiques et de blessures, entre autres? Les semaines à venir devraient nous apporter quelques éléments de réponse.
Quant à Donald Trump, sa version reste inchangée: tout cela n'est qu'une arnaque des démocrates pour le décrédibiliser. Rappelons que le président américain a été élu malgré une condamnation pour agression sexuelle en 2023.








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