Elle est à la croisée des chemins, écartelée entre la menace d’une annexion brutale par la Chine et la douce nostalgie d’un passé encore proche et heureux, de 1895 à 1945, avec le Japon. Au centre depuis un mois d’une brusque montée des tensions entre la Chine et le Japon, qui se superpose au grand jeu géopolitique entre les États-Unis et la Chine, l’île de Taïwan s’efforce plus que jamais de devenir enfin cet État indépendant, libre et souverain, qu’elle est déjà.
C’est l'île de tous les dangers qui a réussi jusqu’ici, par sa résilience, à surmonter les tragédies historiques et à prospérer, mais qui ne cesse de subir et de cristalliser, malgré elle, les grands affrontements qui déchirent le monde. Une île de 23 millions d’habitants au milieu d’un vaste détroit, soumise à la double influence de la Chine (ce mastodonte de 1,5 milliard d’habitants) et du Japon. Taïwan, aujourd’hui, est un État libre et démocratique qui revendique non seulement son indépendance, mais aussi son identité nationale.
La récente montée des tensions entre Pékin et Tokyo, après que la nouvelle Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, eut déclaré, le 7 novembre, qu’une attaque militaire chinoise contre Taïwan représenterait une menace existentielle pour le Japon et pourrait entraîner une réponse militaire, illustre l’inextricable complexité de la situation ainsi que les risques toujours présents de collision et de déflagration dans ce huis clos régional. La réaction violente de Pékin, dont un diplomate a menacé, sans être désavoué, de «couper la sale tête» de Sanae Takaichi, donne le sentiment d’une espèce d’effroi et de désarroi, comme s’il s’agissait de couper aussitôt cette vérité qui sort du puits.