Qui arrêtera Ursula von der Leyen?

Dernière mise à jour : 28 oct.

En votant à l’extrême droite, les Italiens espéraient peut-être se défaire de la pression européenne, comme de l’emprise de sa cheffe d’orchestre, Ursula von der Leyen. C’est raté. Les élections italiennes font, une fois de plus, la démonstration que le vote du peuple n’exerce plus aucune influence que la présidente de la Commission européenne ne saurait supplanter.

© Pixabay/Flickr

Le lendemain de son sacre, Giorgia Meloni, la nouvelle Première ministre italienne, trahit déjà ses promesses de campagne. Elle a «capitulé en nommant dans son gouvernement des personnalités pro-européennes et un ministre de la Santé favorable au maintien du pass sanitaire, une mesure sanitaire que le nouveau gouvernement avait pourtant menacé de faire sauter», rapporte le Courrier du soir. Sur les réseaux sociaux, les électeurs sont verts de rage.


«Orazio Schillaci est le nouveau ministre de la Santé du gouvernement Meloni. Il a été membre du comité technique scientifique, fortement favorable à la vaccination, au port du masque et au pass sanitaire. Cela commence mal», s’indigne l’un d’entre eux sur Twitter.


Peu après son élection, Giorgia Meloni avait eu un échange avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen sur Twitter, qui laissait peu de place aux doutes:

«Je compte sur une coopération constructive avec le nouveau gouvernement, dans les défis que nous affronterons ensemble et m'en réjouis» – «Désireuse et prête à travailler avec vous pour renforcer la résilience de l'UE face à nos challenges communs». © Twitter

Dès septembre, les propos d’Ursula von der Leyen – interprétés comme des menaces – avaient déclenché une polémique en Italie. Cette dernière avait alors déclaré: «Nous travaillons avec n’importe quel gouvernement démocratique qui veut travailler avec nous», mais «si les choses tournent mal, nous avons les outils».


Copinage et lobbyisme


La nomination d’Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne serait le fruit d’un accord entre Emmanuel Macron et Angela Merkel, nous apprend le Courrier international. Avant cela, elle était aux côtés de l’ancienne chancelière allemande depuis 2005. Elle a exercé différents rôles au sein de l’exécutif allemand, avec plus ou moins de brio. En 2019, elle «fuit» Berlin pour Bruxelles.


Un rapport parlementaire rédigé par l’opposition aboutira à la conclusion suivante: «Sous Ursula von der Leyen, la gestion du ministère était “un échec complet”, avec des procédures de contrôle des contrats de consulting qui n’étaient pas respectées, et cachaient souvent des liens de copinage, de connivence entre hauts fonctionnaires et lobbyistes privés.»


«Il n’y a plus guère de doute sur la raison véritable qui a poussé Ursula Von der Leyen à fuir à Bruxelles », résume le chef du service investigation de Die Welt, Wolfgang Büscher, selon le média national algérien L’Express. Pour lui, l’ex-cheffe de la Bundeswehr est bien coupable «d’avoir laissé ces oiseaux parasites que sont les consultants privés faire leur nid au ministère de la Défense, d’avoir donné les clés de la Défense nationale, à travers ces lobbyistes, aux intérêts des grandes compagnies du secteur de l’armement en particulier.»


Liens avec l’industrie pharmaceutique


Ursula von der Leyen – dont l'un des fils a travaillé chez McKinsey jusqu’en 2019 – est mariée avec Heiko von der Leyen, médecin et directeur médical d’Orgenesis Inc., une société de biotechnologie développant des thérapies cellulaires et géniques, qui a investi dans le développement de différents produits pharmaceutiques dans le cadre de la pandémie de Covid-19.


Une présidente de la Commission européenne surpuissante, qui n’hésiterait donc pas à faire dans le copinage et qui entretient des liens plutôt étroits avec le monde des pharmas. Le terreau était fertile pour y cultiver de la méfiance face aux positions de l’UE durant la pandémie de Covid. Notamment concernant les contrats d’achat des vaccins, le plus gros de l'histoire de l'UE jusqu'ici.


Ces contrats – publiés dans leur intégralité par L’Impertinent – font l’objet d’une enquête du parquet européen (EPPO), qui va chercher à déterminer si l’achat de ces vaccins constitue ou non une fraude aux fonds européens.

 

Lire l’intégralité des contrats entre l’Union européenne et les trois principaux labos

 

Mi-septembre, le bien informé Politico rapportait les accusations de la Cour des comptes européenne à l’encontre des cachotteries de la Commission, qui refusait alors de divulguer des détails sur le rôle personnel d’Ursula von der Leyen dans les négociations avec les pharmas.


L'organisme de surveillance budgétaire a constaté que la cheffe de l'UE a fait fi des règles en vigueur pour conclure un accord préliminaire avec la multinationale américaine, ouvrant ainsi la voie à la signature, en mai 2021, d'un contrat portant sur 1,8 milliard de doses de vaccin contre le coronavirus, expliquent nos confrères.


Pour tous les autres contrats de vaccination conclus par l'UE entre 2020 et 2021, une équipe conjointe composée de fonctionnaires de la Commission et de sept pays membres a mené des discussions exploratoires. Le résultat a ensuite été soumis à un comité directeur pour les vaccins, composé de représentants des 27 États membres de l'UE, qui l'a approuvé.


Une procédure qui n’a pas été suivie dans le cas du plus juteux contrat jamais signé par l’UE.


Vous avez dit «transparence»?


L’implication de la présidente de la Commission européenne dans les négociations, ainsi que ses efforts pour la couvrir sont illustrés, depuis juillet dernier, par l’affaire des SMS. La médiatrice de l’UE, Emily O’Reilly, a eu beau tenter de s’en mêler, on n’a jamais pu retrouver les textos échangés entre Ursula von der Leyen et Albert Bourla, directeur général de Pfizer.


Et cela malgré le fait que ces SMS entrent «dans le cadre de la législation sur l’accès du public et des médias aux documents officiels et qu’ils concernaient directement le travail de l’institution», selon la médiatrice.


Reste à savoir qui de la Cour des comptes, du parquet européen, de la médiatrice, ou des Etats membres de l’UE parviendra un jour à épingler Ursula von der Leyen qui, rappelons-le, fait la pluie et le beau temps en Europe sans avoir été élue.


Sa mission se résume à assurer la direction politique de la Commission; convoquer et présider les réunions du collège des commissaires; diriger la mise en œuvre des politiques de l'UE par la Commission; participation aux réunions du G7; participer aux débats de fond au Parlement européen et entre les gouvernements des pays de l'UE au Conseil de l'Union européenne.


Pas à signer des contrats, ni à s'engager dans des guerres.

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