Seul contre tous! Seul contre tous les autres dirigeants de l’Union européenne et des pays du Golfe persique. En interdisant à Donald Trump d’utiliser deux bases militaires américaines sur le sol espagnol pour sa guerre d'agression contre l’Iran, qui a d’ores et déjà tourné à la débâcle, le premier ministre espagnol Pedro Sanchez a provoqué la colère du président américain. Il a surtout fait entendre la voix de la vraie Europe, celle qui rejette à la fois la tutelle de l’Union européenne et la croisade de haine menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran chiite.
On ne se méfie jamais assez des chefs d'État honnêtes et courageux: on les croit modérés et polis, voire convenus et un peu ternes, en tout cas inoffensifs et malléables. Et les voilà qui surgissent de leur boîte un beau matin, sans crier gare, dans un mélange d’indignation vengeresse et de détermination. Premier ministre espagnol et leader du Parti socialiste, Pedro Sanchez, 54 ans, a amplement fait la preuve depuis sa nomination, il y a déjà sept ans, de sa force tranquille et de sa ténacité, de son habileté aussi, à la tête d’un pays déchiré par les divisions et au bord de l'explosion, surtout en Catalogne. Une majorité introuvable au Parlement, des tractations incessantes, des marchandages, des équilibres précaires, un art obligé du compromis…
Un exercice de haute voltige que Pedro Sanchez, du haut de ses 190 cm, avec son allure altière, son charme certain et son intelligence, est parvenu à mener à bien malgré le harcèlement incessant d’une opposition aussi médiocre que revancharde. En disant non au président Donald Trump, comme de Gaulle avait dit non le 18 juin 1940, Pedro Sanchez vient d’émerger à la fois comme l’ennemi public numéro 1 de l’Union européenne et comme le véritable recours d’une Europe qui entend demeurer fidèle à elle-même, à son identité comme à sa souveraineté, et qui refuse de sortir de l’histoire pour passer corps et âme sous la domination américaine.