Mobilisation éclair anti-Loi Covid, le signe d'une démocratie qui fonctionne?

Dernière mise à jour : juil. 8

Selon toute vraisemblance, les Suisses devront bientôt voter à nouveau sur la Loi Covid-19, remise en question pour la seconde fois par plusieurs associations qui se targuent de lutter pour les libertés individuelles et contre la manipulation d’Etat. Les voix en faveur d’un nouveau référendum semblent en effet suffisantes. Comment les opposants ont-ils fait pour récolter toutes ces signatures en un temps record? Comment interpréter cette mobilisation de masse? Et ont-ils, ce coup-ci, une chance de remporter la bataille? Nous le leur avons demandé.

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«Le combat ne fait que commencer», avait prévenu Werner Boxler, co-fondateur des Ami.e.s de la Constitution, au moment de la défaite du 13 juin dernier, lorsque le peuple suisse a décidé d’accepter à la majorité la si controversée Loi Covid-19. Mais, avec plus de 40% de votes contre, en particulier chez nos voisins alémaniques, le terme «défaite» est peut-être légèrement inadapté. Car, en effet, les opposants à cette loi étaient parvenus à gagner le soutien d’une tranche importante de la population. Et celle-ci s’exprime à nouveau au travers de signatures dans le deuxième round, puisque les 60’000 paraphes nécessaires à remettre la loi sur l’autel des votations ont été récoltées en six semaines. Et ça continue! Les organisateurs s’attendent en effet à atteindre les 80’000 signatures d’ici au délai imparti, le 8 juillet. Interrogé sur les raisons de cet élan citoyen, Werner Boxler, co-fondateur des Ami.e.s de la Constitution, explique que le groupement réunit aujourd'hui 11’000 adhérents, grâce notamment au battage médiatique dont il a profité lors des résultats du 13 juin. «C’est une association désormais connue et reconnue en Suisse romande. Les gens viennent spontanément, non seulement pour signer le référendum, mais également pour devenir membre, raconte-t-il. Il y a un engouement qu’on n’a pas connu lorsqu’il a fallu récolter des signatures pour le premier référendum. On a toujours un train de retard sur la Suisse allemande, mais on est en train de le rattraper.»


Résultats des votations du 13 juin dernier, par cantons



Damien Foretay, co-responsable de la campagne référendaire pour l’antenne romande du Réseau Choix Vaccinal, à la source du référendum, n’en revient toujours pas. Cette mobilisation qu’il juge inespérée, serait symptomatique d’une prise de conscience. «Celle que la Loi Covid vient ébranler les fondements mêmes de notre démocratie, avec des mesures souvent déshumanisantes», selon lui.


Les clés du succès

Les opposants aux mesures sanitaires sont extrêmement présents et actifs sur les réseaux sociaux depuis le début de la crise. Malgré la censure dont certains posts sont parfois victimes, malgré les efforts déployés par Mark Zuckerberg contre les dénommées «fake news», la mobilisation est gigantesque et elle est hors du contrôle du géant bleu. Pourtant, le Réseau Choix Vaccinal et les Ami.e.s de la Constitution ne réunissent, à eux deux, qu’un timide total de 3000 abonnés sur Facebook. Leur force est ailleurs. «On a tout un écosystème web, explique Damien Foretay. Derrière les plus connues, on a beaucoup d'autres pages Facebook, au travers des différents associations et collectifs qui travaillent main dans la main pour ce genre de cause. Il y a les réseaux sociaux, mais également les mails et les groupes Telegram. Pour ce référendum en particulier, on en a créé pour la récolte de signatures, par région. A partir du moment où l’info part, cet écosystème se met en place et la relaie. Les partages ont un effet exponentiel.»

Une stratégie web novatrice

Pour parvenir à cet exploit, les membres des comités référendaires ont innové: «Vu qu’on n’avait pas de soutien politique à part les jeunes UDC, on s’est dit qu’on allait miser sur la créativité et les réseaux sociaux, continue Damien Foretay. Plutôt que de solliciter les gens au hasard dans la rue, notre public cible, à savoir les gens déjà acquis à la cause, reçoivent les feuilles de signatures chez eux, les impriment, les signent et les font signer.»

La deuxième sera-t-elle la bonne?

Contrairement à la première votation, le Conseil fédéral n’aura pas, cette fois, la possibilité de faire directement appel à l’argument économique – si déterminant dans l’histoire des votations – puisque ce référendum ne se concentre que sur les articles rajoutés après le dépôt du premier, à savoir: la pleine liberté des Sept sages pour définir les critères et valeurs de référence relatifs aux restrictions et assouplissement, la levée de l’obligation de quarantaine pour les personnes vaccinées, le traçage des contacts et le certificat sanitaire.

«Cette fois, il ne s’agira pas d’aides économiques, reprend Damien Foretay. Il s’agit d’articles beaucoup plus lourds en termes d’atteinte à nos libertés, à l’égalité des citoyens devant la loi, à notre intégrité corporelle aussi.» «La coupe est pleine pour beaucoup, qui se rendent comptent que nous sommes manipulés par le gouvernement», poursuit Werner Boxler, qui regrette que les médias traitent surtout du profil des opposants plutôt que des problématiques de fond. «Oui, nous avons une chance. Si nous faisons une campagne subtile et stratégique. Car si l’article 1a passe, c’est la fin de la démocratie suisse. Car le Conseil fédéral n’aura qu’à informer de ses décisions. Et c’est extrêmement préjudiciable pour la démocratie directe.»


Pourtant, le fait même que ce référendum puisse avoir lieu ne vient-il pas démontrer l'étendue des possibilités qu'offre la démocratie directe made in Switzerland? Et donc, du même coup, mettre à mal l'hypothèse d'une manipulation d'Etat? C'est du moins l'avis d'Olivier Meuwly, historien et observateur de la vie politique suisse. S'il reconnaît que les questions de fond soulevées à l'encontre de cette loi sont légitimes, il déplore une certaine exagération: «C’est une des raisons qui m’inspire de profonds doutes quant aux motivations des opposants. Je vois surtout un grand nombre de contradictions. C’est très conforme à l’air du temps. Ce référendum me semble incarner le phénomène des gens qui veulent tout et son contraire. C’est de la mauvaise foi et je trouve, à titre personnel, que c’est fortement exagéré.»


Et d'ajouter: «Le sujet en lui-même, le fait d’interroger cette organisation particulière, extraordinaire, qui ne peut se mettre en place qu’en opposition à la démocratie directe en tant que telle est légitime. Je pense qu’ils vont trop loin dans leur argumentation, mais la question est réelle.»

Découvrez l'interview d'Olivier Meuwly dans son intégralité

Cette mobilisation éclair contre une loi qu'il défend a-t-elle de quoi inquiéter Alain Berset? «Le Département fédéral de l’Intérieur ne commente pas ce genre de choses, nous répond une source interne. C’est leur bon droit de récolter de signatures, c’est bien le sens (et la richesse) de notre démocratie directe et de sa très saine culture du débat public!»

On l’a compris, les opposants à la Loi Covid-19 sont parvenus à gagner cette nouvelle bataille en mettant toutes leurs forces à l’œuvre. Mais s’ils ont sans aucun doute suffisamment de Suisses acquis à leur cause pour pouvoir lancer un référendum, en auront-ils assez pour faire basculer l’avenir politique du pays? «On est une minorité oui, mais c'est 40% de gens engagés et déterminés à convaincre la majorité et à l’alerter sur les risques d’une dérive autoritaire», conclut Damien Foretay.


Réponse le 28 novembre prochain.