«La crise sanitaire m’a réconciliée avec la Suisse»

Une fois n’est pas coutume, L’Impertinent entame la nouvelle année par une note personnelle de sa fondatrice. Une envie de partager avec vous un ressenti, une perception, en vous invitant à faire de même dans les commentaires. Les plus (im)pertinents seront publiés dans un prochain article!

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D’aussi loin que je m’en souvienne, ma double nationalité a toujours été une source de fierté. En grandissant dans le confort d’une sécurité toute helvétique, j’idéalisais l’indomptable Hexagone qui me semblait plus adapté à mon tempérament impétueux. Berceau de révolte et synonyme de liberté de ton, d’humeur, de penser. Je m’y réfugiais lorsque j’avais besoin d’exploser. A contrario, je me sentais à l’étroit dans ce pays où l’on étouffe les passions un peu trop ardentes des chemins un peu trop excentrés. Où l’on jette un regard désapprobateur sur les coups de gueule un peu trop bruyants des esprits pas assez disciplinés.


Il m’a fallu 32 ans pour que la réalisation de mon erreur vienne apaiser mes rapports tendus avec mon pays de naissance. L’année 2020 m’a réconciliée avec la Suisse. Pas au niveau décisionnaire, non… Même si j’ai trouvé notre gouvernement un peu moins ridicule que celui de Philippe/Castex, les politiques se sont plus ou moins valu. C’est la différence de réactions entre les citoyens des deux pays qui m’a déconcertée. Puisque la contestation n’était pas là où je l’attendais.


Les Suisses, habituellement si obéissants, ont tôt fait de monter au créneau afin d’éviter l’Absurdistan français. Sous la pression de la population, le Conseil fédéral a dû la jouer fine. Chez nous, pas de confinement strict, pas de fermeture tous azimuts, pas d'attestation absurde à remplir, pas de précipitation dans les décisions. On a eu l’impression que les gouvernants tentaient de réfléchir avant d’agir... avec plus ou moins de succès et de cohérence. Mais on ne pouvait alors pas en dire autant de nombres de nos voisins.


Ici aussi, certains ont eu peur et ont déploré les atermoiements des sept sages. Les intérêts économiques priment sur tout le reste? L’argent avant la santé? La rationalité suisse a-t-elle été sauvée par sa vénalité? Peut-être bien. Ou alors peut-être que cette crise a réveillé l’esprit contestataire qui végétait chez nos patriotes. Petit à petit, les mouvements citoyens se sont créés, organisés et répandus dans tout le pays. Méthodiquement, on a rassemblé ses forces et analysé le terrain pour identifier les points faibles, les sujets à empoigner, les référendums à lancer. Si guerre il y a eu, c’est sous cette forme qu’elle s’est déroulée.


Depuis que je suis petite, j’ai l’occasion de me rendre compte à quel point les Suisses sont ouverts d’esprit à l’égard des médecines alternatives et de l’homéopathie, qui n’est d’ailleurs plus remboursée par la sécurité sociale chez nos voisins depuis le 1 janvier. Le Dr Daniel Scimeca, président de la Fédération Française des Sociétés d'homéopathie, expliquait récemment à TV5 Monde: «ll faut savoir qu'en Suisse, il y a eu une votation qui a institué le remboursement des médicaments homéopathiques et des consultations chez les médecins et les professionnels de santé homéopathes. La Suisse est en quelque sorte en avance sur nous dans ce type d'approche.»


Alors qu’en France, on jette les canettes à la poubelle et on ne s’embarrasse généralement pas d’un compost, la Suisse fait partie des meilleurs élèves internationaux de tri des déchets. La vague verte s’y apparente à un raz de marée et les enseignements alternatifs, à l’image de l’école Steiner, sont appréhendés avec plus de tolérance qu’en France. Il y en a 21 dans l’hexagone, pour 50 jardins d’enfants et une trentaine d’écoles en Suisse, selon un article du Temps.


Le peuple suisse se fie plus facilement à son gouvernement qu’en France, où la confiance s’est érodée cette année plus que jamais. On jurerait pourtant le contraire.


En France, on aime à répéter que le scepticisme à l’égard du vaccin va à l’encontre des fondamentaux du pays de Pasteur. On oublie alors bien vite que ce pays est également celui de Danton, de Robespierre, de Voltaire et de Marat, pour ne citer qu’eux. La défiance à l’égard du pouvoir est inscrite dans l’identité française. Pourtant, jamais je n’avais vu ses citoyens aussi dociles. Alors que je m’attendais à voir les rues de Paris à feu et à sang pour s’opposer aux mesures liberticides, les Français ont été très majoritairement obéissants. A leur corps défendant.


Un peu comme si des mois de Gilets jaunes, de réforme, de lutte contre le terrorisme, avaient épuisé la population, qui avait besoin – contrairement à ce qu’elle défend – d’être maternée. Assistée. Comme si les Français avaient envie qu’on les prenne par la main, qu’on les réconcilie les uns avec les autres et qu’on leur montre la voie à suivre. Depuis le début de l’année, on nous répète que l’obéissance aux mesures de précaution est la seule manière de s’en débarrasser au plus vite. On voit que c’est faux. C’est même le contraire. Epidémiologiquement parlant, cette consigne n’a pas de sens, puisque seule l’immunité collective, naturelle ou déclenchée, nous débarrassera du virus. Mais peu importe, l’heure n’est plus à la réflexion, à la remise en cause de la parole officielle. Notre vie est en danger et nous devons donc obéir à ceux qui savent mieux que nous.


Un peu comme si les Français étaient collectivement fatigués d’être en colère. Comme s’ils avaient besoin d’un temps mort. Un peu comme si la révolte ne prend son sens que dans l’injustice et la divergence des traitements. Et que cette fois, comme personne n’était épargné, on a eu envie de se montrer plus solidaire que réfractaire. Et puis aussi parce que ceux qui, d’habitude, font le plus de bruit se sont aperçus qu’ils n’étaient pas les moins bien lotis. Cette crise aura finalement été une sorte de parenthèse ambivalente pour beaucoup d’entre nous.


Pour les fêtes, je me suis rendue en France, dans ma famille, puisque je suis désormais la seule à vivre «à l’étranger». Nous avons instauré quelques règles de bienséance et surtout élaboré une liste de sujet tabous, sur laquelle le Covid trônait en tête. Interdiction formelle d’évoquer la pandémie. Non seulement cela a plutôt bien fonctionné, mais ça nous a fait un bien fou! 2020 s’est donc achevée pour moi sur une bouffée d’oxygène. Il est temps de retourner au travail, retrouver la Suisse, nouvelle terre d’accueil inattendue pour mon esprit critique.


Cette année 2021 a débuté avec l’intronisation de Guy Parmelin en tant que président. Nous verrons comment évoluera la confiance des peuples dans leur gouvernement, mais le Vaudois ne part pas franchement sur une note positive. Dans ses vœux à la population, il s’est interdit de se montrer «trop enthousiaste». Cela en dit long sur l’ampleur du défi à relever lors de ce mandat «difficile», ici comme ailleurs.


Bonne année à tous!

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