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Article rédigé par :

Amèle Debey

L’armée israélienne raie le Sud-Liban de la carte

Depuis l'entrée en vigueur d'une trêve entre Israël et le Hezbollah début mars 2026, l'armée israélienne poursuit méthodiquement la destruction du sud du Liban. Maisons, vergers, mosquées, églises, infrastructures: derrière la «ligne jaune» établie unilatéralement par Tel-Aviv le 18 avril, tout est rasé. Un cessez-le-feu à sens unique, dénoncé par la population libanaise bien au-delà des cercles pro-Hezbollah.

ligne jaune
La fameuse ligne jaune, nouvelle frontière décrétée unilatéralement par Israël.

Tandis que certains de nos médias continuent à nous expliquer qu'Israël – sous une menace existentielle imminente incarnée désormais par les dangereux terroristes du Hezbollah – est contraint de répliquer pour se défendre, cette version s'étiole minute par minute. Bombe par bombe.


Le cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah est entré en vigueur le 2 mars 2026, après que le Liban a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient en représailles à l'offensive israélo-américaine contre l'Iran. Les frappes israéliennes ont fait plus de 2300 morts et un million de déplacés.


Depuis lors, la trêve s'applique inégalement: le Hezbollah est tenu de ne pas tirer, tandis qu'Israël continue d'opérer militairement sur le territoire libanais.



Le 22 avril 2026, la journaliste libanaise Amal Khalil, correspondante du quotidien Al-Akhbar, était en reportage à Al-Tiri, dans le sud du Liban, lorsqu'une frappe israélienne a visé le véhicule qui la précédait. Elle et sa collègue photographe Zeinab Faraj se sont réfugiées dans une maison voisine, d'où Khalil a appelé ses rédacteurs en chef et sa famille. La maison a ensuite été bombardée par l'armée israélienne. La Croix-Rouge a tenté un sauvetage et réussi à évacuer Faraj, blessée, mais a été contrainte de se retirer avant d'atteindre Khalil, l'armée israélienne ayant ouvert le feu sur ses véhicules. Ce n'est que six heures après la première frappe que le corps sans vie d'Amal Khalil a été retrouvé par l'armée libanaise et la Croix-Rouge. Malgré les alertes de RSF et d'autres ONG qui pressaient Israël de permettre l'accès des secours, aucune aide n'est arrivée à temps. Ce n'était pas une surprise: en 2024, Amal Khalil avait reçu un appel téléphonique menaçant provenant d'un numéro israélien, l'avertissant de quitter le sud et la menaçant de la décapiter. RSF avait alors appelé à sa protection. Elle avait refusé de partir. Sur BFM, un éditorialiste de plateau a expliqué que le journal pour lequel Amal Khalil travaillait était pro-Hezbollah...


Depuis le début de la trêve, l'armée israélienne a tué quatre journalistes libanais.


Le ministre de la Défense israélien Israël Katz a déclaré que Benjamin Netanyahu et lui-même avaient «donné pour instruction aux forces de défense israéliennes d'agir avec toute leur force, tant au sol que dans les airs, y compris pendant le cessez-le-feu, afin de protéger nos soldats au Liban contre toute menace». Il a précisé que l'armée avait également reçu l'ordre de démolir toute structure jugée «piégée».


Comme à Gaza, où il s'agissait de traquer le Hamas derrière chaque civil, chaque habitation, chaque souterrain, désormais, «l'armée la plus morale du monde» laisse déchaîner l'étendue de sa moralité au Sud-Liban.


La ligne jaune: une zone vidée de vie


Le 18 avril 2026, l'armée israélienne a annoncé avoir établi une «ligne jaune» de démarcation dans le sud du Liban, à l'instar de celle mise en place dans la bande de Gaza. Elle a à plusieurs reprises mis en garde les civils libanais contre tout retour dans des dizaines de villages du sud. Le ministre de la Défense israélien a annoncé que les villages situés entre la frontière israélo-libanaise et cette ligne jaune seraient intégralement démolis, à l'exception des villages chrétiens. Des dizaines de villages ont déjà été rasés totalement ou partiellement, comme à Blida, dont la mosquée a aussi été bulldozée. Les vergers et oliveraies ont été arrachés. Plusieurs zones ont été bombardées au phosphore blanc en 2024 et avec du glyphosate en 2026.



Des opérations de ratissage et de destruction de maisons à l'explosif ont eu lieu dans plusieurs localités frontalières, dont la ville de Bint Jbeil, à cinq kilomètres de la frontière. Des tirs d'artillerie israéliens ont également été signalés. Des frappes sur les ponts franchissant le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres au nord de la frontière, avaient auparavant quasiment isolé le sud du Liban du reste du pays.

«Les autorités qui sont censées négocier avec l'ennemi alors que celui-ci est en train de nous tuer»

La Turquie a accusé Israël de chercher à créer un fait accompli au Liban et a dénoncé, par la voix de son chef de la diplomatie Hakan Fidan, ce qu'elle qualifie d'expansionnisme israélien.


Témoignage depuis Beyrouth


C'est dans ce contexte que s'exprime une source libanaise contactée par L'Impertinent, dont le témoignage illustre le désarroi d'une population prise en étau: «Monsieur Trump a prolongé un cessez-le-feu de trois semaines, en principe. Cela veut dire que le Hezbollah n'a

debil
Ici, Israël détruit les panneaux solaires qui alimentent le village de Debil en eau et en électricité.

plus le droit théoriquement de tirer une balle. Toutefois, il a le droit d'être assassiné par les bombardements israéliens. De même que le reste du Liban, puisque ces trois semaines de cessez-le-feu ne s'appliquent pas à Israël. Ils rasent les plantations, les bananiers, les orangers, les églises, les mosquées, les écoles, les hôpitaux, les dispensaires. Absolument tout est systématiquement rasé avec leurs Caterpillar. Ce n'est pas une question de Hezbollah – c'est une question d'occuper le territoire pour occuper le territoire, de détruire pour le plaisir de détruire. La population est révoltée contre les autorités qui sont censées négocier avec l'ennemi alors que celui-ci est en train de nous tuer. Et les gens ne sont pas nécessairement pro-Hezbollah.»


Enregistrement à l'appui, notre témoin nous informe que des drones israéliens survolent Beyrouth jour et nuit. Le ronronnement du moteur est extrêmement bruyant, comme le rappel continu d'une menace permanente.



Si des déplacés se sont empressés de rentrer chez eux dès l'annonce de la trêve, ils sont nombreux à hésiter en raison de la fragilité du cessez-le-feu. D'autant que ce concept n'a pas la même valeur pour tout le monde.


Pour rappel, et puisqu'on en parle plus, voici à quoi ressemble Gaza désormais:


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