Comment la machine turbo de Bill Gates a piloté la gestion du Covid

Les décisions majeures n'étaient pas prises par les Etats, ni par l'OMS, mais par le milliardaire, indique une enquête fouillée du journal Die Welt et du magazine Politico. Gates téléphonait directement à Angela Merkel et à d'autres leaders.

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Par Urs P. Gasche, journaliste, infosperber. Traduit par et initialement publié sur Covidhub.ch

 

«Nous nous sommes énormément appuyés sur leurs conseils pendant la pandémie», déclare un responsable du gouvernement américain. «Surtout au début.» Le gouvernement fédéral allemand, y compris la chancelière Angela Merkel, a également été contacté personnellement par Bill Gates, par téléphone et par courrier.


Ces citations et informations proviennent de documents, comptes rendus de réunions et témoignages que des journalistes de Welt am Sonntag et de la plateforme en ligne Politico, disent avoir recueillis sur une période de six mois.

  • Politico est une plateforme en ligne d’informations politiques et stratégiques basée aux Etats-Unis, destinée aux élites politiques et financières(1). Welt am Sonntag, édition dominicale du quotidien conservateur Die Welt. Tous deux appartiennent au groupe de presse allemand Axel Springer


Les décisions majeures ne venaient pas des Etats ni de l’OMS


La plupart des responsables gouvernementaux aux États-Unis, ainsi que les décideurs et leurs employés dans d’autres pays, devaient être assurés de l’anonymat. La plupart n’étaient pas autorisés par leurs fonctions à parler aux médias.


Conclusion de Welt am Sonntag: «Les décisions importantes n’ont pas été prises par les chefs d’État et l’Organisation mondiale de la santé, mais par la Fondation Bill et Melinda Gates et leur réseau.»


Le réseau du lobby Gates comprend la «Bill & Melinda Gates Foundation» à Seattle («Un monde meilleur d’ici 2030 est à notre portée»; ses actifs se montent à environ 70 milliards de dollars), le «Wellcome Trust»* de Londres (portefeuille d’investissement 38 milliards de livres) , l’alliance pour la vaccination GAVI à Genève et le CEPI «Coalition for Epidemic Preparedness Innovations») à Londres et Oslo.


Voici les conclusions les plus importantes de Politico:


1. Ces quatre organisations «de santé» ont dépensé près de 10 milliards de dollars pour le Covid depuis 2020 – autant que la principale agence américaine chargée de lutter contre cette maladie. 2. Elles ont collectivement donné 1,4 milliard de dollars à l’OMS, où elles ont contribué à façonner une initiative majeure de distribution de vaccins et de kits de test Covid-19. Ce programme n’a pas atteint ses objectifs initiaux. 3. Les représentants de ces organisations ont eu un accès sans précédent aux plus hauts niveaux des gouvernements, dépensant au moins 8,3 millions de dollars pour faire pression sur les législateurs et les fonctionnaires aux États-Unis et en Europe. 4. Des fonctionnaires des États-Unis, de l’UE et de l’OMS ont rejoint ces quatre organisations en tant que collaborateurs, les aidant à consolider leurs liens politiques et financiers à Washington et à Bruxelles. 5. Les chefs des quatre organisations ont promis de combler les injustices. Mais pendant les pires vagues de la pandémie, les pays à faible revenu se sont retrouvés sans vaccins vitaux. 6. Les représentants de trois des quatre organisations ont prétendu, et fait pression avec succès dans ce sens, qu’il n’était pas nécessaire de supprimer la protection de la propriété intellectuelle pour mieux approvisionner l’Afrique en vaccins. Mais l’octroi de licences de production ou la suspension partielle des droits de brevet auraient permis de sauver de nombreuses vies, affirment des activistes.

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Le réseau du lobby


– La Fondation Bill & Melinda Gates


Bill & Melinda Gates y ont apporté la majeure partie de leur fortune et ont trouvé des tiers pour en faire de même. Comme le légendaire investisseur Warren Buffett. La fondation a fortement contribué à la lutte contre la polio et Ebola en Afrique.


– Wellcome Trust*


Une fondation mondiale à but non lucratif créée en 1936 avec l’héritage de l’entrepreneur pharmaceutique Henry Wellcome. Aujourd’hui, c’est la deuxième plus grande organisation du secteur mondial de la santé, qui investit également ses propres actifs dans des sociétés pharmaceutiques. Le Wellcome Trust reçoit régulièrement des financements pour des projets de la Fondation Gates. Les deux organisations ont souvent travaillé ensemble dans le passé. Elles ont également formé des alliances conjointes, qui étaient principalement concernées par le développement de vaccins.


– L’alliance pour la vaccination GAVI


L’alliance veut améliorer la protection vaccinale dans les pays à faible revenu. Les partenaires sont la Fondation Bill & Melinda, l’OMS, l’Unicef ​​et la Banque mondiale. Auto-déclaration: «Depuis sa création en 2000, GAVI a aidé à vacciner plus de 822 millions d’enfants dans les pays les plus pauvres du monde, évitant plus de 14 millions de décès.»


– CEPI


La Fondation Gates et le Wellcome Trust ont créé la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations avec les gouvernements indien et norvégien pour développer de nouveaux vaccins et les rendre abordables. ________________________________________________________

Conclusion majeure de cette enquête:

«Les quatre organisations de santé, travaillant en étroite collaboration, ont dépensé près de 10 milliards de dollars pour combattre le Covid dans le monde. Mais les gouvernements n’avaient aucun contrôle sur elles. Et les quatre organisations n’ont pas atteint leurs propres objectifs.» (Politico)

Lobbying réussi pour protéger les brevets


Le réseau Gates travaille en étroite collaboration avec des sociétés pharmaceutiques. Afin de maximiser leurs profits, il était important qu’ils n’aient pas à faire de concessions en matière de protection par brevet, même s’ils bénéficiaient déjà de milliards d’argent des contribuables pour développer et fabriquer les vaccins.


Le Welt am Sonntag et Politico ont compilé quelques chiffres:


La Fondation Bill Gates, Wellcome Trust, CEPI et GAVI ont dépensé ensemble au moins 8,3 millions de dollars en lobbying en Allemagne, aux États-Unis et dans l’Union européenne depuis le début de la pandémie. Aux États-Unis, selon les données du registre local des lobbyistes, des représentants des quatre organisations ont rencontré des responsables de l’agence nationale de développement, des politiciens de la Maison Blanche et du ministère américain de la Santé à partir du printemps 2020. L’organisation de vaccins CEPI a travaillé à plusieurs lois censées fournir à leur initiative beaucoup d’argent public pour ses projets.


Merkel sollicitée


Un haut responsable de Trump au ministère américain de la Santé et des Services sociaux raconte aujourd’hui que les membres du Congrès avaient été «fortement ciblés» par le CEPI et ses alliés. Les lobbyistes ont tenté «d’introduire leurs terminologies dans chaque document officiel créé à l’époque».


Finalement, le gouvernement Trump avait promis 20 millions de dollars pour le CEPI. Son successeur, Joe Biden, a même augmenté les dépenses annuelles de son budget à 100 millions de dollars.


Le CEPI a également approché la chancelière allemande. Le directeur exécutif Richard Hatchett a demandé à Merkel un soutien financier. «Sans cet investissement, le CEPI ne pourra pas poursuivre le programme de développement du vaccin Covid», écrivait Hatchett dans une lettre datée du 4 mars 2020. Il a joint un document intitulé «Appel à l’action». Il contient des arguments «pourquoi le CEPI est le bon véhicule» pour le développement mondial de vaccins.


Neuf jours plus tard, le gouvernement fédéral allemand annonce qu’il financera le CEPI à hauteur de 140 millions d’euros.


Contre la production bon marché dans les pays en développement


Au printemps 2020, la question était de savoir 1) si les scientifiques développeraient un vaccin et s’assureraient que le plus de fabricants possible pourraient le produire à moindre coût – Médecins Sans Frontières, entre autres, militait pour cela.


Ou bien 2) si les sociétés pharmaceutiques qui produisent des vaccins allaient toucher les droits des brevets.


La Fondation Gates et ses partenaires CEPI et GAVI ont fait pression en faveur des pharmas. Ils ont créé plusieurs «livres blancs» dans lesquels ils ont décrit des idées détaillées pour la procédure, puis les ont distribuées aux politiciens et aux responsables gouvernementaux concernés. Ces lettres faisaient partie de la grande offensive de lobbying du réseau.


Les pharmas voulaient contrôler tout le processus


En avril 2020, les gouvernements d’Allemagne, de France et d’Espagne ont adopté des résolutions qui correspondaient largement aux «livres blancs» de la Fondation Gates et de ses partenaires. Les organisations CEPI et GAVI, également financées par Gates et le Wellcome Trust, ont été chargées de produire et de distribuer des kits de tests, des médicaments et des vaccins. L’initiative a reçu le nom d’ACT-A pour «Access to Covid-19 Tools Accelerator». L’OMS devait se contenter d’une «supervision» sur la campagne.


L’organisation Covax a été fondée pour distribuer les vaccins. Le plan prévoyait que les États achèteraient des vaccins aux fabricants en grande quantité et à des conditions négociées, afin de les distribuer ensuite dans le monde entier.


La valse des milliards des contribuables


Mais cela ne convenait ni au réseau Gates ni aux compagnies pharmaceutiques. Ces dernières voulaient conserver la haute main sur la production et la distribution.

Au final, les pays donateurs se sont engagés à fournir un total de 7,4 milliards d’euros. 30 sociétés pharmaceutiques et instituts de recherche ont reçu des subventions de plusieurs organisations du réseau Gates pour développer des vaccins, des tests et des médicaments.


2,4 milliards pour développer les vaccins


Selon les recherches de Welt am Sonntag et Politico, 2,4 milliards de dollars ont été consacrés au seul développement des vaccins. L’Université d’Oxford à Londres a reçu la plus grosse somme de 442 millions de dollars pour la recherche fondamentale sur le développement d’un vaccin du CEPI, de la Fondation Gates et du Wellcome Trust. Les scientifiques de l’université ont d’abord déclaré qu’ils rendraient les résultats de leurs recherches librement accessibles.


Mais la Fondation Gates n’a pas tardé à faire valoir que l’université «travaille avec une multinationale pour s’assurer que les chercheurs disposent de toute la gamme de compétences et de ressources». En conséquence, l’université a cédé et signé un contrat avec AstraZeneca. Cette firme était et reste autorisée à utiliser exclusivement les résultats de la recherche.


Des promesses non tenues


La Fondation Gates et son réseau n’ont pas tenu leurs promesses: les tests Corona, les vaccins et les médicaments ont été disponibles bien plus tard que promis. C’est ce qu’a expliqué un groupe d’audit dirigé par le cabinet de conseil new-yorkais Dalberg Global Development Advisors. Les quatre organisations impliquées lui avaient elles-mêmes donné le mandat.


Le réseau Gates avait en outre promis de fournir aux résidents des pays en développement et émergents 500 millions de kits de tests jusqu’au milieu de 2021. Il n’y en avait que de 84 millions fin juin 2021. Ils disaient livrer 245 millions de doses de médicaments contre le Covid à l’Afrique et à d’autres pays en développement et émergents. À la mi-2021, seulement 1,8 million de doses étaient arrivées.


Et sur les deux milliards de doses de vaccins promises jusqu’à la fin de 2021, à peine la moitié ont été distribuées.


Pas de production de vaccins en Afrique du Sud


Enfin, il s’agissait concrètement d’implanter un centre de recherche proposé par l’OMS en Afrique du Sud afin de réduire la dépendance du Covax pour la distribution des vaccins.


Dans un premier temps, il était question que le fabricant Moderna «mettrait à disposition son principe actif comme base de la production». Mais la société Moderna a refusé de rendre son vaccin disponible pour une copie. Et le réseau autour de la Fondation Gates a soutenu Moderna.


Une fondation caméléon: tantôt ONG, tantôt investisseur


Les deux médias citent Adam Moe Fejerskov, qui a interviewé une centaine d’employés actifs et anciens pour son livre sur la Fondation Gates: «Celle-ci fait comme le caméléon. Elle change souvent son apparence vis-à-vis de l’extérieur.» Parfois, elle agit comme une ONG à but non lucratif, parfois comme une banque d’investissement émotionnellement froide. Mais il s’agit toujours de faire plus que simplement distribuer de l’argent. «Si Gates prend au sérieux un projet, il veut être aux commandes.»


Jörg Schaaber, fondateur du mouvement critique BUKO Pharma-Campaign, a parlé d’une «rechute dans le féodalisme». Une poignée de philanthropes décident du «bien et du malheur du monde». L’Américain Lawrence Gostin, expert en droit de la santé à l’Université de Georgetown à Washington, ajoute: «Ce que nous voyons ici est la pire forme d’influence car elle se déroule à huis clos.» Le public ne peut pas comprendre les décisions des fondations, bien qu’il soit directement touché par ces décisions. Cela s’applique également à l’OMS et aux politiciens des États nationaux, bien qu’ils financent les projets des fondations.


On dépend de ces philanthropes tout-puissants


Un politicien allemand de la santé commente: «Le défaut de conception de notre système est que le monde ne peut pas se passer de ces philanthropes. Et ce seul fait leur donne un pouvoir énorme.»

«Personne ne tient vraiment ces acteurs pour responsables. Et pourtant, ils ont un impact majeur sur la façon dont nous répondons à une pandémie.» Sophie Harman, professeure de politique internationale à l’Université Queen Mary de Londres.
«Pour le dire franchement: l’argent peut acheter de l’influence. Et c’est la pire des influences. Pas seulement parce que c’est de l’argent […] mais aussi parce que c’est un accès privilégié à huis clos.» Lawrence Gostin, professeur de santé publique à l’Université de Georgetown à Washington DC.

Le Réseau Gates: «Les gouvernements sont responsables»


Les organisations elles-mêmes défendent leur travail. La Fondation Gates demande à son président du conseil Mark Suzman de répondre à une question. Il affirme que ACT-A a incontestablement fait ses preuves dans certaines régions du monde. Il critique la campagne de vaccination, mais pas les fondations en particulier: «Le monde dans son ensemble a échoué ici, puisque les pays à revenu élevé ont d’abord accaparé l’offre disponible pour eux-mêmes.»


Les porte-parole du CEPI et de GAVI rejettent également la responsabilité sur les gouvernements. Ils n’ont pas engagé assez d’argent et ont octroyé trop peu de soutien. Jeremy Farrar, PDG du Wellcome Trust, a déclaré aux chercheurs que l’initiative n’était «certainement pas parfaite». Mais sans eux, la réponse mondiale à la pandémie aurait été «plus pauvre et beaucoup plus fragmentée».


Les États-nations sont évidemment dépassés. En tout cas, le président du Forum économique mondial, Klaus Schwab, a expliqué dans la NZZ le 17 septembre:

«Pour stimuler la collaboration et relever les défis mondiaux, le rôle de l’économie reste décisif.»
Le réseau international. Dont l’entité la plus solide financièrement, la Fondation Bill & Melinda Gates © Politico

(1) How Bill Gates and partners used their clout to control the global Covid response — with little oversight – Four health organizations, working closely together, spent almost $10 billion on responding to Covid across the world. But they lacked the scrutiny of governments, and fell short of their own goals.



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