Affaire Jacques Baud, ou le révélateur d'une dérive suisse
- Bernard Wicht

- il y a 11 heures
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Selon la doctrine politique à la base de l'État moderne, les citoyens acceptent le pouvoir de ce dernier en contrepartie de la sécurité et de la protection qu’il leur assure. C’est le contrat social sur lequel repose l’autorité étatique[1]. Si celle-ci ne remplit pas son mandat, alors sa légitimité s’étiole. De nos jours, la plupart des États en Europe occidentale ne respectent plus ce contrat. Le citoyen n’est plus considéré que comme un simple contribuable et ses libertés sont rognées chaque jour un peu plus: toute critique du discours officiel est considérée comme un acte de sédition et, presque automatiquement, qualifiée de dérive d’extrême droite «dangereuse pour la démocratie». Dès lors, il devient très difficile d’exprimer un avis, une analyse qui ne correspondent pas au récit gouvernemental. Nos voisins français en sont particulièrement victimes; combien d’auteurs ont été ostracisés pour ne pas suivre la doxa officielle, en particulier dans le cas de la guerre en Ukraine. En revanche, ceux qui se sont alignés ont pu bénéficier de toutes les largesses et leurs publications (quelle que soit leur qualité) ont bénéficié de toute l’attention des médias officiels.
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Jusqu’à récemment, on pouvait croire que la Suisse avait quelque peu échappé à cette vague d’autoritarisme étatique – bien que la RTS, les experts de la MILAK[2] et du GCSP[3] se fassent abondamment l’écho des analyses et des informations diffusées par l’OTAN sans donner, en contrepoint, la parole à des voix moins orientées.
C’est précisément ici qu’intervient l’affaire Jacques Baud. De quoi s'agit-il? D'un côté, un officier supérieur de l'armée suisse à la retraite fait usage de ses compétences et de son expérience pour porter un regard critique sur les tenants et aboutissants de la guerre en Ukraine et qui, pour cette raison, se trouve lourdement sanctionné par l'Union européenne (UE), sans possibilité de réponse ni de recours (pourtant principe fondamental de tout système judiciaire qui se respecte[4]). De l'autre, une Suisse officielle que tout cela dérange et qui, par conséquent, pratique la politique de l'autruche: circulez, il n'y a rien à voir!
«Les péripéties d'un ex-espion suisse à Bruxelles» comme le titre de manière sarcastique la presse mainstream. Donc, pas de quoi fouetter un chat... d'ailleurs quelle idée saugrenue de s'installer au centre de l'Europe pour tenter de comprendre ce qui s'y passe! En d'autres temps, en d'autres lieux et sous des cieux encore plus sombres, on aurait intimé au bon peuple de se satisfaire de cette appréciation: un fait divers, un incident parmi tant d'autres et sans conséquence, à ranger dans la catégorie des touristes arrêtés à l'aéroport avec de la drogue dans leurs bagages... ils l'ont bien cherché!
Mais, il se trouve que, replacés dans leur contexte, certains événements sont le reflet de tendances plus profondes. Une sorte de révélateur de ce qui se passe dans le tréfonds d'une société politique. C'est ce qu'en histoire on appelle un «événement-loupe»: non pas une péripétie sans lendemain et sans conséquence, mais un incident qui trahit un malaise profond, un problème grave. Autrement dit, c'est un peu comme la panne apparemment sans gravité d'un train qui, cependant, au-delà du désagrément momentané, révèle les failles d'un système ferroviaire mal entretenu, d’un État qui ne respecte plus son mandat.
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L'affaire Jacques Baud procède d'une telle dynamique. Lorsqu'un homme ayant publié plusieurs analyses pertinentes et très bien documentées[5] sur la situation géostratégique actuelle dans une maison d'édition reconnue se trouve soudain accusé officiellement de complotisme (avec toutes les conséquences que cela entraîne), alors il faut se demander ce que cette «loupe» nous dit de l'attitude de la Suisse officielle.
Malheureusement rien de bon! Nous nous trouvons face à un gouvernement qui se tait... de peur de froisser la Commission européenne. Car, à travers la loupe du cas Jacques Baud, c'est le Conseil fédéral et son administration qui nous montrent leurs objectifs réels: non pas remplir leur mandat de protection et assurer la sécurité des citoyennes et citoyens suisses, mais éviter toute attitude, toute démarche, toute déclaration qui risqueraient de pénaliser nos relations avec l'UE, celles-ci se résumant d’ailleurs par le leitmotiv «garantir la prospérité» oubliant de ce fait qu’il y a une âme derrière l’Homo oeconomicus. Aujourd’hui, pour nos Sept Sages il est donc essentiel de ne pas fâcher Bruxelles (siège de l'UE et de l'OTAN) et peu importe qu'un officier supérieur suisse en fasse les frais. Le message subliminal pourrait se décliner comme suit: la REGA viendra à votre secours lorsque vous êtes victime d'un accident en montagne ou à l'étranger lors de vos vacances, mais le Conseil fédéral ne bougera pas le petit doigt si, par malheur, vous vous exprimez «en dehors des sentiers battus et du politiquement correct»...
En guise d’épilogue provisoire, rappelons qu’en 1991, au moment des célébrations du 700ᵉ anniversaire de la Confédération, la galaxie culturello-intellectuelle de Suisse alémanique entonnait deux slogans: «700 ans ça suffit» et «rasez les Alpes que l'on voie la mer». En ce début 2026, ce sont nos propres institutions qui, semble-t-il, reprennent ces couplets...
...fort heureusement il nous reste la démocratie directe!








Il n'y a pas que le CF, les tribunaux ne sont plus présents non plus. Il suffit de regarder la crise Covid-19, le nombre d'enquêtes et de condamnations sur cette période pour violation des droits fondamentaux, de l'autodétermination médicale. Un chien pouvait rentrer un restaurant en plein hiver sans pass, sans test PCR et sans vaccination Covid-19. Un humain restait manger dehors même en plein hiver avec des températures négatives. Le chien paye pourtant un impôt, l'humain n'a pas le droit de demander le même impôt que le chient, qui lui, pouvait rentrer.