Qu'est-ce que Trump veut vraiment en enlevant Maduro?
- Invité de la rédaction

- il y a 11 heures
- 2 min de lecture

Ce texte est signé Jean-Marc Jancovici, ingénieur, enseignant et conférencier français, spécialisé dans les questions d'énergie et de climat. Il est reproduit ici avec l'autorisation de son auteur.
Ce que j'ai entendu dans les médias, c'est deux «accusations» du président américain: d'une part, le président vénézuélien contribuerait au trafic de drogue, et d'autre part il aurait «volé» le pétrole aux USA. Les journalistes ajoutent souvent que ce pays disposerait des premières réserves mondiales de pétrole.
Mais, à l'examen, ces arguments laissent des questions ouvertes (indépendamment de toute considération sur le caractère «légal» ou «moral» d'enlever le président d'un pays étranger).
Commençons par le narcotrafic: la première cause de décès par overdose, aux USA, est de loin le Fentanyl, une drogue de synthèse. La Drug Enforcement Administration elle-même souligne que les producteurs sont la Chine, le Mexique et l'Inde, mais aucun pays d'Amérique Latine.
Avec l'argument de la drogue, il eut été plus logique d'enlever le président chinois, mexicain ou indien!
Vient alors la question du pétrole. Le Venezuela est-il réellement le dernier eldorado de l'or noir? Hélas, les chiffres publics concernant les réserves sont des déclarations unilatérales non auditées, qui n'ont pas de valeur particulière.
L'Energy Institute, qui publie chaque année des statistiques (publiques) de référence sur le pétrole, a cessé de publier les réserves depuis 2021, précisément pour cette raison.
La dernière année de publication, les USA étaient crédités de 4% des réserves mondiales (alors qu'ils produisent 20% du pétrole mondial) et le Venezuela en avait 17% (alors qu'ils produisent moins de 1% du total).
Pour l'Arabie saoudite, ces mêmes réserves publiques sont restées quasiment stables entre 1989 et 2016, à 260 milliards de barils, alors que sur la période le pays a produit 100 milliards de barils et n'a fait aucune découverte majeure...
Le pétrole situé dans le sous-sol vénézuélien est pour l'essentiel de «l'extra-lourd», qui ressemble plus à du goudron ou du miel qu'à de l'essence. Pour l'extraire, il faut le chauffer (pour le fluidifier), et donc avoir du gaz, donc créer des gazoducs, et des infrastructures d'évacuation, et tout cela au milieu de la jungle.
Ce n'est en outre pas du tout rentable avec les prix actuels du baril. Rystad Energy, un des fournisseurs de données de référence du monde pétrolier, écrivait en 2024 que «la plus grande exagération concernant les réserves vient du Venezuela».
Incidemment, cette société indique aussi qu'entre 2030 et 2050 la production de pétrole mondiale serait quasiment divisée par deux, ce qui risque de nous faire tout drôle :)
Certes, pendant longtemps le pétrole vénézuélien, lourd et soufré, a fourni les raffineries US, qui sont mal dimensionnées pour traiter le «pétrole de schiste» US, léger et peu soufré. Mais le Venezuela est en déclin de production depuis 25 ans désormais...
Alors, pourquoi Trump a joué les gros bras? Il reste peut-être à creuser un peu...








Commentaires