La fureur est désordonnée au sein d'une France divisée

De passage en France au moment des annonces d’Emmanuel Macron, j’ai pu recueillir les impressions de mes compatriotes. La colère monte, mais lorsqu’elle ne reste pas silencieuse, elle se meut maladroitement, jusqu’à épouser sa réputation de mauvaise conseillère. Les oppositions à la politique actuelle existent, mais sont-elles adaptées? Et surtout, n’est-ce pas un peu tard pour se réveiller?

© @f_philippot


L’année dernière, je faisais le regrettable constat de l’apathie quasi totale des Français face à la gestion incohérente et liberticide de la crise Covid. La comparaison avec la Suisse, habituellement docile et résignée, était percutante. Aujourd’hui, qu’est-ce qui a changé? Les annonces d’Emmanuel Macron sur le pass sanitaire et l’obligation vaccinale pour certains corps de métiers ont fait l’effet d’une goutte d’eau dans le vase de l’acceptation. Le président a réveillé, à son corps défendant, l’esprit contestataire qui végétait chez certains Français.


Désormais, ils sont plusieurs centaines de milliers à battre régulièrement le pavé d’un bout à l’autre de l’Hexagone, pour dénoncer ce qu’ils sont de plus en plus nombreux à considérer comme une dictature sanitaire. On commence à distinguer à nouveau l’anticonformisme et la défiance constitutifs de ce pays qui s’est illustré, tout au long de l’histoire, pour sa propension à se révolter contre le pouvoir établi et ses injustices.

Les Français ont finalement décidé de rejoindre la lutte contre les mesures sanitaires. Les Champs-Elysées se teintent à nouveau de jaune tous les samedis, sur le rythme de la hargne et du ras-le-bol qui montent. Désormais, il semble clair pour les opposants que le combat, tout comme la crise qui l’a provoqué, n’a plus rien de sanitaire. Il s’agit d’une bataille de raison. D’honneur même. Car il est difficile pour eux de supporter les mensonges à répétition d’un gouvernement qui, par exemple, assurait ne jamais franchir le pas de la vaccination obligatoire, tout en préparant le terrain dans l’ombre. Un pareil tour de force ne s’inventant pas du jour au lendemain. Difficile aussi de voir se réaliser les prophéties de ceux qu’on aimait à taxer de complotistes et à qui Macron et consorts sont en train de donner raison.

Car, il est vrai, le chef de l’Etat est allé loin. Trop loin. Même Samia Hurst, vice-présidente de la task-force suisse, a parlé de «dérive», de «disproportion» et de «conflit de valeurs» pour qualifier les décisions du président. Celles-ci créent des discriminations, imposent des dilemmes cartésiens à certains fonctionnaires, au risque de les voir quitter le navire, mais surtout, elles achèvent de diviser une population déjà passablement déchirée. Les décisions de Macron, en passe d’être entérinées à l’Assemblée nationale, agacent d’autant plus qu’elles donnent au Français le sentiment qu’on les prend pour des cons. Il eut mieux valu rendre la vaccination obligatoire pour tous, puisqu’on n’est plus à un pied de nez aux valeurs de la République – comme à celles de la médecine – près, plutôt que de donner l’illusion du choix à un peuple que l’on a progressivement conditionné dans une seule et unique direction.


Bons et mauvais citoyens

Lors de mon passage en France, début juillet, j’ai pu constater une fracture entre «les bons élèves», ceux qui ont la satisfaction d’avoir suivi les consignes et d’en être récompensés, et la déroute totale des autres, qui ne sont pas d’accord avec ce qui se passe, mais ne savent plus comment faire pour y échapper. L’année dernière, le sujet du Covid avait été soigneusement écarté lors des fêtes de Noël familiales, tant il était potentielle source de conflits. Mais ce coup-ci, en confrontant mes proches, j’ai senti qu’on avait passé un cap. Que, cette fois, tout cela allait trop loin et que même les plus modérés avaient atteint leur limite. «Nous n’allons quand même pas changer de pays. Nous ne savons pas quoi faire», m’a confié une de mes tantes, totalement désemparée.

Cependant, toute la France n'est pas dans la rue et les opposants restent une minorité, puisque la propagande gouvernementale et médiatique a fait son travail avec brio. Parce que la façon la plus efficace de forcer les gens à obéir est de créer les conditions pour qu’ils le fassent volontairement. Parce que le cerveau humain est ainsi fait qu’il ne peut pas envisager une vérité qu’il ne serait pas en mesure d’assimiler ou qui remettrait trop profondément en question ses certitudes. Quand il est bien plus facile de se dire que notre gouvernement agit dans notre intérêt, sans biais, et qu’il nous faut lui faire confiance. Parce que la plupart des gens n’ont pas les ressources nécessaires à remettre les ordres en question, ni même à s’interroger. «Je préfère continuer à faire ce qu’on me dit sans y penser, sinon je finirais par me rendre malade face à tant d’incohérence», me partageait récemment un compatriote.

Parce que, aussi, les fers de lance de l’opposition sont soit des infréquentables autoproclamés, soit dépassés par la mission dont ils se sont investis. Et si l'on veut défendre les valeurs de Rousseau, on doit parfois accepter de s'associer avec ceux qui, en temps normal, nous rebutent. En France, comme en Suisse, l'opposition semble recouvrir une couleur politique bien particulière.


Une résistance qui part dans tous les sens

Pour exemple, l’émission organisée par la web télé La Une TV, le 24 juillet, promettait de réunir les figures de proue de la révolte. Au menu: des spécialistes reconnus dans leur domaine, tels que Christian Perronne, Alexandra Henrion-Caude ou encore Jean-Dominique Michel. Mais également des bloggeurs, des influenceurs et des personnalités controversées tels que Chloé Frammery et François De Siebenthal. Un mélange des genre qui perd le public, noie le poisson et, in fine, dessert la cause.

Parce que non, les citoyens qui s’interrogent et remettent en question la stratégie gouvernementale ne sont pas tous des complotistes. Non, ceux qui hésitent à se faire inoculer un vaccin contre une maladie qui fait 0,05% de létalité ne sont pas tous des antivax. Ceux qui descendent dans la rue pour lutter contre l’oppression et exiger que l’on cesse de bafouer leurs droits et leurs libertés ne se sont pas tous mis à faire de sombres comparaisons avec Hitler et la Shoah. Les nombreux experts et médecins qui tentent de souligner les incohérences scientifiques auxquelles on nous soumet jour après jour ne sont pas tous des illuminés.

Peut-être serait-il temps de cesser de traiter ces gens avec mépris, de les culpabiliser, de leur imposer une vision des choses qui n’est pas la leur et de leur faire confiance pour prendre soin d’eux-mêmes? Peut-être serait-il temps que les médias cessent leur matraquage quotidien et unilatéral, relayant uniquement les études qui vont dans leur sens, ignorant les autres, tout en faisant passer les vaccino-sceptiques pour des abrutis, à coup de raccourcis?


Il y a un monde en dehors du vaccin

Quelques jours après les annonces tonitruantes d’Emmanuel Macron, l’institut Pasteur a discrètement reconnu l’efficacité de l’Ivermectine contre le Covid, après des tests sur des hamsters. Interrogé par Allodocteusr.fr, le Pr François Lemoine, immunologiste à l’AP-HP explique: «Pour proposer un traitement à des humains, il faut faire des essais cliniques avec des humains, en utilisant des comparatifs». Ces essais cliniques auront-ils lieu? Proposera-t-on des solutions moins risquées pour se sortir de cette situation, ou continuera-t-on sur la voie de la division et de la régression en termes d’acquis sociaux péniblement arrachés au fil des millénaires? Vu les récentes déclarations d’Olivier Véran, selon qui la prochaine vague sera de la faute des jeunes qui refusent de se faire injecter le vaccin d’un virus dont ils ne souffrent pas, l’apaisement est encore loin.

Emmanuel Macron et ses ministres semblent l’avoir bien intégré, il faut «diviser pour mieux régner». Il revient désormais au peuple de prendre, ou non, son destin en main.

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