I. Une méthode inadaptée pour une intention juste
Nul ne peut raisonnablement s'opposer à ce que ceux qui souffrent soient soulagés, à ce que les mourants soient accompagnés avec dignité. Sur le principe, l'opinion publique a raison. Le désaccord ne porte donc pas sur l'aspiration, mais sur ce que le droit en fait – sur le contenu et sur la méthode. Entre les intentions avouées et les faits qui les réalisent, avec la nouvelle loi sur le droit à l'aide à mourir qui vient d'être votée en France, un fossé s'est creusé.
L'essentiel tient dans une question que le débat public évite soigneusement: pourquoi faut-il une loi qui entraîne un nouveau droit? Si la médecine n'a pas manqué d'une éthique, elle a parfois manqué d'un cadre légal qui l'accompagne sans s'y substituer. Le serment d'Hippocrate n'est ni une loi ni un texte religieux: il n'énumère pas des actes permis, il engage la conscience d'un homme – quand la loi, elle, commande une obéissance dès lors qu'elle prend appui sur un droit opposable. C'est bien ce qu'institue le nouveau texte: le malade ne sollicite plus, il oppose un titre; le médecin ne répond plus devant sa conscience, il est invité à obtempérer. Ce n'est plus une loi qui protège le mourant parvenu au terme de sa vie, celui qu'aucun soin ne peut plus soulager: c'est une loi qui expose tous les autres. Le vieillard, l'isolé, le désespéré sans recours, tous ceux qui, un jour, faute d'une main tendue, ont vu dans la mort une issue.
II. Le besoin de loi comme aveu
La population croit de moins en moins que le médecin, laissé à son serment et à sa seule conscience, fera ce qu'il faut. Elle exige une contrainte légale là où une confiance suffisait. Ce n'est pas un progrès, c'est un aveu: la loi ne vient pas combler un vide éthique, elle vient constater un effondrement.