Fin de vie: «Cette fin choisie et respectée nous a rendus plus forts»
- Abdoulaye Penda Ndiaye

- il y a 2 jours
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Une Suissesse d’une cinquantaine d’années a accompagné son conjoint, ancien héroïnomane atteint du Sida depuis le début des années 1990, dans un processus de mort provoquée avec l’association Exit. La Vaudoise livre ici un témoignage poignant empli de sincérité.

C’est sans détour et d’une voix posée et sereine que Léa* raconte l’histoire d’Alberto*, son compagnon pendant plus de vingt ans, qui a fait son ultime voyage il y a un peu plus de deux ans par suicide assisté, via la procédure Exit. Selon la Vaudoise, qui a exercé le métier de secrétaire de direction après des études de journalisme à l’université du Missouri, le choix de la fin de vie d’Alberto a été mûrement réfléchi.
«Alberto a toujours refusé l’acharnement thérapeutique par principe. Après des années de Sida et de maladies chroniques, les hospitalisations s’enchaînaient. Aux soins palliatifs, il refusait l’oxygène et tout ce qui prolongerait inutilement sa souffrance. Sa qualité de vie s’est effondrée. C’est cette dégradation brutale qui l’a incité à contacter l’association Exit. Il voulait partir conscient, en pleine possession de ses moyens, sans que quiconque d’autre que lui ne fasse le geste. Pour moi, ce n’est pas de l’euthanasie: c’est un suicide assisté. La procédure l’exige: la personne doit être lucide et accomplir elle-même l’acte.»
«Alberto et moi connaissions parfaitement toutes les étapes du deuil»
Léa n’a jamais contesté cette décision. «J’ai tout de suite compris. J’ai accepté et je l’ai accompagné. Nous l’avons fait à deux. Il n’avait plus de famille, car il était fils unique de ses parents tous deux décédés. J’étais sa seule proche aidante depuis des années. Notre couple s’est même renforcé dans cette épreuve. Nous étions déjà des âmes sœurs. Cette fin de vie nous a soudés encore davantage.»
Bien que préparée à ce départ programmé par des professionnels de qualité aux soins palliatifs, Léa ne cache pas avoir durement encaissé le coup. «Le vide a été immense, évidemment. C’est psychologiquement très dur de se retrouver seule. Il me manque tous les jours. J’ai été aidée par une psy pour traverser ce deuil.» Pourtant, les deuils ont jalonné la vie de Léa et Alberto. «À peine trentenaires, nous avions tous les deux enterré plusieurs proches emportés soit par le Sida, soit par des overdoses. Ces deuils très durs et trop précoces, nous ont fait gagner en sagesse. Alberto et moi connaissions parfaitement toutes les étapes du deuil, même si on ne s'habitue jamais à ça. Mais c’était notre vécu.»
Léa se souvient avec émotion des derniers jours. «Même dans un état physique catastrophique, Alberto gardait sa grâce, son humour et son acceptation. Il faisait rire les infirmiers et les médecins tous les jours avec ses petites blagues. Le matin de son départ, il chantait du Genesis. Il était soulagé. Moi, je n'arrêtais pas de pleurer, bien sûr, mais je l’accompagnais. Il est parti avec beauté, sans ressentiment, sans colère. Il disait avoir eu quarante ans de sursis par rapport à d’autres.»
«J'apprends à vivre avec cette paix qu’il a choisie»
Léa insiste sur cette sérénité partagée par un couple uni par l’amour et des convictions communes. «Cette fin choisie et respectée nous a rendus plus forts. J’ai appris à mourir avec Alberto. Ou plutôt, j’ai appris à accepter la mort avec grâce. C'est un cadeau immense».
La quinquagénaire se refuse toutefois à idéaliser ce choix de fin de vie. «Alberto avait aussi ses périodes où il était down. Où il semblait en vouloir à ceux qui allaient continuer à vivre alors que lui allait quitter ce monde qu'il aimait. Mais sa bonne énergie finissait toujours par reprendre le dessus.»
Aujourd’hui, Léa porte ce témoignage avec conviction. «Parler de lui fait du bien. C’est important pour moi, pour Alberto, pour notre histoire d’âmes sœurs qui continue, d’une certaine manière. Alberto est parti debout, comme il l’avait décidé et dans la paix. Et moi, j’apprends à vivre avec cette paix qu’il a choisie.»
*Prénoms d’emprunt
Bienvenue dans notre dossier spécial, consacré à la fin de vie, rédigé à quatre mains, entre la France et la Suisse. Il visera à mieux comprendre le phénomène, du point de vue d'un pays qui l'applique déjà et d'un autre qui s'interroge encore.
Si vous ou vos proches êtes concernés par ce sujet et aimeriez témoigner, écrivez-nous à info@limpertinentmedia.com





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