Plug, baby plug!
- Fabrice Epelboin

- 22 févr.
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 févr.

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Article rédigé par :
Fabrice Epelboin · 22 février 2026 · 5 min de lecture

«J'ai un bon ami de l'autre côté de l'Atlantique qui dit "Drill baby, drill!". Ici, pas besoin de forer, c'est "Plug baby, plug!". L'électricité est disponible, vous pouvez vous brancher!»
Emmanuel Macron au Sommet Action pour l'IA, Paris, 10 février 2025.
Il y a quelque chose d’hypnotique dans cette mise en scène élyséenne qui transforme avec une régularité de métronome nos renoncements les plus profonds en victoires politiques de façade. On nous annonce, entre deux punchlines «bullshit» entendues lors d’un Sommet pour l’IA, que la France est devenue le nouveau hub mondial de l’intelligence artificielle, la terre promise des datacenters et du calcul haute performance. Pourtant, derrière la rhétorique grippée de la Start-up Nation et les poignées de main photogéniques avec les émissaires d’Abou Dabi ou les barons du capitalisme de plateforme d'Amérique du Nord, se dessine une réalité bien plus prosaïque, pour ne pas dire tragique.
Nous ne sommes pas en train de bâtir une puissance technologique; nous sommes en train d’aménager une hôtellerie à bas coût pour les machines des autres, une sorte de zone franche énergétique. Les réacteurs nucléaires français tournent à plein régime pour alimenter des processeurs américains financés par les Émirats. La relance du plan nucléaire français a-t-elle pour finalité d’alimenter des datacenters étrangers?
Dans ce banquet de géants où l'on brasse les milliards par dizaines alors que d'autres peinent à le faire pour boucler le budget de l'État français, les champions nationaux ramassent des miettes. Quelques millions. Tandis que l’on déroule le tapis rouge aux fonds souverains et aux gestionnaires d'actifs transatlantiques, nos acteurs locaux, les OVHcloud et autres Scaleway, sont réduits à observer le spectacle avec leurs modestes budgets, condamnés à une existence de nains dans un monde de titans. C'est l'aveu d'un échec cuisant: celui d'une politique qui, faute d'avoir su faire émerger des structures capables de porter de tels investissements, et après les mascarades successives d’un cloud souverain allant de fiasco en tromperie, préfère livrer le foncier et l'énergie au plus offrant. On ne construit pas une filière, on organise une spoliation au profit de ceux qui ont déjà gagné la bataille du capital, reléguant le génie français au rang de simple fournisseur d’énergie, à l’image des colonies françaises d’hier où Elf Aquitaine venait faire ses emplettes.
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