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Article rédigé par :

Amèle Debey

Gare à la souffrance des animaux, sauf s’ils vivent dans l’eau

La Suisse a intégré la souffrance animale à l’étiquetage des produits vendus sur le territoire. Une avancée importante qui exclut cependant les poissons et les crustacés.

crabe
Un crabe tente de s'échapper de son emballage dans l'étal d'un supermarché, en Asie. © Twitter

La problématique semble dérisoire au vu de l’actualité internationale. Pourtant, Gandhi disait que l’on «peut juger la grandeur et la valeur morale d'une nation à la façon dont elle traite ses animaux».

 

Depuis le 1er juillet, la souffrance animale doit être indiquée sur les étiquettes de la viande, des œufs et du foie gras vendus en Suisse. Les pratiques ayant causé des douleurs aux animaux (comme la castration ou l’écornage) doivent être déclarées sur les emballages. Le gouvernement fédéral a adopté des modifications d’ordonnance afin d’accroître la transparence vis-à-vis des consommateurs, a-t-il annoncé dans un communiqué, fin mai.


Si les grandes surfaces et les petites épiceries ont deux ans pour appliquer ces nouvelles normes, on peut déjà découvrir des étiquettes modifiées dans les rayons de la Migros. Son porte-parole, Tristan Cerf, explique: «À l'instar de l'ensemble de la branche, Migros s'emploie actuellement à identifier les éventuels produits concernés et respectera, bien entendu, les délais accordés. Il convient toutefois de noter que la majorité de la viande vendue chez Migros est d'origine suisse, et que les importations ne représentent qu'une très faible part du volume total.»


 

Un pas dans le bon sens pour les défenseurs des animaux, donc. Mais pas pour tous. Une fois de plus, les êtres vivants marins (ou lacustres, dans le cas de la Suisse) ne sont pas concernés par cette évolution de nos pratiques de consommations. Interrogé sur la question, le Département fédéral de l’Intérieur, duquel dépend l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires, nous en a donné les raisons: «Les nouvelles obligations de déclaration découlent de la mise en œuvre de la motion 20.4267 de la CSEC-E portant sur la "Déclaration des méthodes de production interdites en Suisse", adoptée par le Parlement. S’agissant du poisson et des crustacés, aucune déclaration de ce type n’était prévue dans la motion et aucune demande suite au processus de consultation n’a été déposée pour les denrées alimentaires issues de poissons. Bien que certaines prises de position demandaient l’ajout d’une déclaration pour les crustacés ébouillantés sans étourdissement préalable, une méthode interdite en Suisse, il n’a pas été jugé nécessaire ou pertinent d’ajouter cette obligation de déclaration supplémentaire puisque les crustacés ébouillantés vivants, sur sol étranger sont en général consommés sur place.»


Angle mort... et pas que

 

Pour les Vertes et les Verts genevois, l’entrée en vigueur de la mesure constitue «une avancée positive et nécessaire». Pour Céline Bartolomucci, Députée suppléante au Grand Conseil genevois, «elle vise aussi à garantir des conditions de concurrence équitables aux agriculteurs, en évitant que des produits issus de méthodes interdites en Suisse soient importés sans information claire.»

 

«En revanche, nous regrettons que les poissons et les crustacés n’aient pas été pris en compte dans le périmètre de cette motion ni dans le processus de consultation mené par la Confédération, ajoute la Verte. Leur exclusion laisse persister un angle mort important et difficilement compréhensible, alors même que leur capacité à ressentir la douleur et le stress est aujourd’hui largement reconnue scientifiquement.»


Les poissons et les crustacés, probablement parce qu’ils ne peuvent pas crier, pâtissent de la croyance qu’ils seraient moins sensibles à la douleur. Ainsi, on ne décompte pas le nombre d’individus que l’on massacre à l’unité, mais à la tonne. La pêche industrielle tue des milliards d’individus chaque année, contre des millions pour les animaux terrestres — sans traçabilité individuelle ni «compte des victimes». Les poissons sont souvent tués sans étourdissement: asphyxie à l’air, saignement à vif, éviscération consciente, laissés à suffoquer, sans perte de conscience rapide. Sans parler des homards ébouillantés vivants.


Certains actes considérés comme inhumains pour un mammifère (couper vivant, servir vivant, etc.) sont socialement tolérés pour les poissons (ex. sushi au poisson encore vivant).



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