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Article rédigé par :

Robert Habel

Le grand retour de Satan

On le croyait sorti par la fenêtre et disparu à tout jamais, d’autant qu’il n’avait peut-être jamais existé... Mais le voilà qui revient par la grande porte, à sa manière immuable et si particulière, invisible et glaçante, omniprésente et silencieuse. Satan, alias le Diable, alias Lucifer, est de retour sur la plus grande et la plus prestigieuse scène du monde: celle des relations internationales. Celle de la guerre et de la paix entre les nations. La preuve? Le monde est à feu et à sang, de l’Ukraine à l’Iran ravagé par ce que l’on appelle de plus en plus, sur les réseaux sociaux américains, The Epstein War. Et le spectre de la Troisième Guerre mondiale et de l’apocalypse nucléaire est plus réel que jamais. Le monde serait-il remué par des forces obscures et maléfiques?

donald trump et benjamin netanyahou
© Grok

C’est l’être le plus mystérieux de tout l’univers – à supposer qu’il existe – et c’est un être qui traîne une telle réputation de malveillance et de fausseté, de méchanceté calculée et de cruauté froide, de ruse et d’habileté aussi, qu’il suscite depuis toujours une méfiance immédiate. Le Diable est mal vu par tout le monde, mais tout le monde ne reste pas insensible à son charme ni à ses tentations. Marginalisé en Occident depuis des décennies, il est désormais de retour sans qu’on l’ait vu revenir, toujours invisible et le sourire froid, toujours provocateur et condescendant, insensible et goguenard.


Il avait disparu du paysage, mais à voir la pulsion de mort et le chaos qui ravagent aujourd’hui la planète, de l’Ukraine à l’Iran et au Liban, du régime de Benjamin Netanyahu à l’île de Jeffrey Epstein, on a l’impression que c’est lui, l’être malfaisant par excellence, qui doit forcément être à la manœuvre. 


C’est ce que pense Pierre Jovanovic, écrivain à la fois politique et mystique, auteur il y a trente ans d’un best-seller mondial, Enquête sur l’existence des anges gardiens. Il y explique que le monde est tombé aux mains d’une élite perverse et carrément diabolique, experte en prédation et exploitation sexuelles, tortures, meurtres d’enfants et cannibalisme. C’est ce que pense aussi l’essayiste français Alain Soral qui relève des traces de rituels sombres et primitifs dans l’idéologie de l’extrême droite israélienne comme dans les crimes des réseaux Epstein. Au point que l’on parle désormais, notamment le professeur Mohammad Morandi de l'université de Téhéran, de l'État d’Israël comme du Epstein regime et du gouvernement israélien comme de la Epstein coalition.


«Ni Dieu ni Maître, disait-on, et donc ni Dieu ni Diable… »

«Le Diable existe réellement», s’était écrié le pape Paul VI dans les années 70, provoquant un immense éclat de rire dans le monde entier, du moins en Occident. L’époque n’était plus très religieuse et même souvent athée, comme les demi-dieux du moment (Sartre, de Beauvoir). Elle ne croyait plus au mal comme à une réalité métaphysique, mais comme à une conséquence de l’injustice sociale. Et elle proclamait fièrement sa foi dans la raison, dans l’action politique, dans la lutte des classes, dans la psychologie, dans la science... bref, dans la capacité de l’humanité à faire table rase des superstitions religieuses du passé et à construire enfin cette société éclairée que l’on appelait simplement, un trémolo dans la voix, les yeux au ciel et un soupir de reconnaissance pour les grands ancêtres (Robespierre, Lénine, Mao…), «le socialisme à visage humain». Ni Dieu ni Maître, disait-on, et donc ni Dieu ni Diable, son frère ennemi et alter ego en fausses promesses, en illusions et en absurdités.


Devenu HS en Occident, c’est curieusement en Iran, donc sous l’étendard islamique lui-même nourri des vieilles et tenaces intuitions zoroastriennes, que le Diable a fait de la résistance et qu’il a esquissé son grand retour. Tombeur du Shah et fondateur de la République islamique en 1979, l’ayatollah Khomeiny ne cessait de dénoncer le Grand Satan, c’est-à-dire l’Amérique, responsable à ses yeux de tous les maux qui accablaient son pays. «Le vocabulaire est certes religieux mais ce n’est qu’un code culturel qui ne veut rien dire», assuraient alors les compagnons de route occidentaux des ayatollahs, qui espéraient que la révolte islamique ne serait que le prélude à la vraie révolution. Celle qui porterait enfin au pouvoir la gauche iranienne laïque, socialiste, internationaliste et, pourquoi pas, cerise sur le gâteau, aussi antireligieuse et athée qu’elle l’avait été dans l’Union soviétique de Lénine et de Staline et dans la Chine de Mao. 

 

Comment concilier l’ombre diabolique d’autrefois et l’atmosphère religieuse d’aujourd’hui, alors que le monde se tord de douleur et de désespoir? Le génocide à Gaza, la guerre d’agression américano-israélienne contre l’Iran et tout le Proche-Orient, les agissements du régime ultranationaliste et raciste de Kiev… L’écrivain Patrice Van Eersel parlait de «la source noire», cet espace mystique aux portes de la mort individuelle. Mais c’est ici de la source infernale dont il s’agit. Celle qui nous abreuve chaque jour, collectivement, de sa propagande et de son narratif truqué.


Où sont passées la raison et la sagesse qui faisaient la fierté des Occidentaux? Où sont passés les grands principes de la recherche de la paix et de la négociation pour résoudre les conflits entre les nations? Où sont passées les vertus de la diplomatie? Que sont devenues aussi les promesses et les exigences de la justice, tant pour traquer le réseau criminel de Jeffrey Epstein, financier douteux et criminel sexuel, mais aussi et surtout «honorable correspondant ou plutôt agent du Mossad», comme le dit Alain Juillet, l’ancien chef du contre-espionnage français? Que pour neutraliser un dirigeant politique comme le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, inculpé et recherché par la Cour pénale internationale, depuis le 21 novembre 2024, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité à Gaza?


«Satan ne s’en prend pas à Dieu, mais à l’homme, auquel il veut interdire toute grandeur d'âme»

Le mal est là, qui rôde autour de nous, disait l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing en quittant l'Élysée, en 1981, quelques semaines avant l’attentat qui avait failli coûter la vie au pape Jean-Paul II, au Vatican. Le mal est toujours là aujourd’hui, avec ses délices messianiques de colonisation et de domination. Il explose dans tous les sens, comme un chapelet de bombes à fragmentation. Le philosophe catholique Rémi Brague, esprit profond et malicieux, aime dire que «le Diable fait les choses en douce» et qu’il n’agit jamais à visage découvert, mais toujours en sous-main, avec ses serviteurs, ses hommes de main et ses idiots utiles.


Selon lui, Satan ne s’en prend pas à Dieu, contrairement à la légende, mais à l’homme auquel il veut interdire toute grandeur d’âme et qu’il veut rabaisser à ses instincts primitifs et barbares, à commencer par son goût de la violence et de la guerre. C’est le divin marquis de Sade qui incarne le mieux son idéal pervers, fier et heureux de faire le mal et de faire triompher le mensonge. Fier et heureux de massacrer les innocents et de jouir de leur souffrance. Donald Trump l’a dit et redit à sa manière primaire, arrogante et abjecte, en menaçant de mener contre l’Iran «de nouvelles frappes juste pour le plaisir». Le mal pour le plaisir, la destruction pour le plaisir, la souffrance et l’extermination des autres pour le plaisir… L’esprit de Satan dans ses œuvres, sous la double bénédiction de l’Amérique et d’Israël!


Mais la guerre n’est pas seulement la confrontation des forces physiques, mais aussi des forces psychiques et spirituelles, comme l’a expliqué dans ses mémoires Sol invictus, l’écrivain français Raymond Abellio (1907-1986), éternel défricheur des grandes énigmes ésotériques. Quelles sont les forces à l’œuvre aujourd’hui, sur toute cette ligne de front qui déchire le Moyen-Orient? Donald Trump a attaqué l’Iran, le 28 février dernier, pour le compte de ses alliés israéliens qui le tenaient sans doute avec le dossier Epstein, en violation totale et absolue du droit international. Son seul et unique objectif, comme l’a expliqué Joe Kent, le chef démissionnaire du contre-terrorisme américain, étant de servir les intérêts d’Israël, qui est à la fois la patrie du Mossad et la patrie de cœur de Jeffrey Epstein. C’est la Epstein War, comme l’on dit sur les réseaux sociaux américains!

Déboussolé et acculé par la résistance victorieuse de l’Iran, Donald Trump agite désormais des menaces dans tous les sens, notamment celle d’une invasion terrestre de l’Iran en s’enivrant de ses pouvoirs de destruction infinis (10'000, 20'000, 50'000 soldats…). On croyait voir Satan dans le désert, enivré lui aussi par l’énormité de ses pouvoirs terrestres qu’il faisait miroiter à Jésus s’il lui prêtait allégeance. Répétées une énième fois dans une déclaration solennelle aux Américains, mercredi soir 1ᵉʳ avril, les menaces de Donald Trump ne font plus peur à personne. Et surtout pas aux Iraniens. Illustrant simplement l’impuissance et le désarroi rageur, peut-être même le déclin cognitif, dans lesquels est en train de sombrer le président américain.


«Les Iraniens se battent pour leur pays. Ils ont l’esprit de sacrifice et ne craignent pas la mort»

L’armée américaine est puissante, ses militaires sont redoutables et hautement professionnels, surentraînés et suréquipés, mais partiraient-ils vraiment en Iran la fleur au fusil? Quelle serait leur motivation, leur force mentale, leur envie au combat? La plupart ont dû entendre parler de l’affaire Epstein, la plupart ont dû se poser des questions, penser à leurs enfants… Ils ont dû douter, s’indigner, se révolter intérieurement. Pourquoi Donald Trump, qui fut l’ami d’Epstein, veut-il les envoyer à la mort? Catapultés dans le détroit d’Ormuz, à supposer qu’ils y parviennent sous le feu iranien, ce qui est impossible, auraient-ils le sentiment de se battre (et de mourir) pour le camp du Bien? Ou même, plus modestement, pour l’Amérique? Les Iraniens, au contraire, se battent pour leur pays. Ils ont l’esprit de sacrifice et ne craignent pas la mort. Ils ont les forces spirituelles qui forgent la résistance: le courage, l’abnégation, la force d’âme, l’acceptation du martyre. «Le mal et la mort n’auront pas le dernier mot», nous disait un cardinal au Vatican il y a des années, dans un tout autre contexte (la foi, le dialogue des religions) qui était au fond le même: celui du respect de l’humanité et de la vie.


Comment Donald Trump en est-il arrivé là, en trahissant tous ses engagements et en s’enferrant lui-même dans une impasse sans issue? Hautain et méprisant comme toujours, il avait pensé son agression contre l’Iran comme une ratonnade, sans imaginer un seul instant que ce serait une véritable guerre et qu’il allait la perdre. Résultat, il n’a pas seulement provoqué des souffrances infinies et ruiné sa présidence, il a sonné la fin de l’Occident déjà affaibli depuis des décennies et aujourd’hui à la dérive après un ultime soubresaut.


«Donald Trump a sonné la fin de l'Occident»

La défaite est d’ores et déjà totale, tout à la fois militaire, politique, économique, intellectuelle et spirituelle. Le monde entier, ce fameux Sud global qui représente 80% ou 90% de la planète, le voit de ses yeux vus: le roi est nu! Le sociologue genevois Jean Ziegler avait déjà parlé dans un livre marquant, La haine de l’Occident, de la douleur historique et de l’inéluctable révolte des peuples colonisés et meurtris. Il avait aussi évoqué dans un livre plus ancien, Les vivants et la mort, les ressorts spirituels de la résistance des peuples opprimés. La guerre d’agression contre l’Iran a tout fait exploser, révélant des fils cachés, des correspondances invisibles, des contextes sombres et éclairants. La sacro-sainte dissuasion américaine et celle de ses alliés israéliens a été anéantie en quatre semaines à peine et il n’en reste plus qu’un tas de ruines fumantes. Les bases américaines dans les pays du Golfe ont été exterminées les unes après les autres et le territoire israélien est frappé jour après jour et nuit après nuit par les missiles et les drones iraniens. 


Les laquais européens de l’Amérique, leurs fameux partenaires et alliés de l’Otan, sont aussi aux abonnés absents, laissant voir et comprendre à tout le monde qu’ils sont sortis de l’histoire. Les Européens ont franchi un nouveau cap sans même s’en rendre compte. Ils n’aspirent plus à être de véritables acteurs de l’histoire, mais de simples observateurs, des spectateurs, des espèces de soldats de la paix à la Suisse. Ils rêvent d’avoir un rôle en Ukraine, un jour, mais seulement comme garants d’un cessez-le-feu et à condition d’être sous la protection américaine. Ils ont aussi refusé d’aller se battre dans le détroit d’Ormuz aux côtés des États-Unis, se contentant d’annoncer qu’ils seraient disposés au besoin, après que tout aura été réglé, à déployer des troupes agréées par tout le monde et qui ne serviraient à rien.


Les Européens, combien de Casques bleus?, demande sarcastiquement le camarade Staline du fin fond des enfers (ou du paradis, qui sait, car il a quand même vaincu la barbarie nazie?) La prétendue Europe-puissance dont parlait Hubert Védrine, l’ancien ministre des Affaires étrangères français? Une coquille vide, politiquement et spirituellement, qui n’a même plus l’ambition d’exister…  

1 commentaire


suzette.s
il y a 2 jours

Il n'y a rien de plus douloureux, parfois, que la vérité. Mais c'est en osant la regarder en face que l'on peut repartir dans la bonne voie. Merci de nous y aider!

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