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Article rédigé par :

Michael Esfeld

Le dilemme des interventions humanitaires

humanitaire
© DR

La civilisation occidentale dérive actuellement dans deux directions opposées. En Europe, les idéologies du coronavirus, de l’alarmisme climatique, du wokisme et de la guerre perdent du soutien dans la population. Toutefois, l’État répressif continue de serrer la vis par l’intimidation, la censure et la persécution des voix critiques. L’exemple le plus récent est celui de Jacques Baud, qui a été sanctionné par ce qu’on pourrait qualifier de mort civile, sans avoir eu droit à une audition juridique.


«Depuis Socrate, la délégitimation des puissants est une mission fondamentale des intellectuels»

L’État arbitraire remplace ainsi l’État de droit, dont l'un des principes fondamentaux est que des sanctions à l’encontre des citoyens ne peuvent être prononcées que dans le cadre d’une procédure judiciaire régulière, sur la base des preuves de présence des actes punissables. Exprimer des opinions, aussi discutables soient-elles, ne constitue pas d’infraction pénale.


Depuis Socrate, la délégitimation des puissants est une mission fondamentale des intellectuels. Elle se terminait déjà, à l’époque, par une condamnation à mort, et ceci dans une prétendue démocratie, la cité-État d’Athènes. Les accusations portées contre Socrate, à savoir le non-respect des dieux reconnus par l’État et la corruption de la jeunesse, peuvent également être appliquées aux esprits critiques d’aujourd’hui: ils n’honorent pas les dieux séculiers de l’État incarnés par des politiciens et des pseudoscientifiques et ils corrompent la jeunesse par des publications sur les réseaux sociaux.


Aux États-Unis, en revanche, le mouvement qui a permis à Donald Trump de remporter les élections s’engage pour un retour aux principes de la civilisation occidentale judéo-chrétienne, illustrés par exemple par Charlie Kirk: la reconnaissance de chaque être humain en tant que personne qui jouit de droits inaliénables à l’autodétermination sur son corps, sa vie et ses biens. Ces droits ne sont pas accordés par l’État, mais découlent du droit naturel préétatique. Ils ne sont donc pas à la disposition de l’action étatique. Le gouvernement des États-Unis souhaite tout à fait que l’Europe se joigne à eux pour faire revivre ces principes: le discours du vice-président J. D. Vance à la Conférence de Munich sur la sécurité en février 2025 ainsi que la stratégie de sécurité nationale de décembre 2025 visent cet objectif. Toutefois, les États-Unis ne font plus confiance à l’Europe. Ils misent en conséquence sur l’appropriation plutôt que sur la gestion commune de territoires jugés importants en matière de politique de sécurité, comme le Groenland.



Les gouvernements des deux côtés de l’Atlantique s’accordent pourtant pour maintenir l’État providence à l’intérieur et l’État de guerre à l’extérieur, autrement dit the welfare-warfare state. Le président Trump poursuit le fil conducteur de la politique étrangère des États-Unis depuis le deuxième mandat du président Bush Junior à partir de 2005: pas de nouvelles interventions avec les troupes américaines, mais recours ciblé et ponctuel à la force militaire, notamment au Proche-Orient et, début janvier 2026, au Venezuela également. Il existe des raisons humanitaires tout à fait compréhensibles à cela: en Europe, il arrive que des voix critiques soient condamnées à ce qu’on peut appeler la mort civile. En Iran, au Venezuela, en Corée du Nord, etc., elles sont régulièrement et massivement soumises à la torture et aux assassinats étatiques. C’est une grande différence. L’injustice étatique qui sévit chez nous, en Europe, ne doit pas nous rendre aveugles à l’injustice étatique bien plus grave qui sévit ailleurs dans le monde.


Néanmoins, les interventions humanitaires visant à lutter contre des injustices à l’étranger en utilisant de la violence se heurtent à un dilemme: d’une part, il y a des raisons respectables de lutter, y compris par la force militaire, contre des régimes injustes qui maltraitent systématiquement leurs populations. D’autre part, on ne peut pas vouloir faire revivre les fondements de la civilisation occidentale et s’accrocher à un État fort, en guise de l’État providence et l’État de guerre.


L’État providence met ses citoyens sous tutelle en les soumettant à une prise en charge contraignante, du berceau à la tombe, en passant par l’éducation et l’organisation de leur vie. L’État de guerre prive ses citoyens de leur autonomie en les prenant en otage, au moins financièrement et culturellement, pour les conséquences d’interventions à l’étranger qui ne servent pas à défendre le territoire national contre une attaque externe. Dans les cas extrêmes, il exige même qu’ils mettent leur vie à disposition sous la forme de service militaire.


«L’État providence et l’État de guerre sapent les principes sur lesquels repose l’État de droit»

L’État providence et l’État de guerre ont échoué face à la réalité il y a plus de 50 ans déjà. Dans les années 1960, les États-Unis ont développé l’État providence sur le plan intérieur avec le programme de great society du président Johnson, tout en étendant l’État de guerre à l’extérieur avec la guerre du Vietnam. En conséquence, les réserves d’or de l’État américain menaçaient de fondre: de plus en plus de dollars ont été imprimés sans que la valeur réelle sous-jacente n’ait augmenté. En 1971, le président Nixon a supprimé le lien entre le dollar américain et l’or. Il a ainsi introduit de la monnaie purement fiduciaire pour la première fois dans l’histoire, à savoir une monnaie qui n’est plus liée à aucune valeur réelle. La monnaie fiduciaire peut être créée d’un simple clic pour financer l’État providence et l’État de guerre.


En conséquence, la dette de l’État américain est passée de 380 milliards de dollars en 1971 à plus de 380'00 milliards de dollars au début de 2026. La dette publique a donc été multipliée par 100. La monnaie fiduciaire s’est dépréciée d’au moins autant par rapport à l’or: en 1971, une once d’or valait 35 dollars. Début 2026, elle coûte plus de 4500 dollars. Le dollar américain fiduciaire a donc perdu plus de 99% de sa valeur par rapport à l’or. Cela vaut pour toutes les monnaies fiduciaires. Même la monnaie fiduciaire la plus stable, le franc suisse, a perdu plus de 95% de sa valeur par rapport à l’or depuis 1971.


Il en résulte une dévalorisation drastique du travail par rapport aux biens consistant en capital comme les métaux précieux, les actions et l’immobilier. On prive les gens de leur autonomie et on les rend dépendants des prestations de l’État-providence, au lieu de leur permettre de mener une bonne vie grâce à leur propre travail. C’est moralement répréhensible. C’est le contraire du capitalisme et de l’économie de marché: les interactions volontaires et leurs fruits sont éliminés. L’État providence et l’État de guerre sapent les principes sur lesquels repose l’État de droit.


La civilisation occidentale est forte par le rayonnement des idées sur lesquelles elle se base. Partout dans le monde, les gens peuvent se référer à ces idées, quel que soit le prétexte idéologique ou religieux sous lequel ils sont opprimés. Il s’agit notamment de la liberté d’expression, de la liberté scientifique, artistique et religieuse, et plus généralement de la liberté de s’associer avec qui on veut. La fermeté avec laquelle ces idées ont été défendues a contribué à l’effondrement des régimes du socialisme réellement existant en Europe de l’Est. Les États-Unis ont certes perdu militairement la guerre du Vietnam, mais entre-temps, même le Vietnam communiste s’est ouvert et a évolué vers la liberté, au moins sur le plan économique. En revanche, invoquer ces idées pour intervenir par la force à l'étranger affaiblit l’État de droit et prive les citoyens de l'autodétermination de leurs vies.


«Nous serons bientôt confrontés à une réalité qui nous obligera à choisir entre deux voies»

Tôt ou tard, la supercherie de la monnaie fiduciaire, avec laquelle l’État providence et l’État de guerre s'achètent du temps, sera dévoilée. Son financement nécessite un déficit budgétaire constant, et pas seulement aux États-Unis. Lorsque les créanciers se rendront compte que la dette ne cesse d’augmenter et qu’il n’y a plus suffisamment d’investisseurs pour acheter les obligations d’État, la seule issue sera l’expropriation des citoyens par la faillite de l’État, la confiscation directe de la propriété privée ou l’hyperinflation par le rachat des obligations d’État par les banques centrales.


Dans un avenir proche, nous serons donc confrontés à une réalité qui nous obligera à choisir entre deux voies: la première consiste à faire revivre les principes de la civilisation occidentale et à redonner aux individus le contrôle sur leurs vies. Cela implique de démanteler l’État providence et l’État de guerre et d’abandonner la monnaie fiduciaire. L’autre voie consiste à maintenir l’État providence et l’État de guerre et à marcher sur la voie vers une nouvelle forme de socialisme réellement existant. Cela vaut tant de ce côté-ci que de l’autre côté de l'Atlantique.


Pour ma part, je reste optimiste: j’espère qu’aux États-Unis, le mouvement populaire visant à faire revivre les principes sur lesquels reposent la Constitution américaine et la civilisation occidentale dans son ensemble l’emportera sur l’État providence et l’État de guerre et que ces principes seront également remis au goût du jour en Europe, berceau de la civilisation occidentale.

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