La révolution des flamants roses: le peuple albanais contre le grand capital
- Jean-Daniel Ruch, ex-ambassadeur

- 14 juin
- 5 min de lecture
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Jean-Daniel Ruch, ex-ambassadeur · 14 juin 2026 · 5 min de lecture
Qui se souvient des révolutions de couleur? Il y a eu la slovaque en 1998, la croate en 1999, et puis la plus belle: la serbe en 2000. J’y étais, j'y ai participé activement. Ensuite la révolution des Roses en Géorgie (2003), la révolution orange en Ukraine (2004), et enfin la révolution des Tulipes en Kirghizie en 2005. Les deux premières n’ont pas reçu d’appellation officielle.
La serbe devint, après-coup, la révolution des bulldozers, référence au maire de Cacak, Velia Ilic, qui crut bon d’emmener un bulldozer dans l’équipée de 150 km qu’il effectua le 5 octobre 2000 à la tête de sa troupe de gros bras pour rallier Belgrade. L’engin lui fut utile: pour forcer un barrage de police sur le chemin, et surtout pour fracasser la vitrine de la radiotélévision serbe, leur RTS à eux. Ce jour-là, 700'000 Serbes, 10% de la population, se sont retrouvés devant le Parlement serbe pour le prendre d’assaut, ainsi que les autres institutions clefs. Le dictateur recherché par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, Slobodan Milošević, tomba de son trône avant de mourir six ans plus tard, dans la prison VIP de La Haye. Ironie tragique de l’histoire: le bulldozer de Cacak causa la seule victime de cette paisible révolution des bulldozers: une jeune femme écrasée lors d’une marche arrière imprudente.

De la Slovaquie à la Kirghizie, l’objectif était le même: remplacer des dirigeants têtus et autoritaires, souvent corrompus, par des forces fraîches acquises à la cause euro-atlantique des démocraties libérales. Les Occidentaux avaient mis au point une mécanique qui prouva son efficacité: soutien aux médias indépendants du régime (donc proeuropéens, proaméricains, pro-démocratie libérale), pression sur le gouvernement à travers l’OSCE pour rendre plus difficiles les tricheries électorales et création d’ONG cools capables de mobiliser la jeunesse. En Serbie, le mouvement estudiantin s’appelait OTPOR (résistance) et comptait au pic de son activité 75'000 membres actifs. De quoi faire rêver chacun de nos partis politiques. On estime que, pour la seule révolution serbe, les États-Unis ont investi 75 millions de dollars.
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