«Il y a beaucoup plus de sympathies prorusses en France qu’en Roumanie ou qu’en Pologne»
Julien Monchanin · 16 août 2026 · 19 min de lecture
À quelques kilomètres de la frontière ukrainienne, la Roumanie enchaîne les crises gouvernementales, voit ses partis traditionnels s'effondrer et ses formations antisystème prospérer. Un scénario qui n'est pas sans rappeler celui de la France, à ceci près qu'il se déroule au milieu des derniers vestiges du communisme. Entretien avec Sergiu Mișcoiu, professeur de sciences politiques à l'université Babeș-Bolyai de Cluj-Napoca.
Julien Monchanin, pour L'Impertinent: Un mot, pour commencer, sur le traitement de l’actualité roumaine par les médias français et occidentaux. Vous paraît-il satisfaisant?
Sergiu Mișcoiu: Je dirais que l’image globale donnée de la Roumanie est plutôt simplificatrice, tant par méconnaissance des détails qu’à cause d’une lecture orientée des événements. La très grande majorité des médias français s’inscrivent dans la ligne idéologique de la gauche libérale. Cela encore n’est pas très grave, mais la restitution d’informations très éparpillées sous la forme d’un ensemble cohérent pose visiblement des problèmes aux journalistes.
Cela donne souvent des articles ne présentant qu’une partie de la réalité, avec une articulation parfois superficielle de l’enchaînement causes-conséquences. Le besoin de produire des comptes rendus rapidement n’arrange rien. Il conduit à des raccourcis et à des papiers parfois peu conformes à la réalité. Ceci dit, les correspondants, généralement basés à Bucarest, ont des connaissances plus solides et y parviennent mieux.
Observez-vous autant de contrevérités sur la Roumanie qu’on en a lues et entendues sur le voisin hongrois?
C’est beaucoup plus vrai dans le cas de la Hongrie où, pendant des années, la critique du régime Orbán a été très agressive, en simplifiant les choses à l’extrême. La Roumanie a toujours eu un positionnement plus ambigu. Les grands conflits politiques liés à l’UE ou à l’international n’ont pas trop divisé la Roumanie, du moins jusqu’à récemment. La manière d’en parler en Europe de l’Ouest est donc plus nuancée.
La Roumanie est aussi mieux connue du fait d’une proximité culturelle avec les pays latins. La Moldavie mise à part, c’est le seul pays d’Europe orientale de langue latine. Ajoutons que la Roumanie n’a pas connu récemment de pouvoir équivalent à celui d’Orbán et n’a jamais recherché le conflit politique avec l’Europe. Ici, même les formations dites populistes n’osent pas afficher de manière trop ouverte leur opposition à l’UE: elles savent que le pays retire beaucoup des fonds européens et qu’un grand nombre de Roumains travaille à l’étranger au sein de l’union. Bien sûr, les lignes éditoriales vont dans un sens ou l’autre, mais cela ne nous affecte finalement pas trop.
L’annulation du premier tour de la présidentielle roumaine, fin 2024, a constitué un événement sans précédent* au sein de l’UE. Celle-ci était-elle vraiment légitime?
Il faut se placer sur deux plans différents pour comprendre cette annulation. D’un côté le plan légal, juridique et constitutionnel, et de l’autre le plan politique et géopolitique. Sur le plan juridique, elle pose problème car elle a été décidée à un moment où les renseignements qui la fondaient restaient minces. La décision de la cour constitutionnelle a été celle d’un organe politico-juridique et non pas seulement juridique. La cour a considéré qu’en dépit de malversations plus ou moins documentées et de preuves incomplètes, il fallait défendre l’ordre constitutionnel, que menaçait pour elle M. Georgescu. C’était sans doute le fondement réel de cette annulation, même si elle n’a pas été présentée ainsi.
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«Il y a beaucoup plus de sympathies prorusses en France qu’en Roumanie ou qu’en Pologne»
À quelques kilomètres de la frontière ukrainienne, la Roumanie enchaîne les crises gouvernementales, voit ses partis traditionnels s'effondrer et ses formations antisystème prospérer. Un scénario qui n'est pas sans rappeler celui de la France, à ceci près qu'il se déroule au milieu des derniers vestiges du communisme. Entretien avec Sergiu Mișcoiu, professeur de sciences politiques à l'université Babeș-Bolyai de Cluj-Napoca.
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