top of page

Article rédigé par :

«Il y a beaucoup plus de sympathies prorusses en France qu’en Roumanie ou qu’en Pologne»

Julien Monchanin · 16 août 2026 · 19 min de lecture

À quelques kilomètres de la frontière ukrainienne, la Roumanie enchaîne les crises gouvernementales, voit ses partis traditionnels s'effondrer et ses formations antisystème prospérer. Un scénario qui n'est pas sans rappeler celui de la France, à ceci près qu'il se déroule au milieu des derniers vestiges du communisme. Entretien avec Sergiu Mișcoiu, professeur de sciences politiques à l'université Babeș-Bolyai de Cluj-Napoca.

roumanie
En mars 2925, des manifestants se sont rassemblés pour protester contre le rejet de l'appel de Călin Georgescu. © DR/J.M

Julien Monchanin, pour L'Impertinent: Un mot, pour commencer, sur le traitement de l’actualité roumaine par les médias français et occidentaux. Vous paraît-il satisfaisant?


Sergiu Mișcoiu: Je dirais que l’image globale donnée de la Roumanie est plutôt simplificatrice, tant par méconnaissance des détails qu’à cause d’une lecture orientée des événements. La très grande majorité des médias français s’inscrivent dans la ligne idéologique de la gauche libérale. Cela encore n’est pas très grave, mais la restitution d’informations très éparpillées sous la forme d’un ensemble cohérent pose visiblement des problèmes aux journalistes.


Cela donne souvent des articles ne présentant qu’une partie de la réalité, avec une articulation parfois superficielle de l’enchaînement causes-conséquences. Le besoin de produire des comptes rendus rapidement n’arrange rien. Il conduit à des raccourcis et à des papiers parfois peu conformes à la réalité. Ceci dit, les correspondants, généralement basés à Bucarest, ont des connaissances plus solides et y parviennent mieux.


Observez-vous autant de contrevérités sur la Roumanie qu’on en a lues et entendues sur le voisin hongrois?


C’est beaucoup plus vrai dans le cas de la Hongrie où, pendant des années, la critique du régime Orbán a été très agressive, en simplifiant les choses à l’extrême. La Roumanie a toujours eu un positionnement plus ambigu. Les grands conflits politiques liés à l’UE ou à l’international n’ont pas trop divisé la Roumanie, du moins jusqu’à récemment. La manière d’en parler en Europe de l’Ouest est donc plus nuancée.

La Roumanie est aussi mieux connue du fait d’une proximité culturelle avec les pays latins. La Moldavie mise à part, c’est le seul pays d’Europe orientale de langue latine. Ajoutons que la Roumanie n’a pas connu récemment de pouvoir équivalent à celui d’Orbán et n’a jamais recherché le conflit politique avec l’Europe. Ici, même les formations dites populistes n’osent pas afficher de manière trop ouverte leur opposition à l’UE: elles savent que le pays retire beaucoup des fonds européens et qu’un grand nombre de Roumains travaille à l’étranger au sein de l’union. Bien sûr, les lignes éditoriales vont dans un sens ou l’autre, mais cela ne nous affecte finalement pas trop.


L’annulation du premier tour de la présidentielle roumaine, fin 2024, a constitué un événement sans précédent* au sein de l’UE. Celle-ci était-elle vraiment légitime?


Il faut se placer sur deux plans différents pour comprendre cette annulation. D’un côté le plan légal, juridique et constitutionnel, et de l’autre le plan politique et géopolitique. Sur le plan juridique, elle pose problème car elle a été décidée à un moment où les renseignements qui la fondaient restaient minces. La décision de la cour constitutionnelle a été celle d’un organe politico-juridique et non pas seulement juridique. La cour a considéré qu’en dépit de malversations plus ou moins documentées et de preuves incomplètes, il fallait défendre l’ordre constitutionnel, que menaçait pour elle M. Georgescu. C’était sans doute le fondement réel de cette annulation, même si elle n’a pas été présentée ainsi.

Il vous reste 88 % de l'article à découvrir.

La suite de cet article est réservée à ceux qui nous font vivre 🥹

 

Pas de publicité. Pas de subventions. Pas d'actionnaires. Nos seuls patrons sont nos lecteurs: c'est la condition pour enquêter librement.

Vous pouvez vous abonner ou acheter l'article à l'unité.

Chaque franc versé sert le journalisme indépendant.

Merci! 🙏

Déjà membre ? Se connecter

✓ Article complet – merci pour votre achat
Titre 6
Recharger la page

«Il y a beaucoup plus de sympathies prorusses en France qu’en Roumanie ou qu’en Pologne»

À quelques kilomètres de la frontière ukrainienne, la Roumanie enchaîne les crises gouvernementales, voit ses partis traditionnels s'effondrer et ses formations antisystème prospérer. Un scénario qui n'est pas sans rappeler celui de la France, à ceci près qu'il se déroule au milieu des derniers vestiges du communisme. Entretien avec Sergiu Mișcoiu, professeur de sciences politiques à l'université Babeș-Bolyai de Cluj-Napoca.

    Vous souhaitez en lire plus ?

    Abonnez-vous à limpertinentmedia.com pour continuer à lire ce post exclusif.

    00:00 / 01:04
    L'Impertinent - Logo

    Pour ne manquer aucun article, inscrivez-vous aux alertes de publication, c'est gratuit:

    🚨 Presque terminé. Nous venons de vous envoyer un e-mail: cliquez sur le lien qu'il contient pour valider votre inscription. Sans ce clic, vous ne recevrez rien. Pensez à regarder vos indésirables 😉

    Faire un don

    IBAN : CH52 0900 0000 1555 3871 0

    Lausanne, VD

    • Instagram
    • Facebook
    • X
    • Youtube
    • TikTok

    © 2020 L'Impertinent est un média indépendant qui remet l'information au service du public - Politique de confidentialité

    L’Impertinent est un média indépendant parce que la presse libre ne peut survivre sans une presse libre et indépendante, affranchie des logiques économiques, politiques et industrielles qui fragilisent aujourd’hui l’indépendance des médias. À l’heure de la concentration des médias, du contrôle des médias et d’une censure parfois invisible mais bien réelle, nous revendiquons un journalisme indépendant fondé sur le journalisme d’investigation, la presse d’investigation et des enquêtes journalistiques exigeantes. Nous travaillons pour produire une information libre, utile, contextualisée, destinée à éclairer l’opinion publique et à renforcer la qualité du débat public. Nos éditoriaux, notre éditorial et notre ligne éditoriale assument un esprit critique sans concession, dans le respect du secret des sources, de la transparence et de la liberté de la presse. Porté par des journalistes d’investigation et des reporters, L’Impertinent s’inscrit dans la presse alternative et les médias alternatifs, convaincu que le quatrième pouvoir et le pouvoir de la presse sont essentiels à la compréhension de l’information politique, à la défense du pluralisme de l’information et à la préservation de la pluralité des médias, face aux limites croissantes des médias traditionnels et à la censure médiatique sur l'investigation et le reportage. Seuls les médias indépendants peuvent être garants d'une presse indépendante, de l'indépendance de la presse et de l'indépendance des médias. Il en va de la liberté des médias.

    bottom of page