À l'approche d'élections historiques, dans quel état est la Hongrie?
- Julien Monchanin, Toulouse

- il y a 1 jour
- 13 min de lecture
Le 12 avril, la Hongrie vote. Et pour la première fois en quinze ans, Viktor Orbán pourrait perdre. Mais dans les rues de Budapest comme dans les villages viticoles du Sud, rares sont ceux qui votent par conviction. Alors que nos politiques et nos médias de tous bords instrumentalisent la Hongrie pour servir leurs idées et leurs lignes éditoriales, L’Impertinent garde la tête froide et prend la température sur place, pour comprendre ce que les sondages ne disent pas.

De Budapest à Szeged en passant par les coins les plus reculés de Hongrie, se déploie en ce mois de mars une impressionnante forêt de «kampányplakátok» auxquelles nos yeux d’Européens de l’Ouest sont peu habitués. Les affiches électorales sont partout en vertu d’une législation plus permissive que chez nous. Pas un élément de mobilier urbain n’y échappe: lampadaires, colonnes Morris, abribus et panneaux 4 par 3 sont recouverts des visages des candidats des 106 circonscriptions du pays et des leaders des différents partis en lice. Même les troncs d’arbres y ont droit. À ce dispositif s’ajoutent les «standok», ces petits «pupitres» de campagne autour desquels les candidats eux-mêmes, accompagnés de militants, échangent en direct avec la population. Bref, nous sommes très loin de la dictature soviétique souvent décrite sous nos latitudes.
Sans surprise, le Fidesz de Viktor Orbán, très structuré, est le plus omniprésent, notamment dans les nombreuses zones rurales et agricoles qui semblent déjà acquises au parti conservateur. Son slogan, «A bizstos választás» («Le choix sûr»), pose le parti en solution de stabilité dans un environnement géopolitique incertain. Sa campagne se double d’une autre, spectaculaire, contre Volodymyr Zelensky, accusé de bloquer l’approvisionnement du pays en pétrole russe via l’oléoduc Droujba (voir encadré). Au sein d’une société plus divisée que jamais, cette autre campagne sert pour beaucoup la première.
Stabilité ou changement

Mais le Fidesz est loin d’être seul, notamment dans les principales villes du pays, où le vote s’annonce plus indécis. À sa gauche, la Demokratikus Koalíció (DK) de Klára Dobrev est également très présente, même si elle représente pour beaucoup une vieille élite communiste largement honnie. Sa dirigeante est en effet la petite-fille d’Antal Apró, cadre prosoviétique pendant la répression de 1956, et l’ex-conjointe de Ferenc Gyurcsány, ancien premier ministre dont la politique économique a notoirement échoué et servi de marchepied à Orbán en 2010. À droite du Fidesz, le parti nationaliste Mi Hazánk (Notre Patrie) de László Toroczkai est également en embuscade.
Mais c’est surtout du centre droit que vient aujourd’hui la menace pour le Fidesz, avec la candidature de Péter Magyar, dont le jeune parti libéral et proeuropéen Tisza a entamé sa campagne d’affichage il y a une dizaine de jours. Il a publié un riche programme de 240 pages, avec au menu des baisses de charges pour les entreprises, d’impôts pour les plus modestes et de TVA (en particulier sur les médicaments), des mesures sociales en matière de santé et d’éducation, une modernisation des infrastructures ferroviaires et… une préparation à l’introduction de l’euro, tout en respectant les critères budgétaires de l’UE. Pour montrer patte blanche, Tisza promet aussi qu’aucun Hongrois ne sera envoyé sur le front russo-ukrainien, ainsi qu’une tolérance zéro en matière d’immigration.
Pour autant, c’est surtout pour en finir avec la corruption de ses dirigeants qu’une partie de l’électorat est tentée par l’option Magyar. Par corruption, il faut d’abord entendre l’attribution de marchés importants à des proches du pouvoir. Projets immobiliers autour du lac Balaton, systèmes d’éclairage public, équipements informatiques de l’État, terres agricoles: les exemples sont nombreux et souvent très bien documentés.
Symbole de la nouvelle oligarchie née sous l’ère Orbán, le plombier Lőrinc Mészáros est ainsi devenu l’homme le plus riche de Hongrie. À Felcsút, village auquel les deux amis sont attachés, a ainsi été bâti un complexe footballistique, l’académie Puskás, jugé démesuré par beaucoup et présidé par ledit Mészáros. Ajoutons que ces marchés sont souvent attribués dans le cadre de gros contrats passés avec des acteurs chinois (ligne ferroviaire Budapest-Belgrade, projet gelé d’université à Budapest, facilités d’implantation pour le fournisseur de batteries CATL et le constructeur de voitures électriques BYD…) et russes (extension de la centrale nucléaire de Paks avec Rosatom, approvisionnement en gaz et en pétrole…).
La centrale de Paks (centrale et chantier en cours) © J.M
Le phénomène Tisza
À la tête de l’agence de communication digitale Vermis, basée à Budapest, Attila Bánki fait partie de ceux qui veulent chasser le gouvernement actuel du pouvoir: «Ils ont confisqué mon pays», résume-t-il. Il nous confie ouvertement qu’il votera Magyar, mais pas de gaieté de cœur. Un discours qu’on entend très souvent à travers le pays. Comme beaucoup, Attila n’apprécie en effet guère le personnage.

Il faut préciser que Péter Magyar est lui aussi une figure controversée. Après avoir longtemps orbité autour du pouvoir, ce juriste de formation a été marié jusqu’en 2023 à Judit Varga, ancienne ministre de la Justice d’Orbán. Ses démêlés avec son ex-femme, qui l’accuse de manipulation, de chantage et de comportements abusifs, sont bien connus des Hongrois. L’émergence du candidat remonte à 2024 et fait suite à un scandale national. La présidente Katalin Novák accorde alors une grâce à un homme impliqué dans la dissimulation d’abus sexuels sur mineurs, grâce contresignée par Judit Varga. Les deux femmes doivent démissionner. Magyar accuse alors publiquement le gouvernement de corruption et publie l’enregistrement audio d’une conversation avec son ex-femme, ce qui déclenche une énorme attention médiatique.

Les prises de parole de Péter Magyar deviennent alors virales et Tisza monte en puissance, entre manifestations d’envergure à Budapest et scores élevés aux élections européennes. Au point que deux ans plus tard, le candidat et son parti se posent en alternative crédible à Viktor Orbán et au Fidesz. Pourfendeur de la corruption au sommet de l’État pour les uns, personnalité instable ou opportuniste crachant sur le système qui l’a nourri pour les autres, Magyar ne laisse personne indifférent sur le sol hongrois.
En tant qu’expert du digital, Attila Bánki s’interroge même sur son fulgurant succès. Traditionnellement, on pouvait payer Meta pour diffuser de la publicité politique pendant des campagnes électorales. Mais ce n’est plus le cas au sein de l’UE: «Il a donc fallu générer toute cette audience de façon organique. Pour moi, il est impossible que Péter Magyar ait progressé à ce point sans appui extérieur, parti de rien», expose Attila, qui nous parle au passage du député indépendant (et aussi candidat) Ákos Hadházy, lequel enquête sur les affaires de corruption en Hongrie depuis près de quinze ans. «Son programme est assez similaire à celui de Magyar, mais il n’a pourtant pas généré autant de buzz», remarque Attila, qui n’écarte pas l’hypothèse d’un soutien de la NSA ou de l’UE au nouveau phénomène.
Opposition à contrecœur

Quoiqu’il en soit, l’engouement est clair sur le terrain et les mots sont parfois très durs contre le gouvernement en place, en particulier dans les grandes villes, où l’opposition est bien ancrée. À Szeged, la troisième agglomération du pays, nous discutons avec un militant de Tisza devant le stand du candidat local Péter Stumpf. Le jeune homme nous parle du contrôle des médias. On lui montre la couverture satirique de l’hebdomadaire HVG, preuve qu’une opposition médiatique existe, en lui précisant que chacun semble pouvoir s’exprimer librement: «Oui, on peut parler, mais la pression exercée par le pouvoir est plus subtile. On ne nous jette pas en prison, mais on nous écarte de certaines positions. Si je veux enseigner l’informatique à l’université, par exemple, il y a peu de chances que je sois retenu plutôt qu’un membre du Fidesz», nous répond-il.
Même son de cloche à Budapest, où Kinga, libraire à l’Institut français, n’aime pas Magyar mais votera utile, car elle déteste encore plus franchement Orbán et son gouvernement, «qui ont détruit les systèmes éducatif et de santé et qui méprisent la culture, comme tous les gouvernements fascistes». Andre, barman dans un pub proche des halles centrales, déclare qu’il votera également Magyar faute de mieux. Il nous explique qu’il a 22 ans et n’a «connu que des gouvernements d’Orbán». Dans la capitale, nous échangeons aussi avec Gréta, infirmière de 43 ans, qui votera elle aussi Tisza et adresse les reproches souvent entendus au gouvernement actuel: information orientée, marchés publics truqués, oligarchie, utilisation des fonds européens, etc. On lui dit qu’Orbán séduit une partie de la droite en Europe de l’Ouest du fait de son opposition à Ursula von der Leyen et à sa politique migratoire: «Il devrait plutôt envoyer ses remerciements à Bruxelles pour tout l’argent reçu», objecte-t-elle avec ironie.

Mais c’est surtout le scandale dit «de la rue Szőlő», affaire politico-judiciaire récente et largement médiatisée, qui a achevé d’écœurer l’infirmière. Nous parlons d’un centre de redressement pour mineurs de la capitale, où de graves abus auraient été commis pendant des années sans réaction du gouvernement. Bref, il y aura donc ceux qui voteront par adhésion réelle aux idées de Tisza, mais aussi et surtout ceux qui, plus nombreux et exaspérés par les «affaires», le népotisme et la corruption, aspirent à un grand changement.
L’atmosphère n’est cependant pas la même hors des grandes agglomérations tenues par l’opposition. Exemple à Mohács, petite ville de 17'000 habitants située en zone agricole, à quelques kilomètres des frontières croate et serbe. La commune commémore cette année les 500 ans d’une célèbre bataille perdue contre les Ottomans. La municipalité est dirigée par la droite conservatrice depuis plus de 30 ans. Ici, le candidat du Fidesz, János Hargitai, devrait l’emporter. «La ville vote Fidesz aux législatives depuis plus de 15 ans», nous confirme la responsable de la permanence du parti sur place, qui emploie trois personnes. La majeure partie de l’électorat local se compose de retraités et d’employés du secteur agricole plus séduits par l’argument de la stabilité que par le coup de balai. Aux dernières législatives de 2022, Hargitai avait recueilli plus de 60% des suffrages, contre 30% pour une large coalition anti-Fidesz et 8% pour Mi Házank.
De la ville à la campagne

Dans cette même circonscription se situe le célèbre petit village viticole de Villány, où le tenancier d’un bar à vin sourit largement lorsqu’on lui demande pour qui vont voter les nombreux producteurs locaux. «Fidesz», répond-il sans hésitation. On lui demande si l’opposition d’Orbán à la politique de l’UE y est pour quelque chose. «Le reste du monde a reçu énormément d’argent de l’UE», confirme-t-il. Sous-entendu: la Hongrie ne reçoit plus ce qu’elle devrait recevoir, et les fonds européens devraient aller à l’agriculture locale plutôt qu’au financement de la guerre en Ukraine. Un discours qui nous rappelle quelque chose…
«Ce gouvernement est un désastre»
Pour autant, on n’a aucune peine à trouver de futurs électeurs de Tisza dans la circonscription. Et de tous âges. On interroge un retraité qui arrondit ses fins de mois en tenant une petite échoppe aux allures de brocante au cœur du marché couvert de Mohács: «Il faut nous débarrasser de Viktor Orbán. Je voterai pour Péter Magyar», nous souffle-t-il dans un allemand aussi approximatif que le nôtre, en montrant du doigt les boutiques de ses nombreux confrères qui voteront selon lui Fidesz. Dans le lot, il n’en connaît qu’un qui fera comme lui. On lui demande ce qui ne va pas avec Orbán: «C’est simple, absolument rien ne va. Ce gouvernement est un désastre».
Cadre au sein d’une PME du secteur médical, Zoltan, 43 ans, a même adhéré à Tisza et verse chaque mois une petite somme au parti. Il suit Péter Magyar depuis la diffusion, en 2024, d’une vidéo de la chaîne YouTube locale Partizán ayant généré un million de vues en une seule journée, aussi bien séduit par le discours anticorruption du candidat que par ses idées. Il estime que sur un plan économique, il vaut mieux se rapprocher de l'Europe de l’Ouest que de la Russie et de la Chine. Il évoque l’impact local de la corruption en s’appuyant sur le projet du pont de Mohács, en cours de construction. Budget: 300 milliards de forints, soit environ 750 millions d’euros. «C’est une somme astronomique quand on la compare avec celles dépensées pour des ouvrages du même genre. Et encore, le budget augmentera sans doute en cours de route, comme pour tous les projets analogues», explique Zoltan, qui pointe du doigt l’attribution du marché à Duna Aszfalt Zrt., entreprise dirigée par László Szíjj, un proche du pouvoir.
La construction des routes et des raccordements associés à ce pont de 750 mètres devrait faire grimper la facture au-delà du milliard d’euros. À titre de comparaison, le pont croate de Pelješac, long de 2,4 km et ouvert en 2022, n’aurait coûté que 420 millions d’euros. Zoltan nous cite l’autre exemple du tronçon autoroutier voisin de 20 km reliant Bóly à Ivándárda, à la frontière croate, également confié à Duna Aszfalt et qui aurait coûté 12 millions d’euros le kilomètre, contre 9 millions pour chacun des 5 km d’A5 bâtis de l’autre côté de la frontière.
Amélioration du niveau de vie
Entre les partisans de l’un ou l’autre camp, de nombreux électeurs demeurent indécis, ou à tout le moins plus nuancés dans leurs propos. Depuis Mohács, Attila Horváth, la soixantaine, pilote une entreprise d’importation de vélos électriques. Et ne porte pas le gouvernement actuel dans son cœur. Il se dénombre… une vingtaine de procès contre le service des douanes hongrois. Il a notamment importé de bonne foi des vélos de Turquie, mais ceux-ci venaient de Chine. Condamné à d’importants redressements, il ne croit pourtant pas en un «messie» Péter Magyar.
«Ce sera encore pire s’il est élu, à mon avis. La corruption existe aussi bien ici qu’ailleurs. Les gens ont la mémoire courte: ils oublient comment le gouvernement socialiste est tombé en 2010, notamment les jeunes générations. L’opposition se fonde essentiellement sur la critique du gouvernement en place, et sa direction ne me paraît pas claire», analyse-t-il. Il hésite à voter pour Mi Hazánk, tout en confessant que «cela ne servira pas à grand-chose» car il ne sera pas vraiment représenté.
«Ces 15 dernières années, le niveau de vie s’est amélioré»
On lui expose que l’argument de l’augmentation du niveau de vie en Hongrie depuis 20 ans, c’est-à-dire sous l’ère Orbán, ne semble pas beaucoup préoccuper nos interlocuteurs. Pourtant, au gré de nos pérégrinations, nous constatons que l’écart avec un pays comme la France paraît se réduire, que la misère sociale est moins flagrante en Hongrie que par le passé. «Là aussi, les Hongrois ont la mémoire courte. Ils oublient que ces 15 dernières années, le niveau de vie s’est amélioré, sans doute parce que cela s’est fait petit à petit», confirme l’entrepreneur.
Un exemple comme un autre: le smic brut hongrois pour un employé non qualifié a plus que doublé depuis 2019. Il s’établit désormais à 838 euros, avec un pouvoir d’achat supérieur d’environ 30% à la France. Pas forcément de philanthropie gouvernementale derrière tout cela: il s’agit de lutter contre la pénurie de main-d’œuvre dans le pays, où le taux de chômage s’établit autour de 4%. Zoltan, lui, tient cependant à tempérer ce constat: «Oui, notre niveau de vie a progressé dans l’absolu, mais beaucoup moins vite que dans d’autres pays de l’Est comme la Roumanie ou la Pologne, où il était auparavant largement inférieur au nôtre, ce qui est moins évident aujourd’hui».

Des indécis à convaincre
Quoiqu’il en soit, le pays paraît très attractif pour les investisseurs étrangers, notamment grâce aux incitations fiscales du gouvernement. En témoigne le spectaculaire exemple du projet de gigafactory du chinois BYD à Szeged. «Les Chinois sont certes sensibles aux arguments économiques, commente Attila. Mais je travaille avec eux et je peux aussi dire que le facteur culturel compte beaucoup. Ils considèrent la Hongrie comme le pays des Huns, et puis ils utilisent encore la méthode Kodály pour l’apprentissage de la musique. Il y a des éléments de proximité culturelle à ne pas négliger».
Retour en ville, à Pécs, commune étudiante de 140'000 habitants chargée d’histoire et dirigée par Attila Péterffy, indépendant soutenu par une coalition anti-Fidesz. Les affiches des candidats de DK y figurent partout en bonne place aux côtés de celles du candidat Fidesz Attila Cziráki, violemment attaqué sur les réseaux sociaux après avoir publié sa profession de foi. Les affiches de la grande campagne anti-Ukraine sont arrachées ici et là, recouvertes de messages les qualifiant de «fraude électorale» ou même détournées car nos amis hongrois, tels Péter Heindl, ne manquent ni d’humour, ni de créativité.
«La ville vote traditionnellement à gauche, à l’image de Budapest et d’autres centres urbains à la population plus jeune aspirant à toujours plus de liberté», nous confirme Renáta, qui travaille à la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, magnifique site ayant bénéficié d’un rafraîchissement en 2018 et 2019 avec l’appui de l’État. La guide nous tient un discours nuancé sur l’état du pays et semble partager notre avis sur l’évolution du niveau de vie: «Même si ce n’est pas forcément évident à Budapest, il est aujourd’hui assez facile de trouver un travail et de vivre décemment en Hongrie».
Ádám, qui vit dans la capitale et investit dans l’immobilier au Monténégro, résume finalement bien le sentiment des sceptiques. Il nous livre son analyse: «Les pro-Orbán, sans surprise, sont les électeurs sensibles à l’argument de la stabilité, surtout dans le contexte actuel. Et les anti, sans surprise non plus, ne supportent plus la corruption. Je pense qu’au départ, le projet d’Orbán était le bon, à savoir de créer une nouvelle upper class et de mettre fin à la domination de celle formée par les anciens du communisme. Mais l’exécution de ce projet a été mauvaise. Il n’a pas favorisé les meilleurs, mais les fidèles les plus loyaux. C’est ce qui fait que nous ne sommes pas compétitifs et qu’aucune entreprise ne peut réussir sans l’appui du gouvernement».
Un peuple mal compris
Alors, verdict? «Honnêtement, je ne sais pas pour qui je vais voter». Car Ádám considère qu’en face, «il n’y a pas grand-chose d’autre qu’une contestation. On reste dans le flou sur beaucoup de points». Il pense qu’il y a une hypocrisie à critiquer Orbán sur ses liens avec la Russie, la Chine et les États-Unis: «Il est normal d’essayer d’être en bons termes avec toutes les grandes puissances, surtout dans la position de la Hongrie». Enfin, il trouve comme beaucoup que la campagne anti-Zelensky est un scandale dans un contexte électoral. Et se désole aussi de l’autre campagne «anti-Magyar» du «double visage» («Én, a kétarcú»), initiée par le Nemzeti Ellenállás Mozgalom (Mouvement de résistance nationale), organisation proche du camp gouvernemental. Une campagne à la limite de la calomnie qui ne contribue pas vraiment à la qualité du débat électoral, mais qui est censée faire mouche auprès de la clientèle du Fidesz. Preuve que la Hongrie n’échappe pas aux nouvelles tendances de la communication politique…

Mais pour mieux comprendre le pays et le scrutin à venir, il faut surtout saisir les spécificités d’une mentalité hongroise qui nous échappe souvent. Pour Gréta, «les Hongrois savent se réjouir, bien sûr, mais montrent souvent une espèce d’aigreur contenue. On nous explique tout jeune qu’on doit apprendre à souffrir». Renáta, elle, n’hésite pas à qualifier ses compatriotes de fondamentalement «pessimistes». Ce fatalisme ambiant est-il un vestige du passé finalement pas si lointain où dominait l’influence soviétique? Sans doute, mais pas seulement.
«Les Hongrois n’ont pas peur de la mort. Ils ont peur de la défaite», soutient quant à lui Attila Bánki. Car on ne peut nier que, depuis cinq ou six siècles, le peuple magyar est le grand perdant de l’histoire européenne, tour à tour dominé par les Ottomans, les Habsbourg, les alliés des deux guerres mondiales et l'Union soviétique. En 1921, le traité de Trianon a amputé le pays des deux tiers de son territoire. De nombreuses populations de culture hongroise vivent ainsi dans les pays voisins, généralement massées près des frontières. Appelées à voter, elles joueront d’ailleurs un rôle non négligeable dans le scrutin. Où l’on comprend que Viktor Orbán joue aussi sur la corde sensible en s’opposant au financement de la guerre en Ukraine.
À l’arrivée, bien malin qui pourra prédire l’issue de ces élections. Mais les démonstrations de force du Fidesz et de Tisza le 15 mars dernier, pour la fête nationale, laissent supposer que les Hongrois seront mobilisés dans un mois pour aller voter.
















































Merci pour ce reportage qui démontre que rien n'est gagné et que les journalistes grand public prennent encore une fois leurs désirs pour des réalités. Ce reportage est du vrai journalisme comme on en voit quasiment plus. Il ne serait certes pas étonnant qu'après 15 ans de pouvoir du Fidesz, les électeurs choisissent l'alternance. Mais l'alternance n'a pas l'air d'entousiasmer les foules et semble un choix par défaut. Espérons que si cette alternance gagne, elle n'entrainera pas la Hongrie dans la zone Euro par défault. En Croatie voisine, l'entrée dans la zone Euro en 2024 a engendré une inflation d'environ 20%, qui n'a évidemment pas été répercuté sur les salaires, une très mauvaise affaire pour la population. Nous attendons l…