Le 12 avril, la Hongrie vote. Et pour la première fois en quinze ans, Viktor Orbán pourrait perdre. Mais dans les rues de Budapest comme dans les villages viticoles du Sud, rares sont ceux qui votent par conviction. Alors que nos politiques et nos médias de tous bords instrumentalisent la Hongrie pour servir leurs idées et leurs lignes éditoriales, L’Impertinent garde la tête froide et prend la température sur place, pour comprendre ce que les sondages ne disent pas.
De Budapest à Szeged en passant par les coins les plus reculés de Hongrie, se déploie en ce mois de mars une impressionnante forêt de «kampányplakátok» auxquelles nos yeux d’Européens de l’Ouest sont peu habitués. Les affiches électorales sont partout en vertu d’une législation plus permissive que chez nous. Pas un élément de mobilier urbain n’y échappe: lampadaires, colonnes Morris, abribus et panneaux 4 par 3 sont recouverts des visages des candidats des 106 circonscriptions du pays et des leaders des différents partis en lice. Même les troncs d’arbres y ont droit. À ce dispositif s’ajoutent les «standok», ces petits «pupitres» de campagne autour desquels les candidats eux-mêmes, accompagnés de militants, échangent en direct avec la population. Bref, nous sommes très loin de la dictature soviétique souvent décrite sous nos latitudes.
Sans surprise, le Fidesz de Viktor Orbán, très structuré, est le plus omniprésent, notamment dans les nombreuses zones rurales et agricoles qui semblent déjà acquises au parti conservateur. Son slogan, «A bizstos választás» («Le choix sûr»), pose le parti en solution de stabilité dans un environnement géopolitique incertain. Sa campagne se double d’une autre, spectaculaire, contre Volodymyr Zelensky, accusé de bloquer l’approvisionnement du pays en pétrole russe via l’oléoduc Droujba (voir encadré). Au sein d’une société plus divisée que jamais, cette autre campagne sert pour beaucoup la première.