Jean-Pierre Amann a passé quarante-trois ans au service public. Il a voulu comprendre, de l'intérieur, comment travaille un média qui n'a ni publicité ni subvention. Les rôles se sont inversés : cette fois, c'est nous qui répondons.
Il nous a contactés après la votation sur le service public. Il a signé un billet dans nos colonnes, puis il a formulé une demande inattendue : venir voir comment ça marche. Pas pour écrire dessus. Pour comprendre.
Jean-Pierre Amann connaît le métier autrement que nous. Quarante-trois ans à la RTS, une carrière entière dans une institution que beaucoup critiquent aujourd'hui sans y avoir jamais mis les pieds. Il en parle sans amertume et sans complaisance – ce qui est plus rare qu'on ne croit.
Ce n'est donc pas un duel. Ce n'est pas le service public contre la presse indépendante, et vous ne trouverez ici ni règlement de comptes ni procès. C'est une conversation entre deux journalistes que quarante-trois ans séparent, sur le métier, sur la liberté, et sur ce qu'elle coûte.
Nous y parlons de ce qui se passe réellement derrière une enquête : le studio installé dans un garage, les moyens qu'il faut inventer, le temps qu'on prend quand personne ne vous impose de rythme. Nous y parlons aussi de la façon dont on décroche un entretien avec Jeffrey Sachs, Paul Watson ou Noam Chomsky sans carte de presse prestigieuse – au culot, le plus souvent, et parce que ces gens-là répondent volontiers à qui les lit vraiment.
Jean-Pierre Amann, lui, met le doigt sur autre chose : la spontanéité des débuts de la radio, cette liberté de ton qui s'est peu à peu étouffée à mesure que les institutions grandissaient. L'autocensure qui vient sans qu'on la décide. La technocratie qui s'installe. Et cette question qu'il pose sans détour : est-ce qu'un petit média peut garder ce que les grands ont perdu, ou est-ce qu'il le perdra aussi en grandissant ?
Nous n'avons pas retouché les coulisses. Vous verrez les micros qu'on ajuste, les hésitations, le deuxième t-shirt prévu au cas où. C'est notre quotidien, et il n'a rien de spectaculaire.