Phobies: quand l'angoisse gouverne nos vies
- Ariane Bilheran

- il y a 2 jours
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Dans cette série, Ariane Bilheran nous propose une plongée dans les «gros mots» de la psychologie. Premier épisode: ces craintes qui nous viennent du grec ancien
Les phobies en psychologie sont multiples. Du grec ancien φόβος, un nom commun qui signifiait «effroi, crainte, frayeur»… Phobos était aussi un nom propre, qui désignait une divinité invoquée par les guerriers pour conjurer la crainte de partir au combat.
Une phobie est bien davantage qu’une peur banale: elle est une angoisse, parfois bien déraisonnée, qui rend obsessionnelle la personne qui en souffre. Le phobique ne voit plus que cela, ne pense plus qu’à sa crainte, la rumine sans cesse et modifie sa vie jusqu’à des conduites d’évitement bien dommageables dans son quotidien.
Prenons l’exemple de l’agoraphobie (crainte de la foule): pour éviter de se retrouver mêlé à une quelconque foule, l’individu évitera les concerts, les spectacles, les rassemblements populaires, le marché, etc., en vertu d’une anticipation maladive. On connaît la xénophobie (crainte de l’étranger), qui se mue rapidement en haine, au point d’avoir été à l’origine de guerres civiles.
Pour certaines phobies, il existe des métiers interdits: si vous êtes arithmophobe (crainte des chiffres), il vaut mieux éviter les mathématiques ou la comptabilité ! Il en est de même si vous êtes bactériophobe (crainte des bactéries), bacillophobe (crainte des bacilles) ou microbiophobe (crainte des microbes): fuyez à tout prix les études d’infirmier ou de médecin! Ne devenez surtout pas acteur si vous êtes blemmophobe (crainte du regard d’autrui), ni ventriloque si vous êtes borbophobe (crainte des gargouillements), ni même éboueur, si vous êtes bromophobe (crainte de la puanteur), et surtout pas coiffeur si vous êtes capillophobe (crainte des cheveux)!
Le comble pour un pompier serait d’être pyrophobe (crainte du feu), pour un alpiniste, d’être acrophobe (crainte des hauteurs), pour un sportif, d’être diapnophobe (crainte de transpirer) et pour un dentiste, d’être stomatophobe (crainte du dentiste). Parmi les fumeurs repentis, certains deviennent particulièrement intolérants à la cigarette et pourraient à ce titre développer une tabacophobie (crainte du tabac).
La phobie nous empêche de vivre normalement. Souvent lié à un traumatisme originel non identifié, l’angoisse est déplacée sur un objet qui en devient le support projectif. Aussi, il n’est pas rare de voir des phobies traitées en thérapie de manière comportementale resurgir sous d’autres biais. Au départ, le patient était aérodromophobe (crainte des avions) mais, à force de séances, il est parvenu à voyager en avion, alors l’angoisse s’est déplacée sur un autre objet, et la personne est devenue coïmetrophobe (crainte des cimetières), la rendant allergique à tout enterrement.
Aussi, si vous êtes éreutophobe (crainte de rougir en public), vous ne prendrez que très rarement la parole en public, et seulement si vous y êtes contraint! Et que dire des phobies engendrées par les orientations politiques elles-mêmes et leur propagande médiatique, comme la virophobie (crainte des virus) ou encore la vaccinophobie (crainte des vaccins)?
À force d’examiner toutes ces phobies, nous pourrions bien devenir nous-mêmes phobophobes (crainte d’avoir peur), voire pire, pantophobes (crainte de tout)! Dans ce cas-là, autant rester chez soi… On pourra toujours faire le ménage dans sa maison, à moins d’être devenu rypophobe (crainte de la saleté), surtout qu’une telle activité nous exposerait à rencontrer une araignée collée au plafond, cause probable de syncope, si l’on est arachnophobe (crainte des araignées)! Rester chez soi risque en outre de causer d’autres problèmes, pour les claustrophobes (crainte de l’enfermement)… En conséquence, il vaudra mieux essayer de sortir un peu, au risque de déclencher une phobie sociale (crainte des gens), largement amplifiée si par malheur on devenait, de surcroît, anthrophobe (crainte de l’homme).
Un dernier conseil: évitez de prendre une quelconque décision un vendredi 13, si vous êtes atteint de paraskevidékatriaphobie (crainte du vendredi 13)!




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