Pascal Wagner-Egger est chercheur en psychologie sociale à l'Université de Fribourg. Depuis la crise Covid, il est «l’expert en complotisme» préféré des médias, jusqu’à être invité à tenir sa propre chronique dans un journal de boulevard romand. Pour L’Impertinent, il a accepté de livrer sa vision de la situation exceptionnelle que nous avons vécue, loin des analyses que nous avons l'habitude de publier. Mais ça tombe bien, puisque c'est précisément ce à quoi servent la liberté d'expression, l'ouverture au dialogue et le pluralisme des idées.
© David Marchon
Amèle Debey, pour L’Impertinent: Comment en êtes-vous arrivé à devenir spécialiste en complotisme?
Pascal Wagner-Egger: Par hasard, comme souvent dans la recherche. Je me suis toujours intéressé aux croyances diverses et variées et au raisonnement logique, scientifique ou rationnel, et j'avais participé en 2004 à une étude sur les croyances à propos des effets de la pleine lune sur l’être humain. Ce sont d'anciennes croyances toujours actuelles, même s'il n'y a pas de preuve scientifique. Il y a des effets du cycle lunaire sur les animaux, sur la croûte terrestre ou l’attraction gravitationnelle de la lune sur les marées et la croûte terrestre, mais rien de prouvé sur les êtres humains. Dans le cadre de cette recherche, je suis tombé par hasard sur la théorie du complot de la mission Apollo, que j'ai tout de suite trouvée assez fascinante.
En psychologie, on s'intéresse à qui croit plus ou moins, et pourquoi l’on croit à certaines choses, on ne prend pas position sur les croyances dans nos études, on peut les étudier sans déterminer si elles sont vraies ou fausses, car ce n'est pas le problème. Avec les croyances conspirationnistes, c'est différent, puisque ces croyances ont un impact fort sur la société, nous donnons donc dans ce cas aussi notre avis sur notre perception de leur plausibilité.