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Article rédigé par :

Amèle Debey

Gaza, Iran, malheurs du monde: un maître bouddhiste répond à notre impuissance

Dernière mise à jour : il y a 4 jours

Comment ne pas sombrer quand le monde brûle? C'est la question que nous ont posée nos lecteurs, submergés par les images de Gaza et du conflit en Iran. Comment faire face au sentiment d'impuissance qui accompagne les soubresauts mortifères d'un monde qu'on voit mieux que jamais, mais qu'on ne comprend plus? Pour répondre à ces questions, nous avons gravi le Mont-Pèlerin, où Gonsar Rinpoché dirige depuis près de quarante ans l'un des plus grands monastères bouddhistes tibétains d'Europe occidentale. Sa réponse n'a rien d'une fuite: c'est une invitation à regarder la réalité autrement.


Perché à 820 mètres d'altitude sur les hauts de Vevey, Rabten Choeling – le Centre des hautes études tibétaines du Mont-Pèlerin – est l'un des monastères bouddhistes tibétains les plus importants d'Europe occidentale. Fondé en 1977 par Guéshé Rabten Rinpoché, il accueille moines, nonnes et étudiants laïcs tibétains et occidentaux, et a reçu le dalaï-lama à quatre reprises entre 1979 et 1988.



Depuis le décès de son fondateur en 1986, le centre est dirigé par son plus proche disciple, Gonsar Rinpoché, maître reconnu de la tradition Gelugpa, dont l'enseignement rayonne aujourd'hui sur une douzaine de communautés en Europe. Nous lui avons demandé comment faire face à l'horreur de l'actualité, sans perdre sa raison... et son humanité.


Après notre interview, Gonsar Rinpoché a tenu à nous transmettre une parole du Bouddha. La voici: «S'il y a beaucoup de gagnants, il y a aussi beaucoup de défaites. Celles-ci sont toujours les causes de la souffrance. C'est pourquoi, par le fait d'abandonner le gain ou la perte, ou le fait de gagner ou de perdre, on peut ainsi obtenir la paix de la libération et expérimenter la paix de la liberté.»



Le bouddhisme: religion, philosophie, ou les deux?


Le bouddhisme occupe une place singulière parmi les grandes traditions spirituelles. Souvent présenté en Occident comme une philosophie plutôt que comme une religion – notamment depuis sa réception au XIXᵉ siècle, où des figures comme les théosophes l'ont délibérément reconstruit comme une «religion de la raison» pour le rendre acceptable à un public positiviste –, il est en réalité bien plus complexe que cette étiquette ne le laisse entendre.


Car le bouddhisme historique est indéniablement une religion au sens fonctionnel du terme: il possède un clergé, des monastères, une eschatologie, une sotériologie, un culte des reliques, un panthéon de déités et une cosmologie à plusieurs niveaux de réalité. Le fait qu'il ne repose sur aucun dieu créateur et n'exige aucune foi en une révélation divine ne le disqualifie pas comme religion: le nonthéisme n'est pas l'absence de religieux.


Ce que le Bouddha a néanmoins transmis, c'est aussi une méthode: une analyse rigoureuse de la souffrance humaine, de ses causes et des moyens de s'en libérer. La pratique bouddhiste repose sur l'observation de sa propre expérience, le développement de la conscience, de la compassion et de la sagesse – non par obéissance aveugle à un dogme, mais par compréhension progressive. En ce sens, le Bouddha invitait ses disciples à tester ses enseignements par l'expérience personnelle, une démarche qui n'exclut pas la dimension religieuse, mais la double d'une exigence proprement philosophique.


Quelques photos du monastère, prises lors d'une retraite spirituelle, en 2011. © A.D

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