Affaire Lyhanna: «Ça fait des décennies qu'on vous alerte sur l’absence de protection des enfants contre les prédateurs!»
- Invité de la rédaction

- il y a 7 heures
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L'insupportable affaire Lyhanna, cette enfant de onze ans dont le sort bouleverse la France, a réveillé une colère citoyenne aussitôt réprimée. Pour Laurence Beneux, qui enquête depuis près de trente ans sur la pédocriminalité, les responsables politiques et judiciaires qui s'indignent aujourd'hui sont les mêmes qui n'ont rien fait depuis des décennies. Des «priorités» vidées de leur sens aux classements sans suite massifs, son réquisitoire est sans appel: à un certain niveau de pouvoir, même la lâcheté peut tuer.

Ce texte est signé Laurence Beneux, journaliste d'investigation spécialisée dans les enquêtes concernant la pédocriminalité depuis trente ans.
«C’est pas ma faute à moi!» chantonnent tous les responsables politiques et judiciaires français aux manettes depuis parfois des décennies, face à l’insupportable tragédie de Lyhanna, tandis que le sort de cette enfant de onze ans bouleverse le pays et que la colère citoyenne monte. Une colère promptement réprimée. Pour ça, il y a des moyens! J’ai appris avec stupeur que la chorégraphe et réalisatrice Andréa Bescond, auteure du spectacle et film Les chatouilles, ancienne victime d’un pédocriminel, a été mise en garde à vue pour sa participation à une manifestation de protestation devant le ministère de la Justice.
«Le temps où nos rapports servent à caler des étagères est terminé. Nous devons agir, le Parlement y est prêt», ose la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, qui a refusé une commission d’enquête parlementaire sur le traitement judiciaire de l’affaire Epstein. Et d'enchaîner: «J’ai décidé, à la position qui est la mienne, de saisir le Conseil d’État sur la proposition de loi intégrale (…). Nous ne nous tairons plus». Tout juste si elle ne se pose pas en victime d’avoir été bâillonnée.
(Re)lire notre interview de Laurence Beneux: «L'éducation sexuelle? Les pédocriminels en rêvaient, l'école l'a fait!»
Soulignons qu’une «loi-cadre intégrale» contre les violences sexuelles est appelée de ses vœux par une coalition de plus de 130 associations féministes, de défense des droits des enfants et de syndicats depuis 2024.
L’actuel garde des Sceaux et ancien ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, déplore que forces de l’ordre et magistrats n’aient pas compris qu’un viol sur enfant est une «urgence absolue» et promet, avant le 14 juillet, un état des lieux parfaitement inapplicable en l’état.
Tandis que le président de la République Emmanuel Macron concède qu’il y a eu «des dysfonctionnements manifestes» mais déclare en Conseil des ministres que l’on «ne répond pas à un drame par des cris» et que «la précipitation et la démagogie sont des réponses qui ne sont pas à la hauteur»!
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Et toute cette bande de responsables mais pas coupables oublie qu’elle n’a pas bougé le petit doigt quand, en 2021, Éric Dupont-Moretti, alors garde des Sceaux, a demandé aux parquets «d’épurer leurs stocks» en classant massivement les affaires qui dormaient depuis des années. Le même Dupont-Moretti qui, quand il était avocat, n’a pas hésité à parler de «relation incestueuse heureuse», travestissant ainsi l’emprise et la coercition mentale en histoire d’amour.
Alors c’est bien gentil de montrer du doigt la procureure d’Auch, qui a certes probablement fauté dans cette désolante affaire, tout comme des forces de l’ordre débordées, qui, rappelons-le, obéissent aux consignes. Mais il faudrait peut-être arrêter les injonctions contradictoires et l'accumulation des «priorités» tellement nombreuses que le mot en perd son sens.
«Si, monsieur Macron, il faut crier! Il faut hurler même»
De toute façon, après les gilets jaunes, la crise du Covid, celle des agriculteurs ou la mise en garde à vue d’une militante comme Andréa Bescond (qui dénonce les turpitudes des uns et des autres sur un compte Instagram que j’invite tout le monde à suivre), on a bien compris que la priorité est de réprimer la France des honnêtes gens pour contrôler les «gaulois réfractaires» qui ont voté «non» au référendum de 2005 sur le traité établissant une Constitution européenne.
Tous les candidats aux élections présidentielles de 2027 y vont de leurs commentaires et de leurs propositions de réforme, sur fond de «avec moi, ça ne se passera plus comme ça, il n’y aura plus de Lyhanna». Et ce alors que la quasi-totalité a été au pouvoir à un moment ou un autre, ou a fait partie d’un groupe d’opposition suffisamment important pour se faire entendre, et n'a strictement rien fait pour changer les choses en profondeur.
J’ai conclu ainsi l'introduction de mon dernier livre, Pédocriminalité, l’hypocrisie française:«Après presque 30 ans d’enquête, un quart de siècle après mon premier ouvrage sur le sujet, Le livre de la honte, les réseaux pédophiles[1], j’accuse le pouvoir français de négligence, d’indifférence, de faute lourde, de mensonge et même parfois de sadisme, concernant la protection des enfants contre les prédateurs sexuels. Vous tous qui brâmez votre indignation et parlez de «grande cause» quand un scandale pédocriminel éclate, puis ne faites rien d’utile ou, pire, enfumez les citoyens pour pouvoir faire reculer la protection des gosses, vous êtes a minima des hypocrites. Quand vous n’êtes pas des complices.»
Je réitère et j’ajoute que je ne me demande pas si Gérald Darmanin devrait démissionner. J’affirme que vous tous qui êtes aux responsabilités, sans d’ailleurs avoir de majorité, devriez tous démissionner! Si vous aviez un peu d’honneur, ce serait déjà fait. Le gouvernement, le président de la République, les présidents de l’Assemblée et du Sénat qui ne représentent plus des citoyens excédés et suivent l’agenda de leurs ambitions. Tous ces gens devraient démissionner de leur fonction. Quant à tous les autres, qui ont exercé le pouvoir à un moment ou un autre, vous êtes nés avant la honte pour oser vous présenter!
Ça fait des décennies que vous êtes alertés sur l’absence de protection des enfants contre les prédateurs et que vous vous en foutez, bande d’hypocrites ou de lâches! Vous êtes juste bons à tenter d’instrumentaliser cette cause pour tenter de rogner un peu plus les libertés publiques et faire taire les critiques avec une «identité numérique» (alors que des institutions sont hackées une fois par semaine) et un contrôle des moyens d’expression, dangereux pour la démocratie et parfaitement indigents pour protéger nos enfants.
«Des Lyhanna ou des Rosa, j’en ai vu beaucoup en presque 30 ans de carrière»
Et je dis à tous les gens qui me lisent et qui, comme moi, pleurent de tristesse et de rage en apprenant ce qu'ont subi Lyhanna, Rosa et leurs familles: ne donnez plus jamais la légitimité de vos voix à tous ces politiciens qui s’engraissent sur votre dos depuis des décennies et n’entendent vos priorités – dont ils se fichent – que lorsque vous commencez à crier! Parce que si, monsieur Macron, il faut crier! Il faut hurler même afin que la clameur devienne si forte que vous ne pourrez plus l’ignorer.
Je dis à vous qui me faites l’honneur de me lire qu’absolument tout est à changer. Plus rien ne fonctionne. Les institutions sont noyautées, largement vérolées. On dispose de votre argent sans vous demander votre avis ou en ne le suivant pas. Et pendant ce temps, des enfants sont martyrisés parfois jusqu'à la mort.
Je peux vous l'affirmer: des Lyhanna ou des Rosa, j’en ai vu beaucoup en presque 30 ans de carrière. Filles ou garçons, ils sont des centaines de milliers dont l’innocence a été fauchée, pendant des décennies, dans un silence assourdissant, et qui laissent des familles traumatisées, désespérées et trop souvent endeuillées. Je sais qu’on vous l’a largement caché, mais les «responsables mais jamais coupables», eux, savaient.
Ils savaient que seulement 1% des viols font l’objet d’une condamnation; que les classements sans suite sont légion après des enquêtes inexistantes ou bâclées. Ils savaient que le phénomène de la pédocriminalité est massif et que le nombre de victimes donne le vertige. Ils savaient qu’on embauchait n’importe qui dans le périscolaire et qu’il y avait de nombreux enfants victimes. Ils savaient qu’on retirait la garde de leurs enfants à de nombreux parents qui portaient plainte. Ils savaient que la France fait l’objet de vives critiques de la part de hauts rapporteurs aux droits à l’ONU en la matière. Ils savaient que l’impunité des criminels est extrêmement dangereuse pour la sécurité publique.
«Partout dans le monde, on viole, on torture et on tue des enfants en toute impunité»
Ils inversaient en conscience les responsabilités en prétendant que c'étaient les lanceurs d’alerte qui portaient atteinte à l’ordre public et non les crimes dénoncés, en les traitant de fous «complotistes». Et quel responsable politique a dénoncé le fait que Brigitte Macron aurait dû être poursuivie, a minima, pour corruption de mineur? Que le message d’impunité et l’exemple envoyés du sommet de l’État étaient d’autant plus désastreux que le couple avait largement encouragé la médiatisation romancée de leur histoire?
Ces centaines de milliers d'enfants, ce sont les nôtres, vous comprenez? Il faut être bien conscient que, partout dans le monde, y compris en France, on viole, on torture et on tue des enfants en toute impunité. Alors, il est vraiment temps de demander des comptes pour les martyrs de l'indifférence – voire de la complicité politique et institutionnelle – et que les culpabilités soient enfin pointées. À un certain niveau de pouvoir, la lâcheté peut tuer!
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