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Écoutes, chantage et lobbying: la manipulation israélienne de la Maison-Blanche ne date pas d'hier

Quels moyens de pression Netanyahu a-t-il sur Trump pour le pousser à renier ses promesses de campagne en déclenchant une guerre au Moyen-Orient? La méthode est documentée depuis longtemps: Clinton sous chantage, Obama espionné, Bush embarqué dans une guerre façonnée depuis Tel-Aviv. Depuis des décennies, les relations entre Washington et Israël ne ressemblent pas à celles d'une alliance entre égaux. Ce sont celles d'un État qui a systématiquement cherché à contrôler, influencer et parfois faire chanter le pays qui le finance.

israël et maison blanche
© Canva

Dans une enquête signée par Maggie Haberman et Jonathan Swan, deux des journalistes les mieux introduits à la Maison-Blanche, le New York Times reconstitue la réunion qui a scellé le sort de l'Iran et de milliers de civils libanais.


Le 11 février, Benjamin Netanyahu se présente à la Maison-Blanche pour un exposé confidentiel devant Trump et un cercle restreint de hauts responsables. Sur les écrans apparaissent le directeur du Mossad David Barnea et plusieurs officiers supérieurs israéliens. Netanyahu plaide pour une offensive conjointe: l'Iran est vulnérable militairement et intérieurement, son programme balistique peut être neutralisé en quelques semaines, et le détroit d'Ormuz restera ouvert.

Pour appuyer son propos, il diffuse un montage vidéo des futurs dirigeants potentiels d'un Iran post-régime – dont Reza Pahlavi, fils exilé du dernier Shah. La réponse de Trump est immédiate: «Sounds good to me.» Les responsables israéliens l'ont considérée comme une approbation de fait.


Le lendemain, les agences de renseignement américaines tempèrent l'enthousiasme. Le directeur de la CIA John Ratcliffe juge les scénarios de changement de régime «farfelus». Le secrétaire d'État Marco Rubio est plus direct, les qualifiant de «foutaises». Le général Dan Caine avertit Trump que la surenchère israélienne dans les évaluations stratégiques est, selon lui, une pratique habituelle.


Aucun n'oppose de veto. L'ordre d'opération, baptisé «Operation Epic Fury», sera signé à bord d'Air Force One, 22 minutes avant la deadline imposée par ses propres généraux. Le message: «No aborts. Good luck.» La guerre commence le 28 février 2026.


Puis vient le cessez-le-feu, le 8 avril. Le même jour, Netanyahu décide unilatéralement qu'il ne s'applique pas au Liban. Ce jour-là, l'armée israélienne mène 100 frappes en 10 minutes sur Beyrouth et d'autres régions du pays, sans avertissement, faisant plus de 300 morts et 1150 blessés. Netanyahu décide de la guerre. Netanyahu décide de qui est exclu du cessez-le-feu.


Ce schéma n'est pas nouveau.


L'affaire Clinton-Lewinsky: le chantage de Wye River (1998)


En 1987, Jonathan Pollard, analyste de la marine américaine, est condamné à la prison à vie pour avoir transmis 800 documents classifiés à Israël. Pendant des décennies, sa libération devient une obsession nationale israélienne et une exigence constante dans chaque négociation avec Washington.


ehud barak, bill clinton, yasser arafat
Bill Clinton en compagnie du Premier ministre israélien Ehud Barak et du dirigeant palestinien Yasser Arafat lors des pourparlers de paix. © Wikipédia

C'est dans ce contexte qu'en octobre 1998, Bill Clinton convoque Israël et l'Autorité palestinienne à la plantation de Wye River, dans le Maryland, pour relancer le processus de paix. Netanyahu saisit l'occasion pour exercer une pression d'un genre nouveau.


Selon le livre Clinton Inc. de Daniel Halper, s'appuyant sur des entretiens avec d'anciens responsables américains, les Israéliens présents à Wye River avaient enregistré des conversations intimes entre Clinton et Monica Lewinsky et en avaient informé le président. Sans menacer directement, la simple mention des enregistrements constituait une forme de chantage: Clinton, visiblement ébranlé, sembla prêt à céder sur Pollard.


Clinton envisagea effectivement la libération et en parla au directeur de la CIA George Tenet, qui menaça de démissionner si le pardon était accordé. Clinton recula. Pollard ne sera libéré qu'en 2015, après trente ans de pression diplomatique ininterrompue.


Bush, l'Irak et le document «Clean Break»


La guerre d'Irak de 2003 fut préparée intellectuellement bien avant le 11 septembre. En 1996, un groupe de néoconservateurs américains proches d'Israël – dont Richard Perle, Douglas Feith et David Wurmser – rédigea un document stratégique intitulé A Clean Break: A New Strategy for Securing the Realm (Une rupture nette: une nouvelle stratégie pour assurer la sécurité du royaume), commandé par le gouvernement Netanyahu nouvellement élu. Il préconisait explicitement le renversement de Saddam Hussein comme étape vers la recomposition du Moyen-Orient dans un sens favorable à Israël.


Sept ans plus tard, ces mêmes figures occupaient des postes clés dans l'administration Bush. Ils jouèrent un rôle central dans la fabrication du renseignement justifiant l'invasion – renseignement qui s'avéra en grande partie fabriqué. Le responsable antiterrorisme de l'administration Bush, Richard Clarke, démissionna en dénonçant publiquement la déformation des informations des services de renseignement.


Obama espionné par son propre allié (2015)


En décembre 2015, le Wall Street Journal révèle une situation ubuesque qui résume à elle seule la nature réelle de la «relation spéciale» israélo-américaine: les deux alliés s'espionnaient mutuellement.


netanyahu et obama
Une nouvelle poignée de main entre Obama et Netanyahu, qui souligne leur alliance souvent tendue mais toujours vivante. © jta.org

Du côté américain, la NSA surveillait Netanyahu pour comprendre comment Israël cherchait à torpiller l'accord nucléaire avec l'Iran – négocié dans le dos de Tel-Aviv. Ce faisant, elle capta des conversations surprenantes: Israël avait divulgué des informations confidentielles sur les négociations américano-iraniennes – obtenues via ses propres opérations d'espionnage contre Washington – pour les transmettre à des groupes juifs américains et à des membres du Congrès, en leur coordonnant des éléments de langage contre l'accord, et en demandant aux élus indécis ce qu'il faudrait pour obtenir leur vote.


En résumé: Israël espionnait les négociations secrètes de son allié américain, en fuitait le contenu au Congrès, et orchestrait depuis l'intérieur du système une campagne pour contrer la politique étrangère de la Maison-Blanche.


Gaza: Netanyahu contourne Biden (2023-2025)


L'enquête du New York Times du 11 juillet 2025, fruit de 110 entretiens avec des responsables américains, israéliens et arabes, documente avec une précision inédite comment Netanyahu a systématiquement neutralisé la pression américaine tout en utilisant Washington comme levier de sa propre survie politique.


Face à Biden, la méthode est celle de l'obstruction patiente. Netanyahu refuse de planifier l'après-guerre, sachant que toute discussion sur la gouvernance palestinienne ferait tomber sa coalition. Il multiplie les promesses privées qu'il ne tient pas – acceptant en mai 2024 un cadre de cessez-le-feu qu'il saborde en juillet en introduisant six nouvelles conditions, dont certaines déjà rejetées par Hamas. Lorsque les Américains lui présentent des sondages montrant que plus de 50% des Israéliens soutiennent un accord sur les otages, il répond simplement: «Pas 50% de mes électeurs.» Biden raccroche au nez de Netanyahu en décembre 2023. Il lui dit «arrête de me raconter des conneries» en août 2024. Il continue pourtant de lui livrer des armes jusqu'à la fin de sa présidence.


Ce que tout cela dit


Ces affaires ne relèvent pas du complot. Elles sont documentées par le New York Times, le Wall Street Journal, des témoignages sous serment, des livres s'appuyant sur des sources officielles américaines. Elles décrivent un État qui a systématiquement utilisé la pression, l'espionnage et le lobbying institutionnel pour orienter la politique étrangère de la première puissance mondiale.


À l'aune des révélations sur l'affaire Epstein, que Melania Trump a bizarrement remises sur le devant de la scène en cette fin de semaine, on peut légitimement se demander si Israël utilise à nouveau des moyens de pression pour influencer le président américain. Et, si c'est le cas, quels sont-ils?

3 commentaires


Les moyens de pression d'Israël sur les USA sont toujours les mêmes.


Probablement des informations compromettantes sur des responsables politiques, comme les enregistrements des conversations salaces entre Clinton et Lewinski. Il y en a sûrement d'autres (Jeffrey Epstein...).


Il y a bien-sûr l'ascendant de Netanyahou sur Trump, facile à manipuler par l'intermédiaire de son ego surdimensionné. L'entourage juif de Trump également, dont son beau-fils Jared.


L'activité des lobbies pro israéliens comme l'AIPAC (American Israel Public Affairs Committee). Aucun président n'est élu contre sa volonté aux USA.


Au niveau religieux, l'instrumentalisation des Evangéliques américains (25% des électeurs) par les lobbies pro israéliens qui ont réussi à les convaincre que d'apporter un soutien inconditionnel à la politique d'Israël ferait revenir le Messie…


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Voilà du lourd, merci l'Impertinent !


Bill Clinton menacé par l'existence d'enregistrements de conversations salaces avec Monika Lewinski, le Mossad ayant piraté 4 lignes téléphoniques de la Maison blanche.


La guerre contre l'Irak préparée dès 1966 par des "néoconservateurs proches d'Israël" qui occupèrent ensuite des poste clé au gouvernemnt US qui décida de la guerre en 2003.


Obama espionné par le Mossad alors que Netanyahou était lui-même sous écoutes de la NSA. Ce qui dévoila qu'Israël fuitait des informations à des groupes de juifs américains et à des membres du Congrès afin d'influencer la politique américaine.


Guerre de Gaza: Netanyahou refusait de planifier l'après-guerre, ne tenait pas ses promesses faites à Biden en privé, saborda l'accord de cesser-le-feu de mai…


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oui, quels sont les moyens de pression d'aujourd'hui ? ce serait intéressant de creuser cela. merci de l'article.

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