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Article rédigé par :

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Cisjordanie: dans la tête des «Jeunes des Collines»

Mouvement né à la fin des années 1990, les «Jeunes des Collines» rassemble aujourd’hui des centaines d'Israéliens, dont de nombreux mineurs. Leur communication numérique, soigneusement entretenue sur Telegram et WhatsApp, raconte l’avancée des constructions de leurs «avant-postes» et vante un idéal pastoral mâtiné de citations religieuses. Elle documente aussi, en creux, des dizaines d'exactions mensuelles contre les Palestiniens – incendies, violences, destructions – présentées avec une prudente distanciation rhétorique. Immersion au cœur d'un mouvement que Netanyahou qualifie de «poignée d'extrémistes», qui bénéficie du soutien des héritiers du kahanisme, l’une des branches les plus radicales du sionisme religieux.

jeunes des collines
Les Jeunes des Collines partagent leur quotidien sur des boucles de messagerie internet, véritables vitrines de communication. © DR

Quelques jours après l’envoi d’une demande d’interview sur un compte Telegram comprenant 75 membres, une personne répond en message privé. Poli(e), «Ashkenaz» suggère de «parler à Boaz des Jeunes des Collines», en passant par un certain «Moshe» dont elle/il donne le numéro de téléphone, et qu’il faut contacter sur la messagerie WhatsApp. «Il lui rend souvent visite et connaît bien la Judée-Samarie (nom biblique de la Cisjordanie, ndlr)», affirme en hébreu cette personne anonyme, assurément de nationalité israélienne. «Certains utilisent de petits téléphones portables casher (sans internet, ni applications, considérés comme utilisables selon certains rabbins). Présentez-vous et dites ce que vous voulez», enjoint l’inconnu(e).


Une semaine plus tard, «Moshe» répond ne pas pouvoir nous aider. Et de refus à refus, nous finissons par perdre espoir d'obtenir une véritable entrevue. Malgré cet échec, une incursion dans les communications numériques de ce groupe est riche d’enseignements:  visiblement dépendants de dons en provenance d’Israël, auxquels ils font constamment référence, les Jeunes des Collines partagent des éléments de leur vie quotidienne, de leurs croyances, et passent beaucoup de temps à se justifier par leur foi religieuse. D’après leurs publications, ces dons leur permettent d’acheter toutes sortes de matériels: de quoi recouvrir de béton le sol de leurs habitations précaires, des cloisons en préfabriqué, du bois taillé en scierie, divers outils de bricolage et destinés à l’élevage, de la nourriture, etc.


Qui sont les Jeunes des Collines?

 

Les spécialistes situent la naissance du mouvement à la fin des années 90. Le 15 novembre 1998, dans une déclaration destinée à contrecarrer les pourparlers de paix, Ariel Sharon, alors ministre de la Défense, exhorte les jeunes colons à «s’emparer des collines». Leur nombre, leur visibilité et leur radicalité se sont renforcés à partir de 2005, après le retrait d’Israël de la bande de Gaza. Ils seraient aujourd’hui des centaines à être engagés, dont de nombreux mineurs, dans l’établissement de campements illégaux et à mener des exactions contre les Palestiniens. Selon Perle Nicolle-Hasid, chercheuse à l’université hébraïque de Jérusalem, et interviewée par Le Monde en juin dernier, les Jeunes des collines sont «une mouvance incarnée par la deuxième génération née sur les collines, qui s’affirme à travers des actes spectaculaires.» Telle une excroissance ou mutation anarchiste du colonialisme israélien.

 

Elisha Yered, membre éminent du mouvement, en résume la mentalité et la morale.

Dans la confusion qui règne en Cisjordanie – territoire occupé par Israël depuis 1967 –, les Jeunes des Collines doivent être dissociés des initiatives coloniales approuvées par l'État israélien: dans un article paru en octobre 2024, le journal Haaretz affirme que Tel-Aviv «finance» directement une soixantaine de fermes apparues depuis 2017, à hauteur de centaines de milliers de shekels chacune. D’après le quotidien, ces structures bénéficient également de donations du Fonds national juif (organisme créé en 1901 pour l’achat de terres en Palestine, alors province de l’empire ottoman): «sa principale contribution étant axée sur des projets destinés aux jeunes en difficulté dans les fermes et les ranchs», explique Haaretz.

 

Selon un décompte de l’ONG israélienne Peace Now effectué en 2026, un total de 300 avant-postes ont été érigés depuis 1996, dont «trente-trois ont été légalisés (douze en tant que colonies indépendantes et les autres en tant que «quartiers» de colonies existantes); au moins quarante-huit autres sont en cours de légalisation (projets en cours et/ou résolution gouvernementale)», détaille l’ONG. «Le phénomène des avant-postes a débuté principalement sous le gouvernement de Netanyahu en 1996 et a été stoppé en 2005. En 2012, son gouvernement a recommencé à établir des avant-postes illégaux», accuse l’organisation.


«Il avait été arrêté par le Shin Bet dans le cadre de la guerre menée par l'État d'Israël contre le peuple d'Israël»

 

Ainsi, ces «Jeunes des Collines», toujours vêtus de sweat-shirts à capuches, ne constituent pas le véritable fer de lance de la colonisation en Cisjordanie: leurs campements sont régulièrement détruits, il n’existe pas d’information affirmant que certains de leurs avant-postes ont, dans le passé, été légalisés et les plus radicaux font de fréquents séjours en prison. Parmi les exemples récents, le 16 mars dernier, ils partageaient sur Telegram une courte vidéo de la sortie de centre de rétention d’un de leurs camarades, accompagnée de ce texte, qui souligne leur aversion envers l’exécutif israélien: «Gloire à Dieu! Après une semaine passée dans les sous-sols du Shin Bet (agence de sécurité intérieure israélienne) sans pouvoir voir un avocat, Sinai P., le héros, a été libéré. Il avait été arrêté par le Shin Bet dans le cadre de la guerre menée par l'État d'Israël contre le peuple d'Israël et contre (Dieu). Les prisonniers de Sion seront libérés!» Les membres des Jeunes des collines arrêtés par les forces de l’ordre israéliennes, ou blessés lors de heurts, sont fréquemment présentés comme des héros, avec leurs photos et leurs noms.

 

Assez similaires à ceux créés par les générations de colons qui les ont précédés, les avant-postes construits par les Jeunes des Collines prennent la forme de cabanes de bois et de tôles, parfois d'une simple tente, souvent perchés en hauteur. Certains peuvent être très élaborés et aménagés d’un mobilier complet. Véritables lieux de squats où les jeunes mangent, dorment, boivent des bières, s’adonnent autant au bricolage qu’à l’élevage de chèvres, et affirment passer beaucoup de temps à étudier la Torah. Dans leurs communications quotidiennes sur les réseaux, ils célèbrent cette vie en communauté, multiplient les citations religieuses. La beauté des couchers de soleil sur les collines, les bienfaits de la vie de berger sont constamment mis en avant.



Dans une vidéo partagée le 21 mai dernier, un petit groupe se montre en train de faire joyeusement la cuisine (viande hachée à la poêle, des légumes mijotent dans une casserole) à l’intérieur d’une pièce aux parois en contreplaqué et sommairement aménagée: «Dans la vidéo vous pouvez voir les gars de Givat Kol Mevaser (le nom de l’avant-poste) coiffés de toques de chef, en plein marathon culinaire (…) Parce que c’est comme ça quand on est à la montagne. Un jour on est berger et veilleur de nuit, le lendemain on prépare le repas pour les fêtes et Shabbat. PS: Vous êtes les bienvenus pour organiser un cours de cuisine à base de lait».


«Face à l’occupation palestinienne, la sainteté de la Torah demeure»

Le même jour, accompagné d’une photo de livres traitant de religion rangés sur une table en plastique, avec en fond les collines de Cisjordanie un message en dit long sur leur vision des rôles entre occupants et occupés: «Face à l’occupation palestinienne, la sainteté de la Torah demeure. Sur la colline "Ora Yisrael", au cœur du Wafi Rachelim, point stratégique dominant l'université Salfit, symbole de la grande cité de la zone A, tout est prêt pour la fête de Chavouot, le temps du don de la Torah. Les livres saints pour l’étude nocturne sont disposés sur la table, la maison est propre et rangée pour la fête, tout est pur comme la neige pour accueillir la Torah à nouveau».

 

L’envers de cette vitrine de communication très lisse n’apparaît que de façon sporadique, mais est largement documentée par ceux qu’ils appellent des «activistes d’extrême-gauche»: des Israéliens, militants pour la défense des Palestiniens, parfois accompagnés de personnes d’autres nationalités, et qui partagent quotidiennement sur internet des vidéos des violences exercées sur les civils, et auxquelles ces Jeunes des Collines participent activement.

 

Sur certaines boucles internet, quelques compte-rendus d’exactions sont présentés: incendies, dégradations de bâtiments et de véhicules, violences sur des civils palestiniens, vols de troupeaux, mais toujours présentés avec ce genre de tournure de phrase: «Des arabes racontent que… ».  Ainsi, le 11 mars dernier, sur le profil Telegram d’un internaute qui se présente comme «un enfant de la montagne», une courte vidéo était partagée montrant une habitation en flammes à la tombée de la nuit et une silhouette tentant d’éteindre l’incendie avec un jet d’eau. Assurément copiée depuis un autre réseau social, la vidéo a été assortie d’un dessin représentant un ninja cagoulé et armé d’une épée. «Des arabes (les Palestiniens sont toujours désignés par le mot «arabes», ndlr) rapportent que des Juifs ont incendié une maison et une voiture à Masafer Yatta» écrit l’auteur du post. (Masafer Yatta est une localité palestinienne située près d’Hébron, particulièrement ciblée par les colons et connue pour être le lieu de tournage du documentaire oscarisé No Other Land).

 

De façon récurrente, les Jeunes des Collines font circuler des vidéos capturées par des
Palestiniens, sur lesquelles ils apposent le dessin de ce ninja masqué.

Un premier commentaire vient condamner, toujours en hébreu, cet acte, par une citation tirée d’un article de presse israélien: «Un acte immoral». Le rabbin de Samarie, Elyakim Levanon, lance un appel au calme: «Toute atteinte aux biens, et plus encore à la vie d'une personne, juive ou non, est un acte immoral qui porte atteinte à l'âme de la Terre Sainte», soutient cet internaute, qui ne semble pas faire partie des Jeunes des Collines.

 

Ce à quoi une autre personne répond: «Si vous connaissiez un tant soit peu la Torah, vous sauriez qu'il existe des commandements plus ou moins importants. Un seul commandement vous est explicitement autorisé: celui de coloniser le pays. Les sages affirment que ce commandement équivaut à tous les autres commandements de la Torah!», écrit celui dont la photo de profil représente le dessin d’un temple construit sur l’esplanade des mosquées, à Jérusalem: le fameux troisième temple dont l’érection, selon les messianiques, est censée hâter la venue du Messie et annoncer une ère nouvelle de paix.

 

La même tournure de phrase, visant à créer une distanciation avec l’événement, accompagne une vidéo tournée en novembre dernier, et montrant des voitures en flammes. «D'autres Arabes du village de Jaba rapportent que des Juifs ont incendié plusieurs véhicules et maisons. Pour nous rejoindre, cliquez ici: Hill Youth sur Telegram». Qui a commis cet acte? S’ils en sont les auteurs, ils ne le revendiquent pas sur internet.

 

Fait rare: le 18 février dernier, un bilan mensuel de leurs exactions était publié sur une boucle Telegram. Un événement suffisamment exceptionnel pour que l’Agence France-Presse produise une dépêche à ce sujet, reprise par plusieurs médias. Le texte se présente ainsi:

 

«Résumé mensuel de la lutte contre l'ennemi arabe en Terre Sainte au mois de Chevat (à cheval entre janvier et février):

 

Liste des villages attaqués et nombre d'attaques:

 

Yatta (7), Douma (5), Mukhmous (5), Jeba (3), Aqraba (3), Sa'ir (3), Kutsara (3), Al Mu'ayr (2), Samua (2), Beit Lid, Urif, Hébron, Atara, Atsira, Beit Fajr, Turmusaya, Qadum, Deir Istia, Ras al-Ain, Wadi al-Hajj, Burin, Tel al-Samadi, Taiba, Ramon, Al-Dik, Ein Samiya, Al-Manya, Susiya, Tamun, Talfit, Kafr Malik, Sur Bakr, Imtin, Usarin.

 

  • Nombre de véhicules incendiés: 29


  •  Nombre de maisons incendiées: 12


  • Nombre de blessés arabes: 40


  • Nombre de véhicules endommagés: 10


  • Nombre de chars (véhicules de l’armée, Ndlr) incendiés: 4


  • Une mosquée a été incendiée


  • De plus, des centaines de fenêtres ont été brisées


  • Des centaines d'oliviers (appartenant à des Palestiniens, ndlr) ont été abattus


  • Des dizaines de pneus ont été crevés»

 

Les Jeunes des Collines revendiquent ici avoir blessé quarante civils palestiniens en l’espace d’un mois et attaqué des véhicules de l’armée israélienne.

 

Parmi les exactions quotidiennes commises par les colons, il est difficile de déterminer lesquelles ont été perpétrées spécifiquement par des membres du mouvement. Ces informations sont révélées au compte-gouttes, soit de l’aveu des autorités, soit suite à des enquêtes de médias locaux. En décembre 2025, à la suite de l’agression d’une femme et de ses deux enfants dans sa voiture à Jaffa, les enquêteurs ont établi que les suspects, qui ont avoué avoir aspergé le véhicule de gaz-poivre, proféré des menaces et des injures, étaient affiliés aux Jeunes des Collines et interdits de séjour en Cisjordanie.


En juin 2025, des jeunes identifiés comme membres du groupe par l’armée israélienne ont attaqué un poste de police et une base militaire régionale, après l’interpellation de cinq d’entre eux, suspectés d’avoir participé à l'assaut mené contre le village de Kafr Malik, situé à 30 km au nord de Ramallah.

 

S’ils sont avares d’informations sur leurs propres agissements, ces jeunes sont très prolixes en ce qui concerne les récurrentes opérations d’évacuation opérées par l’armée israélienne ou des allégations d’attaques menées par des Palestiniens.

 

Le 28 février, ce message était posté sur Telegram: «Depuis ce matin, une série d'attaques arabes contre des fermes et des collines de Judée-Samarie et une incitation grave à la violence sur les réseaux arabes font plusieurs blessés parmi les Juifs. Ces dernières heures, les appels se sont multipliés sur les réseaux arabes à profiter du relâchement des forces de sécurité suite à la guerre en Iran pour attaquer les zones de peuplement en Judée-Samarie.

 

Ces appels, qui incitaient explicitement à incendier les avant-postes et à attaquer les colons, ont déjà provoqué une série d'incidents dans les champs, au cours desquels trois Juifs ont été blessés.

 

Pour l'instant, il semble que les attaques visent principalement les bergers et consistent en des embuscades préméditées contre les patrouilles de sécurité dans les zones de pâturage. Dans certains endroits, des militants anarchistes d'extrême gauche (des militants qui viennent tenter de protéger les Palestiniens et leurs biens, ndlr) ont également été aperçus aux côtés des Arabes.

 

  • Près du hameau de Havat Ma'on, dans les monts Hébron, un patrouilleur d'une ferme voisine a été attaqué dans les pâturages par des Arabes masqués qui lui ont tendu une embuscade en bord de route et lui ont jeté des pierres. Des habitants appelés sur les lieux ont également été pris à partie. L'un d'eux a été blessé. Un habitant a riposté en tirant (avec une arme à feu, ndlr) et a réussi à repousser les agresseurs. Un Arabe a été légèrement blessé à la main.


  • Près de Havat Tomer, dans l'est du Gush Etzion, des habitants patrouillant les pâturages ont été attaqués par des Arabes du village d'Alemania qui leur ont jeté des pierres. L'un d'eux a été blessé à la tête par une pierre. Un des agresseurs a été arrêté.


  • Près du hameau d'Esh Kodesh, à Binyamin, des habitants d'un hameau voisin patrouillant les pâturages ont été attaqués par environ cinq Arabes masqués. L'un d'eux a été transporté à l'hôpital avec une main cassée après avoir été blessé lors de l'attaque.


  • Près du village de Rimonim, dans la province de Binyamin, des Arabes du village de Taibe ont volé un cheval à la ferme Sela Rimon. L'animal a été retrouvé caché dans une maison du village et restitué à son propriétaire par l'armée israélienne.» (Ces allégations n’ont pas pu être vérifiées)

 

Les messages critiquant l’exécutif israélien sont également nombreux: les Jeunes des Collines accusent fréquemment le premier ministre Netanyahou et ses acolytes de ne pas être assez fermes avec les Palestiniens. Mais la majorité des plaintes se concentre sur les évacuations et destructions de leurs «avant-postes».

 

«D'importantes forces de la police des frontières et de l'administration civile, accompagnées d'engins lourds, ont mené un raid sur Givat Beit Anut, dans les collines d'Hébron, cette nuit vers 1 heure du matin, près du carrefour de la rocade, et y ont perpétré des destructions massives», détaille un message posté en mars dernier. «Les maisons ont été détruites par un bulldozer, de même que la bergerie, qui a été évacuée avec ses agneaux en pleine nuit (…) De nombreux autres équipements ont été endommagés lors des destructions. La destruction de Beit Anut ce soir s'ajoute à trois autres évacuations survenues dans la colonie en milieu de semaine, dont la destruction de la synagogue construite à la mémoire de Nachman Mordoff sur Givat Or Nachman à Binyamin.» Le tout accompagné de photos des destructions et de courtes vidéos.


Un maillon de la chaîne

 

Plus de vingt ans après la naissance du mouvement, quel bilan humain tirer de leurs exactions? Sur la question du nombre de morts, les décomptes existants ne distinguent pas les meurtres perpétrés par les colons et ceux imputables aux Jeunes des Collines. D’après Human Rights Watch, 6 Palestiniens ont été tués par des colons en 2026; 9 en 2025. Selon l’ONU, depuis le 7 octobre, 35 Israéliens ont été tués en Cisjordanie par des Palestiniens et plus d’un millier de Palestiniens de Cisjordanie ont été tués par l’armée israélienne.



De la même façon, l’ONG israélienne Yesh Din Volunteers n’a pas opéré de distinction parmi les centaines d’attaques de colons menées entre 2005 et 2025 sur lesquelles elle a enquêté. D’après son analyse, «93,6% des dossiers d'enquête concernant les crimes à motivation idéologique commis par des Israéliens contre des Palestiniens en Cisjordanie (violences des colons) ouverts par la police israélienne depuis 2005 n'ont pas abouti à une mise en examen», affirme l’ONG. «L'analyse des dossiers d'enquête ouverts pour des infractions commises par des Israéliens contre des Palestiniens révèle que l’enquête de police a échoué dans 82% de ces affaires. Depuis 2005, seulement 3% des dossiers d'enquête ouverts pour des crimes à motivation idéologique commis contre des Palestiniens ont abouti à des condamnations, totales ou partielles», soutient l’organisation.

 

Concernant spécifiquement les Jeunes des Collines, une affaire reste emblématique: l’attaque du village de Douma, le 31 juillet 2015. En pleine nuit, une attaque incendiaire a provoqué la mort d’un nourrisson de 18 mois et de ses parents. Le seul survivant a été leur fils de 4 ans. Les autorités israéliennes ont attribué ces meurtres à Amiram Ben-Ouliel, un colon juif extrémiste issu de la mouvance des «Jeunes des Collines». En 2020, il a été condamné à trois peines de prison à perpétuité. Deux de ses complices, dont un mineur au moment des faits, ont été condamnés à des peines légères.


Encouragés par des rabbins de la mouvance kahaniste

 

S’ils ne reconnaissent pas l’autorité de l'État d’Israël, les Jeunes des Collines sont très influencés et encouragés par des rabbins issus de courants d’extrême droite, le plus souvent colons eux-mêmes. Chacune de leurs visites ou communications fait l’objet de messages enthousiastes.

 

Daté du 14 mai dernier, un message détaille un rituel hebdomadaire en leur compagnie. Des photos montrent des jeunes écoutant des hommes plus âgés, assis dans des cabanes confortablement aménagées. Chaque jeudi, des kollels (instituts d’études religieuses) d’étude de la Torah en groupe sont organisés sur différentes collines. De nombreux rabbins y donnent des cours sur divers sujets liés à la vie communautaire.


rabbins
Les «kollels» avec des rabbins.

«Sur la colline de Tzur Harel, qui compte une dizaine de familles, le rabbin Shai Daum a donné un cours préparatoire à Chavouot, la fête de Matan Torah. Sur la colline de Shirat Zion, le rabbin Uri Zucker a donné un cours sur la paracha (partie de la Torah à lire chaque semaine) de la semaine, et une responsa (réponse à une question posée à un rabbin) a même été présentée concernant l'observance du Shabbat dans les collines.

 

L'engagement dans la vie communautaire doit être associé à l'étude de la Torah et à des moments de partage.»

 

rabbins
Les Jeunes des Collines sont très influencés et encouragés par des rabbins issus de courants d’extrême droite.

Quels sont les autres enseignements dispensés par ces rabbins de Cisjordanie? Le 18 mai dernier, ils partageaient sur une boucle WhatsApp une vidéo enregistrée par un homme d’une soixantaine d’années, porteur d’une très longue barbe blanche: «Message encourageant du rabbin Menachem Ben Shahar aux pionniers des collines et aux rédempteurs de la terre», annonce le message.

 

«À tous les jeunes gens et familles justes qui s'installent en Terre sainte», commence l’homme, la Torah appelle la Terre d'Israël "la Terre de votre possession". Vous devez la conserver de toutes vos forces. Ne vous laissez pas intimider par les campagnes de destruction, persévérez avec amour, détermination et patience.» Le rabbin ajoute: «Voyez la colonie de Homesh (colonie démantelée en 2005 sur ordre d’Ariel Sharon puis réinvestie ces dernières années, ndlr). Combien d'évacuations a-t-elle subies? Des centaines de démolitions! Et aujourd'hui, la foi triomphe.»


«Les responsables des conseils ont été les premiers à s'élever contre les violences infligées aux colons»

 

Fin 2025, dans une autre vidéo, un autre rabbin envoyait un message de soutien aux Jeunes des Collines. «Le rabbin Avraham Yitzhak Schwartz, rabbin de Kiryat Arba, a pris la parole suite à l'évacuation qui a eu lieu ce soir sur la colline de Tzur Misgavbi et a critiqué la décision de procéder à des destructions dans le campement», explique le message qui accompagne le fichier vidéo. «Cette situation est intolérable, et les responsables des conseils ont été les premiers à s'élever contre les violences infligées aux colons», affirme le rabbin, face caméra.

 

Meir Kahane
Meir Kahane.

De nombreux rabbins de Cisjordanie sont issus de la mouvance dite «kahaniste», du nom de Meir Kahane, rabbin et homme politique, dont les partis Kach et Kahane Chai ont été classés organisations terroristes par Israël et les États-Unis. Connu pour son racisme et son extrémisme, il a été assassiné à New York en 1990.

 

Les Jeunes des collines semblent assumer cet héritage: le 2 mars, sur cette boucle Telegram comprenant 75 membres, ils partageaient une photo d’un personnage bien connu en Israël: celle de Barouch Goldstein, lui-même kahaniste et auteur d’une tuerie sans précédent dans un sanctuaire palestinien. Le message le glorifie ainsi: «Barouch Goldstein, médecin et guerrier juif, pénétra dans la grotte des Patriarches la nuit de Pourim et abattit 29 terroristes d'Hébron qui projetaient de massacrer les Juifs de la ville. Il fut assassiné par les terroristes alors qu'il tenait une arme à la main.


Barouch Goldstein
Barouch Goldstein

 

Un Juif qui souffrait et qui ne resta pas silencieux.

 

Un Juif qui perçut la menace et ne l'ignora pas.

 

Un Juif juste et pieux qui donna sa vie pour le peuple d'Israël.

 

Un Juif dont l'acte a façonné la notion de vengeance jusqu'à nos jours.»

 


Né à Brooklyn, cet Américano-Israélien qui continue à être vénéré dans les milieux extrémistes religieux était membre de la Jewish Defense League fondée par Meir Kahane, et figurait sur la liste du parti Kach pour les élections de la Knesset en 1984. Le 25 février 1994, il a tué 29 Palestiniens en prière dans une mosquée et blessé 125 autres avec une arme automatique avant d’être tué par les survivants. Cette attaque terroriste, perpétrée le 25 février 1994, porte le nom de massacre d’Hébron.

 

L’année d’après, le 4 novembre 1995, le premier ministre Yithzak Rabin était assassiné à Tel-Aviv. Son meurtrier, Yigal Amir, a expliqué lors de l’enquête avoir pris la décision de passer à l’acte lors des funérailles de Barouch Goldstein.

 

Fréquemment, des messages de soutien apparaissent dans les conversations. Tel celui d’un homme qui se présente comme un ancien officier de l’armée israélienne, plus âgé que les Jeunes des collines, et qui semble en colère contre l’activisme d’organisations «de gauche», c’est-à-dire qui protègent les Palestiniens. Le message a été publié début mai: «J'ai récemment vu toutes sortes d'organisations de gauche appeler à l'aide pour les Bédouins (terme politisé pour désigner des Palestiniens qui, si certains descendent effectivement de tribus nomades, sont majoritairement sédentarisés, ndlr) du nord de la vallée du Jourdain, face aux agissements des jeunes des collines de la région.


«Il n'y a pas d'innocents dans une zone aussi cruciale pour la sécurité d'Israël!»

Ce que je vais vous écrire, peu d'Israéliens le savent, et pourtant, ils tombent sans cesse dans le piège de la duplicité dont nos ennemis sont passés maîtres. En 2008, j'étais commandant dans le secteur nord de la vallée, de Nahal Bezeq à Jiftalek. Les Bédouins, ceux-là mêmes qui se plaignent aujourd'hui avec le soutien de la gauche et des médias locaux, étaient pris la main dans le sac, impliqués dans presque toutes les affaires criminelles et sécuritaires considérées comme une menace pour la sécurité nationale. (…) Presque tous les Bédouins que nous fouillions suite à leurs allées et venues suspectes étaient en possession de jumelles de Tsahal, de munitions tombées lors d'entraînements, et même d'un talkie-walkie (non loin du bunker de la vallée qui avait été pris d'assaut à l'époque sans suspects...). Une fois, après un entraînement (…) deux mitrailleuses ont disparu d'un véhicule blindé de Tsahal. (…) Sachez que ce ne sont là que quelques exemples de mon court séjour dans ce secteur. Il n'y a pas d'innocents dans une zone aussi cruciale pour la sécurité d'Israël!»

 

Les soutiens politiques sont plus rares. En novembre dernier, les Jeunes des Collines applaudissaient la venue d’Amit Halevi, député du Likoud, le parti de Netanyahou, suite à l’évacuation d’un avant-poste.  Suprémaciste affiché, Amit Halevi s’est illustré à plusieurs reprises par des sorties qui le situent sans ambiguïté à l’extrême droite. Telle celle-ci: «Il n’y a qu’un seul type de Palestiniens: ceux qui soutiennent l’éducation nazie du Hamas et ceux qui servent de boucliers humains. On peut et on doit bombarder les deux» (dans un post Facebook de décembre 2024, repris par la presse nationale).


Amit Halevi
Amit Halevi

Dans leur message, les Jeunes des Collines saluent «le seul député à avoir défendu les droits des pionniers! Le député Amit Halevi a fait le déplacement jusqu'à Givat Or Avraham tard dans la nuit, s'est entretenu avec les habitants et a écouté leurs récits de la situation sur la colline et leurs inquiétudes concernant l'évacuation. Il a immédiatement exprimé son soutien indéfectible à la colline et aux pionniers. Voilà ce qu'il faut faire!»

 

Le mouvement des Jeunes des Collines n’a jamais fait l’objet d’une interdiction d’activité. En novembre 2025, le Premier ministre Netanyahou se contentait de dénoncer les agissements d’une «poignée d’extrémistes», alors que les violences s’étaient largement intensifiées. Régulièrement, la presse israélienne fait état de mises en garde à vue, d’assignations à résidence et d'interdictions de se rendre en Cisjordanie. Toujours au cas par cas.

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L’Impertinent est un média indépendant parce que la presse libre ne peut survivre sans une presse libre et indépendante, affranchie des logiques économiques, politiques et industrielles qui fragilisent aujourd’hui l’indépendance des médias. À l’heure de la concentration des médias, du contrôle des médias et d’une censure parfois invisible mais bien réelle, nous revendiquons un journalisme indépendant fondé sur le journalisme d’investigation, la presse d’investigation et des enquêtes journalistiques exigeantes. Nous travaillons pour produire une information libre, utile, contextualisée, destinée à éclairer l’opinion publique et à renforcer la qualité du débat public. Nos éditoriaux, notre éditorial et notre ligne éditoriale assument un esprit critique sans concession, dans le respect du secret des sources, de la transparence et de la liberté de la presse. Porté par des journalistes d’investigation et des reporters, L’Impertinent s’inscrit dans la presse alternative et les médias alternatifs, convaincu que le quatrième pouvoir et le pouvoir de la presse sont essentiels à la compréhension de l’information politique, à la défense du pluralisme de l’information et à la préservation de la pluralité des médias, face aux limites croissantes des médias traditionnels et à la censure médiatique sur l'investigation et le reportage. Seuls les médias indépendants peuvent être garants d'une presse indépendante, de l'indépendance de la presse et de l'indépendance des médias. Il en va de la liberté des médias.

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