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Fauci, les fausses couches, et le consentement à géométrie variable

Amèle Debey · 16 août 2026 · 13 min de lecture

En trois ans, Anthony Fauci est passé du statut d'oracle sanitaire de l'Amérique à celui d'homme à abattre. Une énième publication de ses messages privés, le 10 août, contient un échange sur un risque de fausse couche posé par le vaccin anti-Covid, que l'intéressé n'a jamais formulé publiquement. Mais, comme nous allons vous l'expliquer, ce qui rend l'affaire intéressante est ailleurs. Et, pour une fois, cela se joue aussi en Suisse, où une décision du 14 septembre 2021 a changé la donne. Enquête.

anthony fauci
© DR

Tandis que les autorités européennes – Suisses comprises – ne semblent pas disposées à rouvrir le dossier Covid, la colère monte aux États-Unis, où certains aimeraient bien clouer les responsables de cette gigantesque débâcle au pilori. Le principal visé? Anthony Fauci, immunologue américain, directeur de l'Institut national des allergies et maladies infectieuses, de 1984 à 2022. C'est lui qui a piloté la stratégie américaine durant la crise sanitaire et cela a fini par lui monter à la tête, comme en témoigne son journal plus très intime.


fauci chronologie

L'intérêt autour du rôle d'Anthony Fauci dans cet épisode ne date pas d'hier. En 2021, des journalistes du Washington Post accèdent à ses e-mails (voir encadré). En janvier 2025, la grâce présidentielle préventive qu'il accepte à quelques jours du départ de Joe Biden éveille les soupçons sur sa gestion de cette affaire. Mais c'est en été 2026 que la situation se dégrade sérieusement pour Fauci, avec la publication de son journal intime, puis de ses SMS, à un mois d'intervalle.


Le 5 août 2026, le Department of Health and Human Services remet à une commission du Sénat le téléphone de fonction de Fauci. L'appareil contient plus de 34'000 messages écrits et 522 messages vocaux. Le 10 août, les sénateurs républicains Ron Johnson et Rand Paul en publient une première série.


Dans ces échanges, l'un en particulier a fait l'effet d'une bombe. Dans une chaîne de messages datée des 25 et 26 janvier 2021, Anthony Fauci, Rochelle Walensky, alors directrice des Centers for Disease Control and Prevention, et Vivek Murthy, futur Surgeon General, discutent du moment opportun pour vacciner les femmes enceintes contre le Covid.


Fauci écrit alors: «Étant donné que de nombreuses personnes présentent une tempête cytokinique importante et de la fièvre après la deuxième dose, cela pourrait théoriquement être associé à une fausse couche au premier trimestre.» Le 3 février 2021, soit huit jours plus tard, Anthony Fauci déclarait publiquement qu'aucun drapeau rouge n'avait été identifié concernant les femmes enceintes.


Un vaccin déclenche une réaction immunitaire. Cette réaction peut provoquer un état fébrile. Et la fièvre, en début de grossesse, est surveillée: le fœtus ne régule pas sa propre température, celle de la mère devient la sienne. La littérature s'intéresse depuis longtemps à ce point, avec des résultats nuancés. Ce mécanisme n'a donc rien de propre au vaccin Covid. Il vaut, en théorie, pour à peu près toute vaccination. Or, la tempête cytokinique n'est pas la fièvre banale, et la réactogénicité (capacité d'un vaccin à provoquer des réactions indésirables) après la seconde dose d'ARN messager est plus marquée que celle des vaccins de routine. Mais la question n'est pas seulement celle de la causalité. C'est celle de l'information délivrée aux femmes concernées.


Une communication qui n'avait rien de scientifique


Les messages du 10 août ne sont pas la première pièce du dossier. Fin juillet, le sénateur Rand Paul avait publié 1141 pages du journal tenu par Anthony Fauci de décembre 2019 à décembre 2022. La presse francophone en a retenu la vanité de l'auteur et sa fascination pour sa propre notoriété. Le contenu, lui, n'a guère été exploité.



fauci

Deux entrées documentent la manière dont se décidait, à Washington, ce que le public entendrait. Le 2 septembre 2021, sous un intertitre intitulé «Réflexion importante sur le contrôle du message», Fauci explique que la décision d'ouvrir les doses de rappel à huit mois n'avait aucun fondement biologique ou clinique. Elle était purement logistique: ayant compris fin juillet qu'un rappel serait nécessaire et ne pouvant démarrer avant septembre, on tombait mécaniquement à huit mois des premières injections de janvier. Or, écrit-il, le coordinateur de la réponse à la Maison-Blanche, Jeff Zients, insistait pour affirmer publiquement que c'était la science qui dictait ce délai. Ce qui, note Fauci, «n'est simplement pas vrai». Le motif réel était d'éviter de paraître se contredire en passant plus tard de huit mois à six. Fauci qualifie cela de fixation inutile sur le message et ajoute qu'il aurait, lui, dit la vérité: «Il n'y a rien de mal à cela.» Une contrainte de calendrier est donc présentée à la population comme une donnée scientifique, par celui qui pilote la réponse sanitaire.


Le 18 novembre 2021, Zients lui transmet un message de Ron Klain, chef de cabinet de la Maison-Blanche. Klain le félicite pour sa communication, mais s'inquiète qu'il ait pu annoncer un hiver difficile. Fauci répond qu'il était parfaitement véridique, une vague commençant effectivement. Puis il généralise: lorsqu'on délivre un message de santé publique, une administration craint toujours qu'une inquiétude exprimée n'entre en contradiction avec le message qu'elle veut faire passer. Il précise que ce travers était poussé à l'extrême sous l'administration précédente, mais qu'il traverse toutes les administrations, y compris celles qu'il juge excellentes.


Six jours après la déclaration publique de Fauci, le 9 février 2021, les régulateurs du médicament réunis au sein de la Coalition internationale des autorités de régulation tenaient un atelier consacré à la grossesse et à l'allaitement, coprésidé par la FDA, l'agence britannique et l'Agence européenne des médicaments, en présence d'experts de l'Organisation mondiale de la santé et de la Commission européenne. Le compte rendu est public. La directrice exécutive de l'EMA y pose le problème: les femmes enceintes ont été exclues des essais cliniques, il n'existe aucune donnée pour la plupart de ces vaccins, et pourtant beaucoup d'entre elles sont ou seront vaccinées. Certaines avant même de savoir qu'elles sont enceintes.


Le compte rendu ajoute que cette exclusion reflète le fait que l'expérience acquise avec d'autres vaccins administrés aux femmes enceintes, celui contre la grippe étant cité nommément, n'avait pas été prise en compte. Évoquant la souplesse laissée à certains pays de faire décider les soignants au cas par cas, les participants la jugent bienvenue, mais ajoutent: la question essentielle demeure que les professionnels de santé n'ont pas les données pour prendre une telle décision. Aucun alignement international n'existait alors: Israël vaccinait les femmes enceintes à tous les trimestres, un pays au moins ne les vaccinait pas du tout.


anthony fauci
Le message en question.

À cette date, en Suisse, un gynécologue conduisait un entretien d'information, en consignait la durée, et cosignait avec sa patiente un formulaire attestant qu'elle avait été informée des avantages et des inconvénients.


Ce que la Suisse exigeait alors


Au printemps 2021, la Suisse était plus prudente que les États-Unis

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Fauci, les fausses couches, et le consentement à géométrie variable

En trois ans, Anthony Fauci est passé du statut d'oracle sanitaire de l'Amérique à celui d'homme à abattre. Une énième publication de ses messages privés, le 10 août, contient un échange sur un risque de fausse couche posé par le vaccin anti-Covid, que l'intéressé n'a jamais formulé publiquement. Mais, comme nous allons vous l'expliquer, ce qui rend l'affaire intéressante est ailleurs. Et, pour une fois, cela se joue aussi en Suisse, où une décision du 14 septembre 2021 a changé la donne. Enquête.

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