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Article rédigé par :

Abdoulaye Penda Ndiaye

Y a-t-il un pilote (en bonne santé mentale) dans l’avion?

L’état mental des pilotes d’avion est un sujet qui préoccupe de plus en plus les autorités politiques, aéronautiques ainsi que les compagnies aériennes depuis le crash de Germanwings en 2015. Des professionnels de l’aviation pointent du doigt des lacunes dans la détection et la prise en charge des problèmes.

pilotes
© Canva

Entre les horaires irréguliers, les décalages horaires, la lourde responsabilité de devoir assurer la sécurité de plusieurs centaines de personnes du décollage à l’atterrissage, les pilotes d’avion sont soumis à une énorme pression. Et comme l’a prouvé le crash volontaire d’un avion de Germanwings, il y a dix ans, leur santé mentale est un sujet d’une importance capitale. Aujourd’hui, même si cet aspect pendant longtemps négligé dans l’industrie aéronautique est beaucoup plus pris au sérieux, la dépression n’est pas facilement détectable. Surtout que, de peur de perdre son emploi, le pilote concerné par des épisodes dépressifs peut facilement cacher son véritable état à la compagnie aérienne qui l’emploie.


Sous couvert d’anonymat, un pilote suisse révèle avoir été confronté à cette problématique.


«Il y a une dizaine d’années, je devais voler avec un collègue qui était en procédure de divorce avec la mère de ses enfants. Il n’était pas bien. Lors du briefing d’avant vol, j’ai senti qu’il était alcoolisé. J’ai hésité le dénoncer mais je ne voulais pas lui faire perdre son job. Finalement, j’ai préféré me faire porter pâle. Avec le recul, je reconnais que ma lâcheté a mis en danger la vie de centaines de personnes», a-t-il admis.


encadré

Contacté par L’Impertinent, Raoul*, un ancien commandant de bord romand ayant au compteur près de 17'000 vols et plus de 25'000 heures dans le ciel, signale un autre problème lui paraissant sous-estimé: la compatibilité entre pilotes. «J’ai travaillé pour une compagnie asiatique qui avait fait appel à des experts de la NASA pour évaluer les pilotes ainsi que leurs aptitudes à travailler en équipe. Quand ils ont rendu leur rapport, la compagnie a viré immédiatement plus de dix pilotes en leur payant tous leurs droits. Un logiciel a été installé pour éviter que des pilotes «incompatibles» partagent le même vol.» Selon lui, des engueulades entre pilotes comme l’altercation survenue en juin 2022 dans le cockpit d'un A320 d’’Air France lors d'un vol Genève-Paris, ne sont «pas si rares qu’on le croit».


Aujourd’hui, dans le but d’anticiper d’éventuels problèmes dans le cockpit, une nouvelle règle prévaut dans les standards mondiaux: il faut impérativement deux pilotes à bord voire trois pour les vols long-courriers. De sorte que dès qu’un pilote se retrouve en «incapacité» de voler, son co-pilote peut reprendre le contrôle de l’avion. Dans un tel cas, l’avion est en situation d’urgence. Le pilote suppléant doit alors faire atterrir l’appareil sur le lieu approprié le plus proche. 


En Suisse aussi, la santé mentale préoccupe les autorités. En 2021, dans une interpellation parlementaire, le conseiller national Matthias Samuel Jauslin (ex-PLR devenu vert’libéral) s’inquiétait notamment du «flou» de certaines questions du formulaire intitulé Mental Health Mini, établi par l'Association européenne de psychologie aéronautique à la demande de l'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA). Cette procédure vise à faire une première évaluation de la santé mentale des pilotes. «Le fait que l'on puisse répondre «ne sait pas» à toutes les questions montre à quel point le questionnaire est peu élaboré», avait alerté l’élu. Il s’était également montré dubitatif à propos de cette méthode. «Est-ce que des questions aussi peu différenciées et des possibilités de réponses aussi limitées permettent de détecter les troubles psychiques dangereux?» Dans sa réponse, le Conseil fédéral a rappelé que plusieurs pays européens avaient recours à cette méthodologie depuis 2019 et que celle-ci a été adoptée par la Suisse en 2021, après évaluation des expériences réalisées à l'étranger. «On ne saurait, sur la base du questionnaire, prédire avec certitude l'évolution psychique d'un pilote, ni anticiper des intentions dangereuses», a prudemment ajouté le CF.

5 commentaires


antoine.acker
21 avr. 2025

Un suicide en 10 ans sur des millions de vols. C’est un non-sujet. Pilote est un travail stressant et difficile comme beaucoup d’autres.

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antoine.acker
21 avr. 2025
En réponse à

40 millions par année, 400 millions depuis l’incident. Il y a plus d’accidents liés à la mécanique que liés aux pilotes dépressifs .

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suzette.s
13 avr. 2025

Remarquable réaction d'Amèle Debey et du journaliste auteur du papier, c'est une vraie recherche d'information. Je me réjouis d'un éventuel papier de M. Chassot.

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chassot
13 avr. 2025

Cet article traite d'un sujet important et intéressant, hélas fort mal : il confond plusieurs problèmes distincts, santé mentale du personnel navigant et facteurs humains (CRM), notamment.


Les approximations qu'on y relève sont par ailleurs nombreuses : les problèmes sanitaires évoqués ne sont probablement pas ou peu liés aux conditions de travail de la branche, mais plutôt le reflet de la prévalence de ces maladies dans la population générale ; le fonctionnement en équipage multipilote est loin d'être une "règle nouvelle", dans les opérations commerciales, et répond essentiellement à la charge de travail qu'implique le pilotage d'aéronefs complexes.


Il manque par ailleurs toute analyse des ressorts spécifiques du problème : la "loi du silence", par peur de perdre son emploi,…


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Amèle Debey
Amèle Debey
13 avr. 2025
En réponse à

Bonjour Monsieur et merci pour cette critique constructive! Le journaliste auteur du papier va vous contacter :)

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