Pour justifier l'absence de toute coopération d'armement avec l'Ukraine, armasuisse invoque le droit de la neutralité. La même règle ne s'applique visiblement pas à Israël: le 14 avril 2026, une délégation suisse rencontrait des représentants israéliens à Chypre pour évoquer l'acquisition d'un nouveau système de défense sol-air. Un déplacement organisé en pays tiers «pour des raisons de sécurité», précise l'agence fédérale à L'Impertinent, à deux mois d'une votation appelée à inscrire la neutralité dans la Constitution.
Il ne s'agit plus seulement des drones Elbit. Le 14 avril 2026, une délégation suisse a rencontré des représentants israéliens «en lien avec une possible acquisition d'un système de défense sol-air supplémentaire de plus grande portée». Le lieu de la rencontre n'était ni Berne, ni Tel-Aviv, mais Chypre.
Le programme n'a rien d'anecdotique. L'agence ne nomme pas le système, mais la présélection, révélée par la SRF, compte trois candidats: le Samp/T français, le L-SAM sud-coréen et le David's Sling israélien. Le département fédéral de la Défense chiffre l'enveloppe à quelque 5 milliards de francs, munitions, logistique et formation comprises. Un second système de grande portée envisagé en raison des retards du programme Patriot, dont les coûts pourraient tripler.
Deux ans et demi après le début de la guerre à Gaza, alors que le Premier ministre israélien fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale et que l'action d'Israël à Gaza est examinée par la Cour internationale de justice, la Suisse ne se contente donc plus de gérer l'héritage des contrats existants (drones, renseignement électronique, communication mobile), elle étudie l'ouverture d'un nouveau contrat majeur avec l'industrie israélienne.
Un partenariat sous conditions particulières
Une formule revient dans les réponses d'armasuisse: «pour des raisons de sécurité». Elle justifie le choix de Chypre. C'est aussi celle que l'agence a opposée au Temps, qui l'interrogeait sur l'identité des interlocuteurs rencontrés par le chef de l'armement Urs Loher lors de son déplacement en Israël les 13 et 14 juillet: «pour des raisons de sécurité, ainsi que pour protéger la vie privée des personnes concernées et préserver la confidentialité, aucune autre information ne sera communiquée sur les personnes concernées ou leurs fonctions».
(Re)lire notre article: Comment l'industrie sécuritaire israélienne a colonisé ses adversaires